MARCHE FUNÈBRE
Ainsi se termina cette brillante passe d'armes. N’avais-je pas raison, mes enfants, quand je vous disais qu'on n'en vit jamais de pareille?
On conduisit à l'ambulance tous les blessés sarrasins, et je n’ai pas besoin d'ajouter qu'ils n’eussent pas été mieux soignés s'ils avaient reçu le baptême. On enterra les morts... ils étaient soixante-trois, ni plus, ni moins. Il y eut après cette joute bien des trônes vacants aux pays orientaux. Les médecins déclarèrent qu'aucun des blessés ne pourrait se remettre en chemin avant un mois au plus tôt.
Charlemagne combla les survivants de riches cadeaux; puis, après quatre ou cinq jours de fêtes, il fit ses préparatifs de départ, laissant une forte garnison à Fronsac. Il voulait célébrer l'Avent dans une ville du diocèse de Julliers, autrefois nommée Durie, et la solennité de la Résurrection à Saint-Lambert de Liége.
Quand les Sarrasins se virent seuls, ils convinrent, — après délibération, — d'informer sans retard le roi Marsille du triste sort de ses envoyés, et de lui
porter le corps de son fils. Nul ne se souciait de se charger d’un tel message et
chacun prétendit souffrir horriblement de ses blessures. Ainsi, de cette brillante ambassade, il ne restait que les üimbaliers!
Le cortège se mit en route pour l'Espagne; les tympanons voilés de blanc précédaient de vingt pas un cercueil. C’est ainsi que Mourad Henakyeh Meimou-
movassi rentra dans les États de son père.