‹ La légende d'Oedipe [microform], étudiée dans l'antiquité, au moyen-âge et dans les temps modernes, en particulier dans le Roman de Thèbes;Chapitre 91 sur 94 · XXXIV NOTE ADDITIONNELLE · texte numérisé non relu

XXXIV NOTE ADDITIONNELLE

ici en tout 11,030 vers, un peu plus que dans les manuscrits du remaniement, c'est-à-dire dans BC»

Occupons-nous maintenant du classement de ces deux manuscrits, et recherchons rapidement quelle place il convient de leur assigner dans une classification complète, bt quels changements il y a liou d'apporter à notre classification provisoire. Il sera facile de nous suivre en se reportant d'un côté au chapitre qui traite des manuscrits, de l'autre à l'analyse du ms. A et aux détails donnés sur la rédaction postérieure représentée par BC ; cependant quelques détails sur la composition respective dechacun des mss. P et S ne seront pas inutiles.

Il suffit d'une lecture rapide pour constater tout d'abord la parenté de P avec A, et de S avec BC ; mais la difficulté est plus grande si l'on cherche à établir les rapports des deux groupes considérés comme tels, ou d'un manuscrit isolé avec les autres manuscrits de même groupe ou de groupe différent. Nous avons dit que Pétait apparenté avec A; il nous suffira de donner, à l'appui de cette assertion, la comparaison sommaire, vers par vôrs, des deux manuscrits, pour le Prologue et VHistoire d'Œdipe, dont la composition est si différente dans le groupe BCS. Voici les seules différences qui existent entre A et P : les chiffres sont ceux de A. Après le V. 18, P place deux vers médiocres, pour faire mention de Stace :

Et ke il fisent par grant grasse En .i. livre, com dist Estasse.

De même, le v. 4,193, Si comVestore le raconte, est ainsi modifié dansP : Si com Wistasses nous raco?i^e; également dans BC (Estaces); S manque. Nous avons d'ailleurs déjà fait remarquer cette tendance de BC à multiplier ces indications de sources. Les vers 81-2, 235-0, 329-30, 519-20, 577-80, 771-2, qui manquent dans P et dans BCS, peuvent être considérés comme des interpolations dans A. Les v. 221-4, qui manquent dans P, et les deux qui précèdent, sont modifiés dans BCS et réduits à 4 vers de même sens; il y a donc là un oubli. C'est également par un oubli fréquent chez notre scribe que manquent les vers 489-90, 033-4, 045-0. Quant aux vers 189-94, qui manquent également, leur suppression n'offre que des avantages : il est vrai que BCS ont les vers 191-2 et 193-4, mais dans deux passages distincts et joints à des vers qui ne sont pas dans AP. — Sur les 8 vers ajoutés après A 94, les 4 premiers sont assurément interpolés; les 4 derniers, communs à BCS et à P, semblent nécessaires. Il en est de môme

MAXUSCniTS AXCLAIS DU ROMAX DE THÈBES.

des 2 vers ajoutés après A 072, mais les 12 vers destinés dans P à expliquer les sentiments de Jocaste, oubliant la mort de son mari pour épouser Œdipe, offrent tous les caractères d'une interpolation ; la question est douteuse pour les 2 vers placés après le vers 090 de A. Reste un passage où P intercale habilement 12 vers entre les vers 701 et 702 de A : les 9 derniers ne sont que dans P ; les 2 qui précèdent sont également dans BCS et semblent tirés de l'original ; enfin le premier sert dans P, comme dans BC, de soudure entre le vers 701 de A et les deux vers dont nous venons de parler.

En somme, on voit que le ras. P appartient à la même famille que A; ce qui accentue encore cette ressemblance, c'est que le scribe était certainement picard, comme Madot, et reproduit la plupart de ses particularités orthographiques. Cependant il n'était point tout à fait delà même région, commele prouve, par exemple, l'emploi fréquent qu'il fait de ie pour e en position, phénomène qui appartient plutôt au pays de Liège qu'à la contrée autour d'Arras. Mais de graves différences distinguent les deux mss. et empêchent qu'on ne les regarde comme issus d'un archétype commun. La plus importante est la présence dans Pd'un intéressant épisode, qui n'a pas moins de 1122 vers, et dont voici un court résumé :

