‹ La légende de Croque-MitaineChapitre 3 sur 47 · CELA MEET TILL · texte numérisé non relu

CELA MEET TILL

à LE CORTÉGE.

Charles résolut de célébrer l’heureuse issue de cette expédition. Des joutes, des tournois s’organisèrent , les hérauts d'armes furent envoyés au loin; aussi arriva-t-il bientôt des chevaliers de toutes les provinces, les uns pour montrer leur courage et exercer leur force et adresse, les autres dans l'espoir de s’enrichir des dépouilles de leurs adversaires hors de combat.

Le lieu choisi pour la joute était une plaine veloutée de verdure, située sur la lisière d’une forêt de chênes cinq fois centenaires. Un cadre de collines for-

mait une sorte d’amphithéâtre; au centre un vaste emplacement réservé aux

combattants avait été entouré de palissades. Deux entrées, une au nord et l’autre au midi, pouvaient donner passage à dix cavaliers de front. Deux hérauts et six poursuivants d'armes gardaient chacune de ces portes. De nombreux détachements dispersés çà et là maintenaient le bon ordre, et cela non sans peine, car à côté du camp militaire s’était formé un campement de bourgeois et de bourgeoises venus d'un peu partout. La discipline était là fort difficile à faire observer, et les coups de bâton pleuvaient sur les récalcitrants, d'autant plus dru qu'on était en pays conquis.

Sur une plate-forme, non loin de la porte du nord, s’élevaient douze tentes magnifiques réservées aux douze principaux chevaliers français tenants du tournoi. Des banderoles à leurs couleurs, ou aux couleurs de leurs dames, agitées par le vent, se tordaient au soleil comme des serpents ailés. Chaque chevalier devant son pavillon avait fait suspendre son écusson que gardait un écuyer.

Plus loin, des tentes moins riches servaient de demeure à plusieurs combattants que l'amitié ou le peu de fortune réunissait. Cet ensemble formait une ville bizarre qui avait jusqu'à des faubourgs composés d’écuries en planches, de logettes de toutes sortes habitées par les armuriers, maréchaux ferrants, chirurgiens et artisans dont la présence était indispensable. Les marchands étaient exempts de tous péages ou dimes ; aussi les juifs étaient venus vendre aux femmes des bijoux de Venise et des parfums d'Orient; les Bretons avaient apporté leur miel; les Provencaux étalaient leurs fines huiles d'olive, et tout autour de ces bonnes choses on voyait rôder pêle-mêle les bateleurs, les troubadours, les ménestrels et autres pauvres bohèmes, dont le nez est fin mais l’escarcelle vide.

Sur la lisière du bois s'élevait un pavillon plus magnifique que tous les autres. C'était celui de Charlemagne. 11 était de drap d’or à larges bandes de pourpre parsemées d’aigles d’or, et si étincelant qu'il fallait avoir des yeux d’aiglon pour en supporter un instant l'éclat. Des chevaliers, des écuyers, des varlets, des pages allaient et venaient alentour, comme font dans la ruche les abeilles autour de leur reine. De chaque côté de la tente royale, et tout le long de la lisière du bois, des estrades avaient été élevées pour les spectateurs de qualité, qui promettaient d'être nombreux. Il en arrivait des nuées à chaque heure, tant l’on était friand d'un semblable spectacle et surtout désireux de contempler Charlemagne, dont le nom commençait à retentir dans toute l'Europe. La loge royale, plus élevée que les autres et plus richement ornée, avait été dressée un peu en avant du

pavillon; Charles avait voulu que la reine de Beauté la partageñt avec lui; aussi

était-elle gardée pour une moitié par les leudes les plus vaillants et pour l’autre par les filles les plus jolies. Ces deux cours faisaient leur service au milieu des éclats de rire qui ne cessaient de retentir.

Enfin pour achever ce tableau, mes petits amis, représentez-vous, à mi-pente entre l’arène et la forêt, une chapelle gothique surmontée d’une gigantesque croix de fer; là, chaque matin, Turpin, le bon et vaillant évêque de Reims, venait oflicier devant la multitude agenouillée.

Le jour du tournoi arriva enfin. Il y eut depuis bien des passes d'armes,

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