Y liecho el yerro, que mas tiene
Kl ser noble que villana? (1" jourm
Insolent et batailleur, prompt à s'offenser et à punir, un rien le met hors de lui : il cherche querelle à des étudiants dont les cris de joie l'importunent; il rudoie et menace son père, brave le roi lui-même, qui veut le faire arrêter, essaie de tuer Don Filiberto, alors que les lois du duel tiennent son affaire en suspens, frappe le Commandeur sans avoir l'excuse de lutter pour sa vie, outrage la statue, dont aucune épigraphe injurieuse n'offense son honneur, et va la braver dans sa chapelle en dépil des tonnerres et des éclairs qui signalent la colère du ciel. Cet étalage de violence qui ne va pas sans forfanterie s'écroule subitement, par une dernière inconséquence, à l'heure du châtiment. Le bravache tremble alors, crie merci plus par peur que par remords, et termine ainsi misérablement la série de ses forfaits. De nombreux personnages inutiles sont mêlés aux multiples aventures de ce spadassin hâbleur et déséquilibré. Ils compliquent l'intrigue et détournent à leur profit une partie de l'intérêt qui devrait aller au seul Don Juan, dont le rôle se trouve amoindri.
Les uns sont empruntés aux drames antérieurs; les autres sont des créations originales. Parmi ces derniers, le rufîan, Don Luis de Fresneda, et les étudiants ne paraissent avoir été imaginés que pour donner à l'humeur querelleuse de Don Juan plusieurs occasions de se manifester. La chanteuse Pispireta, courtisane vulgaire, remplace la poétique Tisbea. Don Filiberto n'est qu'un Octavio plus agité; don Diego, un père plus insignifiant et moins digne que celui du Burlador; le roi, un monarque fantasque qui promet et refuse vengeance à doua An;i. emprisonne et met en liberté Don Juan, organise et interrompt sans motif son tournoi avec don Filiberto.
Deux figures ressortent au milieu de ce groupe banal, mais toutes deux ne sont que des copies1. L'une, dona Beatriz, esl
1. Les deux héroïnes de Zamora ne sonl pas sans avoir quelques ressemblances avec celles de l'auteur anglais Shadwell : dona Beatriz a la douceur,
l;i resi-nation cl la tendresse de Leonora; dona Ana s'acharne a sa vengeance comme Maria. — Cf. plus loin, p. 349. — Il ne faudrait pas en conclure qu'il y ait eu imitation : la pièce de Shadwell n'a certainement pas passé en Espagne.
Mais les deux auteurs s'inspirent de souvenirs commun-.
■294- l.\ LEGENDE DE DON JUAN.
manifestement inspirée d'Elvire : elle a conservé quelque chose de l'amour profond et pur, de la douceur résignée et si digne de l'héroïne de Molière. Comme celle-ci, elle découvre, sans y être préparée, l'infamie de l'homme à qui elle s'est donnée et qui l'abandonne, en ajoutant à la trahison la cruauté de l'ironie. Semblable à son aînée, plus blessée qu'irritée, plus disposée au pardon qu'à la vengeance, elle va chercher dans un couvent le calme du cœur el l'apaisement de sa souffrance. Mais Don Juan lui réserve un nouveau coup : la mort de son frère. Si peu intéressanl que soit ce dernier, et si brutalement qu'il l'ait jadis traitée un soir où il découvrit ses amours, ses griefs cèdent à son atï'ection et elle éclate en imprécatioas vengeresses contre le meurtrier. Quand Dieu punit celui-ci, don Diego la recueille et la prend sous sa tutelle.
La seconde victime de Don Juan, doua Ana — car. par une invention originale, le héros, si peu séduisant qu'il soit, est ici aimé de deux femmes, — rappelle la Chimène du Cid. Elle a vu son père frappé par la main même de l'homme qu'elle aime et qui lui est fiancé. La piété filiale l'emportant sur son amour, elle va se jeter aux pieds d\\ roi pour lui demander justice; et comme le monarque diffère le châtiment, elle invoque pour venger sa querelle l'appui d'un autre bras. Elle reçoit ensuite chez elle Don Juan, comme Chimène a reçu Rodrigue, et elle aussi se laisse toucher par les prières et les paroles de tendresse que lui adresse son amant. La ressemblance, d'ailleurs, ne va pas plus loin. Le débat, si poignant chez Chimène, entre le respect filial et l'amour disparait ici; on devine seulement que dofia Ana aime encore Don Juan, mais son devoir triomphe aisément de sa passion; elle soudoie même un assassin pour punir le meurtrier, et quand celui-ci a reçu son châtiment, elle accorde -h main à don Filiberto, qui n'oublie pas moins allègrement pour elle sa fiancée d'Italie.
L'absence de vérité psychologique habituelle au théâtre espagnol dépasse dan- la pièce de Zamora les bornes «le l'invraisemblance. Il y avait bien quelque originalité à faire aimer Don Juan par deux de ses victimes; niais l'auteur n'a su tirer
aucun parti de l'intérêt que ce double amour pouvait ajouter à la personne du héros. La peinture de mœurs disparaît dans la confusion de l'intrigue. Quant à l'élément comique, il est à peu près nul.
Le valet Camacho est une mauvaise copie de Calalinon dont il n'a ni la finesse ni la foi naïve. Il fait sur la statue des plaisanteries qui rappellent les facéties d'Arlequin : le commandeur demeurant immobile et sans manger à la table de Don Juan, « Il déclare que le pain dur lui fait mal à une dent, dit-il en riant;... le médecin lui aura prescrit un régime1... »
L'intervention même de la statue est maladroitement entourée de circonstances profanes qui dénaturent le caractère merveilleux de son apparition : tandis qu'elle quitte Don Juan après de longs et inutiles conseils, le rufian Fresneda se glisse à la dérobée et blesse légèrement son ennemi d'un coup de pistolet. Ainsi s'efface l'impression religieuse qui donnait au drame de Tirso sa portée morale et sa beauté : l'élément surnaturel n'est plus, comme dans les farces italiennes, qu'un moyen de frapper la curiosité, une machine à spectacles, avec tonnerre et éclairs.
La pièce de Zamora, privée d'intérêt religieux et de force comique, n'offrant pas comme celle de .Molière une valeur documentaire sur la société contemporaine, n'est, en somme, qu'une confuse comédie d'intrigue où des inventions bizarres se mêlent à de maladroits emprunts. Cette œuvre traînante et plaie est la dernière que la légende a inspirée à l'Espagne jusqu'au drame fameux de Zorilla.
Tandis que, dans son pays d'origine, la fable du Convive </<■ Pierre, ne renaît ainsi après le Burlador que dans deux drames obscurs, elle produit en Italie une riche floraison de pièces, plus
Dice cjno Le iluolo un cliente V esta un pan duro...