A MON AMI ALPHONSE LEDUC
Le jour de son mariage.
Le bonheur de la vie est un fatal problème Que pour résoudre il faut, son tour venu, savoir, Comme un hardi joueur, jeter tout son avoir, Xom, honneur, avenir, sur la carte suprême.
Ce jour aux lendemains que nul ne peut prévoir, C'est celui qu'on choisit pour dire : — Je vous aime ! A celle qui, changée en un autre vous-même, Doit tremper votre amour aux sources du devoir.
Ami, le risque est grand ; nul cas rédhibitoire ;
Le destin est au fond de l'urne aléatoire,
Et les arrêts qu'il rend sont les arrêts de Dieu.
Heureux celui qui peut, toute crainte bannie, Dans le choix de son cœur trouver un bon génie, Et dire comme toi : — J'ai gagné tout l'enjeu !
Sous le mobile archet la corde a retenti.
ViGÉE.
A JEHIN-PRUME
Tu m'as vu bien souvent applaudir, entraîné Par ta verve attendrie et ta grâce énergique, Grand artiste inspiré que la noble Belgique, En talents si féconde, un jour nous a donné.
Quand ton jeu sombre ou doux, caressant ou tragique,
Berçait ou remuait l'auditeur fasciné.
Comme le nerf sonore, ami, j'ai frissonné
Bien des fois sous le coup de ton archet magique.
Et pourtant je sentais que l'ingrat instrument. Sur lequel tu faisais vibrer si puissamment Toute la passion qui te couvait dans l'âme.
Comme au poète ardent le rythme au son moqueur. Ne répondait qu'à peine aux élans de ton cœur, . . Mais, voyant le reflet, je devinais la flamme.
Pays natal, on te retrouve
Plus cher après t'avoir quitté.
Gustave Nadeatt.
A Mme A N G E L I N A B***
Au beau pays de For quel attrait vous enchaîne, Vous, la plus fraîche fleur de nos cercles aimés, Vous qu'on ravit un soir à nos regards charmés, Et qu'on devait nous rendre à la saison prochaine î
Qui sait ? Peut-être, hélas ! qu'en ces lieux embaumés Où le jour est si pur et la nuit si sereine. Et puis où vous régnez sans doute en souveraine, Vous oubliez un peu nos cieux moins parfumés.
Oh ! revenez ! — Là-bas, sur ces rives fleuries, Plus doux sont les parfums, plus vertes les prairies. Les bosquets plus touffus, les échos plus charmants ;
Les oiseaux plus dorés ont la voix plus étrange. Mais ici l'on soupire à votre cher nom d'ange : Nos climats sont plus froids, .mais les cœurs plus aimants.
J'adore de tes vers la profonde harmonie.
Alex. Pauodi.
A NEREE BEAUCHEMIN
J'aime à gravir les monts sauvages, le matin, A l'heure harmonieuse et pleine de mystère Où le brouillard des nuits, rafraîchissant la terre, Perle en bruines d'or au feuillage du thym.
Et si, du fond du val, quelque timbre argentin Soudain dans l'air sonore éclate solitaire, Toutes les autres voix pour moi semblent se taire, Et j'écoute ravi la chanson du lointain.
Poète, ouvre joyeux l'aile de ton génie. Chante ! ton chant si pur rompt la monotonie Des vulgaires accents du grand concert banal ;
Et moi — dont le soleil à l'horizon décline, — Je veux monter souvent sur la sainte colline. Pour entendre de loin ton refrain matinal !
Ne peux-tu rallumer en moi l'ancienne flamme î
Virgile Rossel.