Es de Dios
Mi bongança.
Dans le texte, le 6 esl généralement" substitué au
s'en trouve diminuée. En outre, Don Juan meurt dans l'épouvante, mais sans se repentir, aussi ferme dans sa perversité que le Don Juan italien.
Des trois héros de l'aventure, le marquis de la Mota et doua Ana sont d'aimables et tendres jeunes premiers, sagement amoureux l'un de l'autre, qui ne savent plus que gémir le jour où un fou furieux entre brutalement dans leur existence et vient, sans crier gare, interrompre leur félicité. Don Juan a subi une telle transformation qu'il en est méconnaissable : il a tout d'abord perdu le trait essentiel de son caractère : ce n'est plus le libertin volage, courant de conquêtes en conquêtes, trompant toutes les femmes, oubliant aussitôt une dupe pour en faire une autre. Loin de là : il s'attache obstinément à venir à bout des résistances de la seule doua Ana, pour laquelle il semble bien avoir plus qu'un simple caprice, sinon un véritable amour. C'est du moins un sentiment violent qui le possède tout entier, et lui fait dédaigner de plus faciles victoires; mais ce sentiment est sans tendresse : il désire la jeune fille avec une brutalité impérieuse, mêlant sans cesse des menaces à ses protestations et s'emportant en fureurs jalouses. Le Burlador séduisait par sa grâce charmante, ses flatteries et ses tendres propos : lui, au contraire, prend l'attitude et le ton d'un spadassin mal élevé; il se flatte de dompter les cœurs par l'effroi qu'il inspire. Pour se faire aimer de dona Ana, il commence par lui étaler ses crimes et ses exploits sanglants : ce ne sont que gens massacrés, troupes mises en déroute, femmes violées. Il fait ainsi sa cour en agrémentant de quelques gongorismes ce long tissu de scélératesses. On dirait un capitan revenu de campagne, qui, le poing sur la hanche, la moustache retroussée, l'air conquérant, enjôle une fille par ses gasconnades et ses galanteries de caserne. Il y a en lui du matamoros: ses déclarations amoureuses ont la fadeur précieuse et l'emphase de ce Miles gloriosus. Comme lui, il ne cesse de vanter sa bravoure et ses actions d'éclat : aux Pays- Bas, il a empêché quatre cents ennemis de débarquer; à Tolède. c'esl tout le cortège d'une noce qu'il a mis en fuite: une foule innombrable qui, dans une querelle, a eu l'imprudence de
prendre le parti de son adversaire, a été dispersée par son bras. Il s'indigne qu'on ose lui comparer le Cid ' :
Si je tire mon épée,
Si je tire ma cape,
Un escadron, un bataillon entier
Ne sont rien pour me résister2.
En somme, ce héros de cape et d'épée, cet énergumène fanfaron n'est qu'un fils très dégénéré du Burlador. Il a perdu l'aimable frivolité du héros de Tirso dont il dénature par sa brutalité et ses rodomontades la perversité séduisante.
Cette conception nouvelle du personnage, grossi, déformé . sans nuances, sans vérité psychologique, ni valeur représentative, se retrouve encore en Espagne dans une pièce restée moins obscure que celle d'Alonso de Cordova.
Dans la première partie du xvnr siècle, un imitateur de Galderon, don Antonio de Zamora, g-entilhomme de la chambre et officier du secrétariat du gouvernement des Indes, remit sur la scène le sujet du Burlador sous un titre un peu différent, mais qui indique l'intention de conserver la leçon morale du drame de Tirso : « No ay deuda que no se pague y Combidado de piedra » (Il n'y a pas de dette qui ne se paie, ou le Convié de pierre). Imprimé à Madrid en 17ii 3, ce drame fut représenté sans doute quelques années auparavant à une date inconnue1. Il est directement inspiré du Burlador, dont il n'a conservé
1 . Que lue el <'i>l para conmigo No bes que es poco Mason l'ara ser comparacioD
De mi balor. (1" journée.)