Cicognini, II, 13, L5, 16; Perrucci, Il
2. Voici le tableau des scènes de cette dernière partie, imitées de Cicognini : Cicognini, III. I : Perrucci, III, I. — Perrucci, 2 (scène nouvelle dans laquelle Pimpinella raconte sa mésaventure à son père et à Pollicinella). — Cicognini, 2 : Perrucci, '■'< (moins les facéties de Passarino dans la rencontre avec |a statue).
— Cicognini, "i : Perrucci, i (Pollicinella confie ses soupçons au duc). — Perrui ci, •"> (scène nouvelle : Coviello dénonce Don Juan au duc). — Cicognini, ï : Perrucci, 6 (le duc dénonce Don Juan au roi; avec quelques détails nouveaux). — Cicognini, 7 : Perrucci, 7 (le dottore, sa Dlle et Pollicinella viennent demander justice au roi). — Perrucci, s. i" partie nouvelle (Coviello transmet à Don Juan le cachet du duc). - Cicognini, .'i : Perrucci, s. 2- partie (le repas de Don Juan et du valet; arrivée de la statue). — Cicognini, •"> (suite) : Perrucci, 9 (1e' festin de Don Juan et de la statue). — Perrucci, 10 (scène nouvelle entre le dottore el Pollicinella). —Perrucci, Il (scène nouvelle : profession de foi amoureuse de Don Juan . — Perrucci, 12 (scène nouvelle entre le dottore, sa 011e el Pollicinella). - Cicognini, 8 : Perrucci, 13 (le repas du commandeur .
— Perrucci, 14 (scène nouvelle : regrets du roi de n'avoir pu encore s'emparer de Don Juan). - Cicognini, 10 : Perrucci, 15 (récil de la Onde Don Juan Cicognini, Il : Perrucci, 16 (Don Juan aux enfers).
LA LÉGENDE DANS LES l'AVS LATINS. 305
Quelques épisodes comiques se mêlent à celte dernière partie : le docteur, pour consoler Pollicinella, lui promet d'augmenter la dot de sa fille et lui fait un éloge lyrique de la Corne : elle est symbole d'abondance et signe de force, elle est en grand honneur chez les rois et chez les dieux. Jupiter s'est transformé en taureau, Bacchus a pris la forme d'un bélier, Diane celle d'une biche '.
La pièce de Perrucci est donc surtout une réédition de celle de Cicognini avec des souvenirs du Burlador. Mais le ton comique de la pièce italienne est, sinon effacé, du moins très atténué. Le nouveau Convitato est plus un drame qu'une comédie. Cependant, l'originalité de Perrucci est moins dans ce retour à la tradition première, moins aussi peut-être dans les détails qu'il a imaginés, que dans la virtuosité avec laquelle il allonge et embellit le texte de son modèle. Traitant celui-ci comme un canevas, il le développe avec une faconde prestigieuse. On dirait un écolier passé maître dans l'art de l'amplification, dont l'imagination inventive se joue avec son sujet. Les dialogues si brefs, les monologues si secs de Cicognini se déroulent chez Perrucci en d'interminables tirades, harmonieuses, presque éloquentes, d'une extraordinaire richesse de mots, toutes pailletées d'épithètes, pleines de traits étincelants et finissant toujours par un couplet chanté, de deux vers au moins, qui achève la pensée dans un mouvement lyrique.
L'érudition, la préciosité se mêlent dans ces développements où la verve coule inépuisable, empruntant à l'histoire, à la mythologie, aux sciences et aux arts mille comparaisons, mille rapprochements imprévus. Les astres, les Dieux, les grandes figures de l'antiquité, les savants, les philosophes, les femmes célèbres, tout un monde hétérogène et bizarre défile dans les déclamations emphatiques de Don Juan, d'Ottavio, de Tisbea, du roi lui-même.
I. ... Nuiii de! zielo non l'è sta coraud : Zove se feze un Tor, Bac un Mouton, Diana una zerula, anzi ne! ziel si dimostra comuda... Quanti re han porta pin le corna che la corona; e questa voz de corn vol dire alter che fartez? Dunque coruuil vol dir fort. Kl doze de Venetia per adornamenl porl en tesl el corn ducal -. a Zippo zeneroso Romano non le nacque un corn e che l'esser cornudl' è la più bêla cos del Mon (acte III, se x).
