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COMMENT L'EMPEREUR CHARLEMAGNE EUT UNE VISION

Charlemagne ne se reposait jamais que pour laisser aux autres le temps de se reposer. Les chroniques nous disent toutes qu'il interrompait quatre ou cinq fois son sommeil chaque nuit, qu'il se levait, s’habillait et expédiait quelques aflaires.

Il habitait à Paderborn une chambre située au rez-de-chaussée; souvent il lui prenait fantaisie de descendre dans le pare, et là, seul avec ses pensées, il se laissait aller à sa

rèverie.

Éreperne die De Be Or, par une belle nuit d'été, il remarqua

dans le ciel comme un immense chemin tout pavé d'étoiles, qui commençait du côté de la mer de Frise et se perdait du côté de la Galice, en passant au-dessus de l’Allemagne, de l’Aquitaine, de la Gascogne et de la Navarre. Peu à peu, il Lui sembla que ces clartés scintillaient plus que d'habitude; elles grandirent, changèrent de forme, se murent toutes dans une même direction, du nord-est au sud-ouest, et bientôt il vit défiler dans le ciel des nuées de cavaliers armés en guerre. Il avait pris pour

des étoiles les reflets de la lune sur les armures d’acier. Pendant une heure les

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escadrons succédèrent aux escadrons, et les chevaux, animés d’une ardeur folle, galopaient au milieu des nuages, faisant jaillir sous leurs sabots une poussière d'étoiles. Puis tout reprit son immobilité première, la nuit redevint sombre et silencieuse, et Charlemagne, rêveur, abaissa ses regards sur la terre. Ce qu'il vit glaça pendant quelques secondes le sang dans ses veines.

C'était comme une lueur mouvante qui avait pris forme humaine, un rayon de soleil oublié par le crépuscule et animé par un pouvoir divin. Cette lueur avançait lentement, détachant sa silhouette vaporeuse sur l'obscurité du parce. L'empereur distingua enfin un homme plus beau qu’il n’est permis aux êtres de ce monde de le devenir. L'homme parla et la brise en fut toute embaumée, sa voix fit taire les rossignols qui se penchèrent sur leurs branches pour écouter :

« Beau fils, pourquoi m'avoir oublié?

— Seigneur, qui donc êtes-vous? dit Charlemagne.

— Je suis Jacques, fils de Zébédée, l'apôtre et le disciple de Jésus de Nazareth, le frère de Jean l'Évangéliste qu'Hérode martyrisa par le glaive. »

L'empereur alors s'agenouilla.

« Tu m'as appelé au tournoi de Fronsac, tu m'as promis une chapelle en échange de ton Olivier; je t'ai entendu, Olivier vit, neuf années se sont écoulées et mon corps est en Galice oublié des fidèles, abandonné aux Sarrasins. Tu as promené tes légions des rives normandes à Rome, et de l'Océan à la mer de Frise; un seul point sur la terre d'Europe a été négligé, c’est celui où je repose et où tu avais fait serment d'aller pour l'honneur de moi. Le Dieu bon m'envoie vers toi, Charles, et sil t'a fait plus grand que les plus puissants de la terre, c'est pour que tu serves ses desseins. Lève-toi donc, va arracher mes dépouilles aux mains profanes et prépare la route aux pèlerins. Cette vision que tu viens d’avoir t'indique ce que tu as à faire. Arme tes preux Francs, Lombards, Saxons, Bretons ou Austrasiens, et sus aux Sarrasins d'Espagne. Je serai avec toi pendant le danger, et plus tard tu me retrouveras encore pour te conduire à Dieu. »

La vision s’effaça lentement. Deux heures après, quand Éginhard vint trouver Charlemagne, l'empereur était encore agenouillé dans le pare et priait,

les yeux remplis de larmes.

Il arriva près du lit où je reposais (Page 115.)

CHA EP L'PFCEMe

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