‹ La Légende de Don Juan (volume 2)Chapitre 107 sur 223 · Cicognini, 11, 2 (2« partie): Perrucci, H · texte numérisé non relu

Cicognini, 11, 2 (2« partie): Perrucci, H

mais I)"ii Juan se soucie bien du ciel! Vn-l-il rien lui-même à se reprocher? Qu'il s'occupe de ses affaires et non de celles des autres1. Celte impiété joviale et facétieuse ne rappelle ni la violence déclamatoire du Don Juan de Villiers, ni le mordant scepticisme du Don Juan de Molière. Elle s'exprime avec une bonne humeur qui donne une allure aimable et presque séduisante a la corruption du héros de Perrucci.

L'auteur revienl alors à la scène i du texte de Cicognini, à la rencontre de Don Juan et d'Ottavio. Ici, toutefois, les jeunes gens ajoutenl à leurs compliments un éloge de Séville qui n'est pas dans le modèle italien, mais qui est inspiré du Burlador -. Le duc vante surtout les dames de la ville, dont la beauté surpasse celle de Cléopâtre, de Sëmiramis, de Pénélope, de Pallas elle-même. 11 annonce ensuite à son ami la nouvelle de son prochain mariage avec donna Anna, en lui faisant de sa fiancée un portrait si séduisant que Don Juan n'a plus d'autre désir que de posséder la jeune fille. L'arrivée d'un page, porteur d'une lettre de donna Anna à l'adresse du duc, vient à point pour servir ses projets. Il prend la lettre, la lit, puis la remet au duc à qui il emprunte son manteau. Ces scènes sont plus directement empruntées à Tirso qu'à Cicognini quia supprimé l'histoire de la lettre :.

Perrucci intercale ensuite une scène comique entre le docteur, sa fille et Pollicinella. C'est un souvenir d'une scène de Cico-

1. Ghe mi vai raccontando tu ili Cielo?... Ëgli devo emendare le sue imperfettioni, poiche tiene un sole che s'ecclissa; una luna ch' è scema; stelle che presagiscono maligni influssi... ma... corne posso offendere il Cielo s'egli è da moi l.inhi lontano?... E ch' egli bado a gli affari suoi;e non hâve altro che pensare se non a me?... ( II. 3).

Que me parles-tu du Ciel?... Qu'il corrige ses propres défauts, lui donl le soleil .i des éclipses la lune son déclin, 1rs étoiles leurs malignes influences.... Mais comment offenser le ciel s'il est si loin de moi?... Qu'il s'occupe <!•■ ses affaires! N'a-t-il pas à penser à d'autres qu'à moi? «

2. Burlador, II. .">: Perrucci, II. i. Dans le Burlador, les jeunes gens parlent îles femmes de la ville en les désignant par leurs noms; les détails sont beaucoup plus précis.

:i. Burlador, 11. r>. 9; Perrucci, II. •">. 6. Ici, Don Juan feint d'avoir trouvé la lettre dans les mains de son valet; il le gourmande et le menace, en dépil de -r- protestations.

gnini ', mais un souvenir assez lointain : les plaisanteries et les devinettes auxquelles se livrent les personnages de Cicognini sont supprimées. Le docteur se contente d'annoncer à sa fille qu'elle va épouser le serviteur d'un maître opulent. Don Juan ne tarde pas à revenir avec Coviello qui lui adresse sans succès quelques sages avertissements2; puis il pénètre chez donna Anna pendant que des musiciens font entendre une sérénade . Ces détails semblent empruntés an texte de Tirso, que l'auteur dans toute cette partie de la pièce suit de plus près que le texte de Cicognini. Le duc arrive sur ces entrefaites, fait un éloge emphatique de donna Anna; mais après avoir en vain sonné à sa porte, il se retire en croyant la jeune fille occupée par le retour de son père 4.

Ce qui suit est imité de Cicognini : c'est la lutte de Don Juan et du commandeur, la mort de ce dernier, le retour du duc et de Don Juan qui échangent de nouveau leurs manteaux, les plaintes de donna Anna qui vient demander justice au roi, l'ordre de celui-ci de donner dix mille écus à qui livrera le meurtrier, ordre que publie le valet Pollicinella. Toutefois, Perrucci a introduit dans les détails quelques changements qui modifient l'allure générale de ces scènes et l'impression qu'elles laissent. Cicognini avait atténué très sensiblement l'élément tragique et développé les bouffonneries de Fighetlo et de Passarino. Perrucci, au contraire, supprime les plaisanteries entre les deux valets et donne beaucoup plus d'importance aux détails dramatiques : le commandeur, en mourant, exhale de longues plaintes3; sa fille vient d'abord gémir sur son cadavre, en termes emphatiques et précieux, invoquant la foudre et les furies vengeresses G; puis, une seconde fois, elle pleure auprès du roi, compare son père à Enée, son ravisseur à Tarquin et elle-même à Lucrèce 7.

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