‹ La légende de Croque-MitaineChapitre 2 sur 47 · QUE L'AUTEUR SE FÉLICITE DE NE PAS AVOIR A LIRE · texte numérisé non relu

QUE L'AUTEUR SE FÉLICITE DE NE PAS AVOIR A LIRE

Je voudrais ne pas vous ennuyer, mes enfants ; je serais désolé que vous prissiez ce livre pour un livre sérieux, et, cependant, je suis obligé d’esquisser en peu de mots les grands événements qui agitaient la France lorsque commence cette histoire. Prenez donc votre courage à deux mains et avalez ce chapitre sans respirer, comme vous faites lorsqu'on vous donne quelque médecine bien noire.

Après le décès de Pépin le Bref (768), ses deux fils, Carloman et Charlemagne se partagèrent le royaume. Carloman qui était l'aîné, eut la Bourgogne, la Provence, la Septimanie et une grande partie de la Neustrie. Il se fit sacrer à Laon, le 9 octobre 768. Charlemagne eut l’Austrasie, une partie de la Neustrie, la Bavière et la Thuringe, Il se fit sacrer à Soissons, le même jour que Carloman. L’Aquitaine fut aussi l’objet d’un partage entre les deux frères.

Vous n'ignorez probablement pas que Pépin le Bref est le fondateur de la deuxième race de nos rois. La première, celle des Mérovingiens, n’était cepen-

dant pas éteinte lorsqu'il monta sur le trône : les ducs d'Aquitaine étaient de

sang mérovingien ; ils descendaient de Caribert, roi de Toulouse, fils de Clotaire II. Eudes, qui partage avec Charles Martel l'honneur d’avoir vaincu les Sarrasins à la sanglante bataille de Poitiers (732), était de cette race. Hunald, fils de Eudes, au moment de la mort de Pépin, vivait depuis vingt-cinq ans dans un couvent où ce dernier l'avait fait enfermer. Grande était la haine des dues mérovingiens d'Aquitaine pour les rois carlovingiens; aussi, dès que Hunald apprit l’avénement de Carloman et de Charles, il sortit de

son monastère, prit les armes et pro-

clama l'indépendance de l’Aquitaine.

Les deux nouveaux rois avaient lieu de redouter une pareille révolte qui pou- on D vait, si elle n'était pas réprimée dès le début, réveiller et encourager les prétentions des descendants de Clovis sur la Neustrie. Charles convoqua un parlement et y appela son frère; tous deux s’y rendirent suivis de leurs évêques, comtes et barons, et la guerre fut décidée (769).

Les deux frères passèrent ensemble la Loire ; mais Carloman, qui avait un fort mauvais caractère, si l’on en juge par les chroniques du temps, engagea avec son frère des discussions si sérieuses, au sujet de sa part d’héritage, que l’on craignit un instant qu'ils n’en vinssent aux mains. Ils prirent la détermination de se séparer ; Carloman retourna à Laon et Charlemagne poursuivit seul l’entreprise. Ce dernier parcourut l’Aquitaine en vain-

queur, comme l'avait parcourue

Charles Martel. Hunald, poursuivi,

Carloman avait un fort mauvais caractère.

traqué, se vit contraint à deman-

der asile à son neveu, Loup, duc de Gascogne. Loup !... ne voilà-t-il pas un nom digne des plus beaux contes de fées? et ce Loup était vraiment bien

nommé, comme vous allez voir. Dès que Charlemagne connut la retraite de

son ennemi, il expédia plusieurs de ses meilleurs chevaliers au duc de Gas-

cogne, lui mandant qu'il eût à lui rendre le fugitif, faute de quoi il entrerait dans ses États et ne les quitterait qu'après les avoir ravagés.

En ce temps-là, on voyageait moins vite que de nos jours, mes enfants; aussi Charlemagne, prévoyant qu'il aurait plusieurs mois à attendre, résolut d'établir son camp sur les bords de la

Dordogne. Puis, pour mettre le temps

à profit et ne pas laisser ses soldats

inactifs, il fit élever à cinq lieues de

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Ce Loup était vraiment bien nommé.

Bordeaux une puissante forteresse qui prit nom Fronsac, ou plutôt Fransiac, château des Français.

Le château était à peine terminé lorsque les ambassadeurs revinrent au camp. Avec eux était Loup de Gascogne, lequel n’eut pas honte de livrer à Charlemagne, pour gage de vasselage, Hunald et sa famille qui lui avaient

demandé asile. La révolte n’ayant plus de chef, l’Aquitaine fut soumise.

Hunald, fils de Eudes.

Des tentes moins riches servaient de demeures À d’autres combattants, (Page 12.)

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