Pendant qu'Étéocle se réjouit de la mort de Tydée et songe à une attaque générale contre les Grecs, arrive un messager qui annonce pour le lendemain l'arrivée de son maître Céfas, roi de Nubie, avec vingt mille chevaliers. Ce prince vient au secours de Thèbes, dans l'espoir d'obtenir la main d'Antigone ; sa sœur Ga- ^a^^« est la c?ri^e d'Etéocle *. Le messager offre à Antigène un riche bandeau d'or orné de pierres précieuses. La princesse, dans son saisissement, n'ose protester et fait une réponse évasivo; mais à peine est-elle seule qu'elle se désole. Elle avait l'habitude de voir, une fois au moins tous les jours, son fiancé campé en face de la tour qu'elle habitait : ce jour-là, il était allé en embuscade, et Antigène, ne le voyant pas, le soupçonne d'infidélité. Elle se décide à lui écrire deux lettres, l'une fort sèche où elle lui annonce l'arrivée de Céfas et ses projets de mariage, et qui doit lui être remise d'abord, l'autre où elle lui adresse des protestations de fi-

1 Cf. A, V. 8507-8 :

Galatea ot non s'amie, Fille le fort roi de Nubie.

C'est sans doute ce passage qui a duuuc à un remanieur l'idée de cet épisode. \

NOTE ADDITIONNELLE

délité éternelle. — Le messager d'Antigone, suivant les instructions qu'il a reçues, présente d'abord la première lettre, et, témoin du désespoir de Parthénopée, il se hâte de lui donner la seconde, avec le bandeau royal et le gonfanon blanc que la princesse le prie de porter dans la bataille qui se prépare. D'accord avec Adraste, Parthénopée dresse une embuscade, avec Capanée, Hippomédon et Poljnioe, sur le chemin que doit suivre Céfas pour ariver à Thèbes. Quarante mille Grecs attaquent les vingt mille chevaliers nubiens. Combat d'Étéocle et de Polynice. Parthénopée sort de son embuscade, Hippomédon fait de même;Étéocle, se voyant trahi, perd son assurance. Céfas, reconnaissant sur le front de Parthénopée le bandeau qu'il avait envoyé à Antigone, s'élance sur lui avec fureur, mais il succombe sous les coups de son adversaire. Neuf cents hommes seulement parviennent à se réfugier dans la ville. — Dans sa fuite, Étéocle est de nouveau attaqué par son frère, qui le blesse à Tépaule, et, voyant venir Hippomédon, il se hâte d'abandonner la place et se sauve, grâce à la vitesse de son cheval Blanchenue. Il rencontre Antigone et lui reproche sa trahison ; celle-ci affirme de nouveau son amour pour Parthénopée. — Un des chevaliers de Céfas, Ponce, ordonne de porter son corps dans la ville, où on lui fait de riches funérailles; Antigone ne peut s'empêcher de plaindre ce beau jeune homme et se repent de sa faute. Ponce va annoncer à Galatea cette triste nouvelle, et, dit l'auteur, il « garda la belle jusqu'à ce qu'elle fût bien mariée». Adraste va au devant des siens et toute l'armée se réjouit de cette victoire.

Malgré l'intérêt que présente cet épisode, nous sommes obligé (le le mettre au nombre des additions ou modifications apportées à l'œuvre primitive. En effet, aucune transition ne rattache les deux derniers vers [Puis se coucent et endormirent Très k'au demain ke le jor virent) au premier vers de l'épisode du 7'avitaillement, qui les suit immédiatement : Tous ses barons Adrastus mande ^ etc., et on ne rencontre dans la suite du texte, même dans P, aucune allusion aux faits racontés ici. Il faut noter de plus ici l'emploi relativement fréquent d'une forme dont nous n'avons pu trouver qu'un exemple dans les quatre autres manuscrits (destrois : meterois) « ; je veux parler de la 2'"'^ pers. du plur. en ois qui se renconti'e ici quelquefois : perdrois : drois 92GI, rois : trois 9624, où il faut noter mcnres au vers suivant, rois : averois 9794, enfin acheleurois (lisez achieverois) : perdrois 9509-70^ ce dernier cas

* IciP donne de fois : entenrois (lisez : enterrais ou entrerois), S destreis : meltreis.

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