C'est un délire d'imagination à travers lequel hou Juan apparaît comme un fanfaron de l'amour, compagnon joyeux et exubérant . irrésistible par son entrain, s'enivranl de ses triomphes et plus encore de ses paroles, emportant les coeurs dans le llux de ses déclarations, se jouanl <lu ciel comme des femmes, avec plus d'ironie que d'impiété, toujours souriant, railleur, aimable, étourdissanl de mouvement, de jeunesse el de vie '.
La pièce de Perrucci, reprise el retouchée par son propre auteur, a, comme celle de Cicognini, donné le jour à plusieurs pièces «le la Commedia delV Arte. Récemment, M. Benedetto Croce a découvert et déposé à la bibliothèque nationale de la Ville de Naples2 un scénario très développé sans nom d'auteur.
1. Voici une jolie profession il'1 foi amoureuse de Don Juan : au moment de -e rendre a l'invitation du commandeur, Coviello effrayé cherchée retarder son maître. Il lui dit :
CcrviELLO. — Dimme, sior 0. Giovanni, si ace fosse na cecata che ve parêria? Sarria cosa de satesfattione?
D. .1. — Corne cieca l'amerei .il certo, perché la stimerei tutta amore, ci essendole una volta entrato ne) cuore, non haverei dubbio che potesse amar altri, havendo chiuse le porte del cuore che sono gli occhi.
i .(iv. — E se tosse senza diente?
D. .1. — Saria mia gran fortuna, mentre non haverebbe il mio cuore il timoré di poter esser morsicato.
( !ov. — ... E se rosse sorda?
D. .1. — Questa al certo sarebbe lo scopo de' miei pensieri, essendo sicuro che non darebbe orecchio aile suppliche d'altri amanti.
(Dites-moi, Seigneur Don Juan, -i vous rencontriez uni' aveugle, seriez-vous satisfait? — Je l'aimerais certes, car je l'estimerais tout amour, ci une fois mattre de -ou coeur, je n'aurais pas a craindre qu'elle put en aimer d'autres, axant closes ces portes du cœur qui sont les yeux. — Et si elle n'avait pas
de dents ? — Ce serait un grand bonheur, car je n'aurais pas a craindre qu'elle
i léchiràl le co ur. — Et si elle était sourde? Elle sérail certainement
le bul de mes pensées, car je serais bien sûr qu'elle ne prêterai! pas l'oreille aux prière- d'autres amants, i
Il aimerait aussi uwc muette, parce que « l'Ai ir veut de- actes et non des
paroles ■ (mi parlerebbe sempre cogli atti : se vuole atti e non parole \ re);
une chauve, parce qu'elle serait le symbole de sa destinée : « il vivrait libre des Heu- de l'Amour, -on amante étanl privée de cheveux ■ (viverei libero dalle
.- rose, ritrovandosi d mio bene privo de' crini). Il aimerait même une
bossue : il l'appellerai! « un Alla- de beauté, el dira il qu'elle a un ciel de grâces -m ie- épaules - (direi che Fosse un' Atlante di bellezza : un cielo di gratie su gli oniei i i i acte Ml. -e. \l .
'. il rail partie ,ie deux volumes de scenarii et occupe le n II du 2* volume. \l. il. Ciore a bien voulu en faire copier pour moi le manuscrit.
LA LÉGENDE DANS LES PAYS LATINS. :so7
de la lin du xvir siècle. C'est une copie faite par l'aeteur A. Passanti pour le comte de Casamarciano. Ce scénario est cité dans le (iiomale storico délia Letteratura italiana (t. XXIX, p. ^ltj. Il ;i été sommairement étudié par M. Simone Brouwer dans le numéro de juillet 1897 de la Hnssprjnn critica delta Letteratura italiana.
