SUR LES MANUSCRITS ANGLAIS DU ROMAN DE THÈBES T
Il existe en Angleterre, nous l'avons dit, deux manuscrits du Roman de Thèbes: l'un èiChe\tenhd,m, que nous désignons par la lettre P, l'autre à Spalding, que nous représentons par S.
Le manuscrit P appartient à la belle bibliothèque de feu sir Thomas Phillips, anciennement à Middlehill, aujourd'hui à Gheltenham, dans le comté de Glocester; il y porte le n» 8384, ancien 1654 des mss. Heber, et s'y trouve depuis 1836. C'est un gros volume in-f>, de 310 millim. de long sur 225 de large, relié en veau et portant sur le dos de la couverture ces mots : Sièges de Troie, ce qui explique, sans la justifier, l'erreur du Catalogue imprimé, qui ne fait aucune mention du Roman de Thèbes, quoiqu'il donne, en général, le contenu des manuscrits dans tous ses détails. On y compte 34 cahiers : les deux premiers feuillets du 1" cahier et le dernier feuillet du 34« manquent. Cette dernière lacune n'enlève rien au texte de notre Roman, mais le Roman de Troie a perdu un assez grand nombre de vers, comme on peut s'en assurer en comparant avec l'édition de M. Joly le début de notre manuscrit, que nous donnons ci-après :
(f° 1 r*' col. 1) T «fu de la quinte assamblee, Ijpar grant ire fu joustee.
Si vous dirai tout a devise Com fu mors li rois de I^arise, Et com fu mors li rois Redois, .1. des plus haus del ost grejois ; Et com fu mors rois Citrosus, etc.
» La publication du présent travail ayant été retardée de quelques mois par suite de circonstances indépendantes de notre volonté, nous croyons devoir y consigner les principaux résultats de l'examen des manuscrits anglais que nous avons pu consulter dans l'intervalle.
2 Le commencement des deux premières lignes est occupé par une grande lettre ornée (L), qu'on a empruntée à un autre manuscrit, mais qui ne se rapporte nullement au contexte.
LXXXII NOTE ADDITIONNELLE
Voici maintenant Veœplicit du poème :
(f* 186r°col.l) Ci ferons fin bien et mesure :
Auques tient li livres et dure.
Ce que dit Daires et Ditis I avons si retrait et mis Que, sil plaisoit as joug-leors, Qui de ce sont aaiseors {sic) Qu'autres ont fait et reprenans, Et a trestos biens envians, Ne que ja riens n'avra honor (col. 2) Qu'il n'aient ire et dolor, Ci se poroient il bien taire Del oevre blasmer et retraire :
Car tels i poroit afaitier Qui tost i porroit empirier.
Celui gart dix et tiegne en voie Qui bien s'avance et monteploie.
Icil ne va mie a rens Qui dément (sic) va al desus ; Mils valt eurs et esperence, Et qui en diu a sa créance Ne lui puet pas mesavenir.
Si estuet le conte fenir :
Ici fenist la miudre estoire Qui onques fust en nul mémoire ; Je n'en sai plus, ne plus n'en dist Benois (soit) qui l'estoire fist.
A la suite, et sans aucune autre indication qu'une lettre ornée, vient le Roman de Thèbes, qui s'étond du f" 186 r^ col. 2 au f° 269, lequel n'est occupé qu'au recto. Nous donnons ici Veœplicit^ en écrivant en italiques les vers qui ne se trouvent pas dans le ras. A :
L'estore avomes chi fînee,
Si comme Thebes lu «rastee ;
Très cel tans fu si escillie
C*ainc puis ne fu reherhergie.
Ele fu mit d'antiquité,
Et si ot mit nobilité.
Outre Gresce est joste le mer,
La le poet on encor trove[r] :
Car ele fu mit noble cose,
De grans muriaus fu bien enclose,
\r.\VUSCRITS ANGLAIS DU ROVfAN DR THKUES.
Et fu bien ains .xx. ans assise Que Troie fust arse ne prise.
N'encor n'estoit Rome li grans, Ne ne fu puis en mit grant tan^ *.
Ichi faut de Thebes Vi^ioire, Bien ait ki le mist en mem,oire ^.
L\xxrn
ExPLTCiT LI Roynans de Thebes,
Le manuscrit contient 269 folios à 2 colonnes par page de 40 vers chacune. Le Roman de Thebes n'a que 13 vers au recto du f 186; il en a 41 à la 2™« colonne du recto du f' 269 et dernier, ce qui donne 83 folios complets à 160 vers, soit 13,280 vers, auxquels il faut ajouter 13 vers pour le recto du î" 186 et 1 vers pour le recto du f° 269, ce qui fait un total de 13^294 vers, c'est-à-dire 1,328 de moins que dans le ms. A (qui en a 14,620), si l'on ne tient pas compte des deux vers de Yexplicit, ou 1,326, si l'on en tient compte'. Ajoutons que les deux poèmes ne sont point de la même main, quoique récriture indique la même époque, c'est-à-dire la fin dii xiiie siècle.
Le manuscrit de Spalding (S) a été décrit par M. P. Mejer {Romania, V, pag. 3 sqq.), à qui nous avons emprunté les renseignements que nous donnons ci-dessus (Voir pag. 169). Nous devons cependant noter que V Ordre de Chevalerie n'est qu'ini fragment de 212 vers, dont 24 au verso du f> 236, col. 2, à la suite du Songe vert, après un intervalle équivalent à 4 ou 5 lignes, 92 au recto du f*' 237 et 96 au verso du môme f . Nous faisons entrer en ligne de compte 6 vers détruits par la moisissure au bas du feuillet, et 8 qui sont incomplets pour la même cause. Le Songe vert, dont nous préparons une édition, va du f» 227 r» au f' 236 v% col. 2 ; le Roynan d'Eneas, du fo 105 au P 164 v\ col. 1, où il a 8 vers. Le Roman de Thebes, qui le suit sans interruption, s'étend donc du f^ 164 t\ col. 1, au bas du f« 226 v% la première colonne n'ayant d'ailleurs que 26 vers et la dernière 44 ; les autres colonnes, à raison de deux par page, ont le plus souvent 46 vers, rarement 47 ou 48, plus rarement encore 44 ou 45. Le poème a
i Cette lettre manque par suite d'une déchirure ; il en est de même des lettres ou mots écrits plus bas eu italiques et rétablis par conjecture.
2 Notons en passant que ce second explicit, assurément dû à un scribe, semble indiquer que, dès le xui® siècle, le nom de l'auteur du poème était déjà tombé daas l'oubli, ce qui n'enlève rien au mérite de l'œuvre.
' Le vers correspondant au v. 1 ,281 de A manque ; mais, en revanche, le dernier vers de la colonne précédente a été répété en tête du f» 19G v».