Cette pièce n'est pas autre chose qù'uo résumé i\u drame de Perrucci, mais d'une version antérieure à celle que nous avons analysée1. Quelques personnages changent de nom et de qualité : Rosetta est l'amie de Tisbea et non plus sa servante; elle remplace en même temps la jeune Pimpinella. Le dottore est doublé de Tartaglia, père de Rosetta. Le Pozzolano remplace le Pantalone de Cicognini, rôle qui était tenu dans Perrucci par Pollicinella. Celui-ci est domestique de Don Juan, et Coviello celui du duc Ottavio.
La suite de l'intrigue de Convitato de Perrucci est rigoureusement observée et les modifications apportées au texte de Cicognini sont conservées. Toutefois le scénario n'est qu'une bouffonnerie : l'auteur a augmenté le nombre des scènes comiques, et allongé celles qui étaient déjà dans son modèle. C'est ainsi que la scène entre Don Juan et Tisbea est surtout remplie par les lazzi de Pollicinella et du Pozzolano. Le premier questionné par la pêcheuse sur la condition de Don Juan et la sienne propre, lui fait la même réponse que dans Cicognini : Ils sont tous deux frères jumeaux : l'un s'appelle le grand Don Juan, et l'autre, Don Giovannino -. Sur quoi Don Juan, indigné, le poursuit avec un bâton. A l'acte II, après la mort du commandeur, Pollicinella heurte le cadavre et fait une cabriole comme dans les scenarii tirés de la pièce de Cicognini. Ce n'est plus par trahison, mais par une simple étourderie {inavvedutamente) que Pollicinella dénonce à Ottavio les crimes de son maître. D'autre part, les plaisanteries imaginées par Cicognini cl
1. Faute de connaître la pièce de Perrucci, M. S. Brouwer voil dans le scénario une imitation du Convitato de Cicognini.
2. Lui esserli fratello nati tutti ad un parto, e chiamarsi l>. Giovanni grosso c lui Don Giovannino (acte I, se. mu et xivi.
<|iii nul disparu de la pièce de Perrucci ne se retrouvent pas non plus dans le scénario. Celui-ci n'a conservé ni les lazzi de Passarino bernant Fighetto qui veut lui faire avouer la culpabilité de son maître, ni la longue épreuve à laquelle Don Juan imagine de soumettre la fidélité de son serviteur, ni l'échange d'habits entre le maître el le valet, ni l'arrivée des archers et la scène bouffonne qui s'ensuit. La scène des devinettes entre le dottore, sa fille et le fiancé a disparu aussi.
Ce scénario indique doue qu'à côté de la filiation des pièces de lu CommediadelCAr te issues du Convitato de Cicognini, il s'en est formé en Italie une seconde, se rattachant directement à la pièce de Perrucci. La pièce de Giliberto, au contraire, qui a été. en France el eu Allemagne, le point de dépari d'une riche lignée, ne semble avoir rien produit dans son propre pays. C'est ce que prouve encore un scénario découvert par M. Simone Brouwer dans le lot «le manuscrits qui contient cet Aleista fulminato dont nous nous sommes occupés '. Ce scénario, qui est aussi de la tin du xvnc siècle, ressemble d'assez près au scénario tiré de la pièce (le Perrucci. Il s'écarte cependant davantage «lu texte original. Les personnages de Tartaglia el de Covielle ont disparu. Le Pozzolano s'appelle Capellino; Rosetta devient Spinetta, et Pollicinella, Zaccagnino. Quant aux autres, ils ont conservé leurs noms. La suite de l'intrigue est la même. Xoton-- seulement que plusieurs scènes du premier scénario ont disparu, notamment celles entre don Pietro et Isabella, entre le Pozzolano et Pollicinella. Les détails sont généralement moins abondants : la scène entre Don .Juan et la pêcheuse est à peine esquissée; l'entrevue d'Ottavio et du roi de Castille, l'arrivée de Don Gonzalo. l'invitation de la statue, et d'autres partie- encore, sont
ire- abrégées. Par contre, la scène du meurtre du commandeur,
les plaintes de donna Anna sont plus développées. Dans la dernière partie de la pièce, le héros apparaît aussi dans les enter-. mais ce n'est plus lui que l'on entend gémir sur ses souffrances;
1. || ,-,i [e -i de la collection, fil', le texte, dans le Rendiconti délia Reale Iccademia dei Lincei (année 1901, Série Quinta, vol. X. rase. Il et 12, |>. 130 à I \ | 186 à la Casanatensc de Rome.
ce sont les démons qui font entendre un chant plein de mena< es à son adresse :
« Tu n'es plus digne de voir les étoiles, — Tu ne mérites plus que d'être plongé dans le l'eu éternel, — Esprit cruel, minisl ride crimes et de méchancetés, — Monstre inique sorti de l'enfer. — Elles crient vengeance au ciel ces femmes — A qui tu as ravi l'honneur en te moquant d'elles. — Monstre plus cruel que les anthropophages, — Il n'est pas de dette ici qui ne se paie1. »
Ce dernier vers est la traduction exacte de deux vers qui reviennent à plusieurs reprises dans le Burlador et qui en résument la morale.
En dehors de ces œuvres qui nous sont parvenues, complètes ou résumées, nous avons conservé de nombreux souvenirs de pièces semblables et de leurs représentations en différentes villes.
A Bologne, à la Scala, on joua, pendant l'automne de 1709, Il convitato di Pietra2. Le f> décembre 1739, au même théâtre, on joua un Gran convitato di Pietra, opéra in prosa. A l'occasion de cette représentation, les spectateurs de la haute société, les gonfaloniers et les sénateurs notamment, envoyèrent aux acteurs des plats chargés démets3. En Italie, comme en France, le titre habituel ne suffisait plus et la pièce devenait pompeusement le Grand Festin de Pierre. Le 17 septembre 1746, aux Formagliari, une troupe jouait encore un Convitato di Pietra, devant les princesses de Modène, qui firent des cadeaux aux acteurs \ A Padoue, une pièce du même genre se jouait avec un grand
1. Non soi più degno di mirai- le stelle, Ma merti soi di star nel f'oco eterno, Spirto cru de] a<l opre infauste, c felle, Iniquo mostro uscito dall' Interne Chiaman vendetta al Ciel quelle donzelle, A cui l'honor togliesti, e Carne scherno,
Mostro più ficro delli Antropofaghi.
Non è debito qui, che non si paghi.
2. Pour ces représentations à Bologne,, cf. Corrado Ricci : / Teatri di Bologna nei secoli XVII e XVIII, Bologne, 1888. La représentation ci-dessus est indiquée Appendice I, p. 403.
3. Anecdote rapportée, d'après Barilli (Vlll. 166), par Ricci, p. 149.
4. Journal de Barilli (septembre 1756), cité par Ricci, i>. 460.
:d(t LA LÉGENDE DE DON JUAN.
succès dans La deuxième partie du xvnr siècle. Une anecdote rapportée dans le Compendio storico degli avvenimenti accaduti ne lia città di Padoa o ad essa appartenenti, scritto da Girolamo Polcaslro padovano, en fait foi 1. Le lb mai 1788, la compagnie Pellandi termina la série de cinquante représentations comiques par une pièce intitulée Avviso ai Maritaii, qui eul un tel succès qu'on dut la redonner le soir des adieux, malgré les antiques prérogatives du Grand convive de Pierre2. Cet engouement du public italien pour la légende de Don Juan est universel, «pielle que soil la forme sous laquelle celle légende lui est présentée : comédies ou pièces en musique. Et ce succès ae s'arrête pas au wnr siècle. 11 dure encore au xix'. Le Giornale délie Tenir', comici, signale du 11 au L9 novembre 1820, neuf représentations consécutives d'un Convitato di Pietra, par la troupe Perotti au théâtre San Luca à Venise. Celle pièce c'était plus une version de- anciens scenarii. mais un arrangement delà pièce de Molière et de celle de Thomas Corneille. L'annonce la donne comme une représentation nouvelle de l'acteur Bon, et comme une version < tirée du théâtre français ». L'arrangeur, au dire du Journal, ■< a su tirer de Molière et de Thomas Corneille les parties les plus intéressantes et en l'aire une bonne comédie qui réussit3 ».
.Mai-, comme nous aurons l'occasion de le voir, ce l'ut surtout l'opéra qui assura eu Italie la Tort une de Don ./u<ni. A l'occasion du Carnaval, à Venise notamment, des opéras-bouffes furent
1. Manuscril <!'• la bibliothèque communale de Padoue, B., I'.. 847. — Cf. aussi I.. Mazzoni, ippunli per la Storia dei teatri Padovani, nella seconda meta deW
, wiii. Padoue, 1891. -Anna Bohm, Sotizie sulle rappresentazioni drammatichc a Padoa dal 1787 al 1797, Ateneo Veneto, XXIV à XXV, t. 11-111 fasc. I ii 3, Venise, 1902. Et, du même auteur, Nolizie sulla Storia del Teatro a Padoa nel secolo \\ I e nella prima meta del ÏVII, Ateneo Veneto, XXII,
2. Con plauso universale l'han devuta replicare (IMtoiso ai maritati) anche in questa ultiraa sera 16 maggio 1788) a dispetto del diritto inveterato e antico del Gran Convitato di Pietra.
:i. Don Giovs i o il Convitato di Pietra, rappresentazione ouova dell' attore
Boni traita del teatro rrancese. Beneflciata del primo attore Luigi Homagnoli. De Molière e Cornelio seppe il bravo riduttore prendefe i punti pixi interessanti, '■ con essi rormare una buona commedia che piacque.
composés en assez grand nombre sur le sujet du Conviiato di Pietra, avant même le Don Juan de Mozart. En dehors du ballet de Gluck joué à Païenne en iloH et repris plus lard à Turin, a Xaples et à Milan, un anonyme écrivait à l'occasion du Carnaval de Venise de 1777 un livret comique en deux actes que Calegari mettait en musique. La même année, Filistri faisait un livret en deux actes pour Righini. La comédie de Cicognini inspirait à Gîan-Battista Lorenzi une farce que Tritto mettait en musique <-l qui fut jouée pendant le carnaval de 17S.'} à Naples, au théâtre des Florentins, puis reprise plus tard à Rome en 1787 au théâtre délia Valle. Cette farce n'avait de nouveau que le rôle de Polichinelle, valet de Don Juan1. L'année suivante, au Carnaval de Venise, nouvel opéra-bouffe d'Albertini. En 1787, à Venise encore, Giuseppe Foppa composait un Nuovo convitato di Pietra dramma-tragi-comico, en deux actes, mis en musique par Francesco Gardi. La même année, toujours à Venise, G. Bertati écrivit pour Gazzaniga le livret d'un opéra en deux actes, il Convitato di Pietra, dont da Ponte devait s'inspirer peu après. En 1788, Gœthe, alors à Rome, écrivait àZelter que l'on y jouait tous les soirs un opéra sur Don Juan qui faisait courir tout le monde, même les enfants, amusés de voir griller Don Juan dans les enfers. Cet opéra est inconnu. Farinelli suppose que c'est peut-être la farce en un acte écrite par Giuseppe Diodali pour Vincenzo Fabrizi2.
Ces innombrables pièces, musicales ou autres, ont ceci de commun qu'elles sont toutes des fantaisies bouffonnes dans lesquelles la gravité du sujet a entièrement disparu, pour faire place aux facéties habituelles de la Commedia delV Arte. La plupart ne fontque reproduire, souventavec assez de fidélité, la pièce de Cicognini. Toutes se répètent l'une l'autre. Aussi la découverte des scenarii perdus n'offrirait vraisemblablement que peu
1. Cf. Scherillo, Storia letteraria deltl Opéra buffa ntiiit>lii<m>t, Naples. iss:i. p. 242.
2. Ces opéras sur Don Juan devant l'aire l'objet d'une étude spéciale, je me contente de les signaler sommairement ici pour montrer le succès 'le la légende en Italie, et le caractère essentiellement comique qu'elle j a conservé.
d'intérêt. On peut affirmer qu'à peu de chose près, ils étaient tous identiques, el se rattachaient aux mêmes sources.
Il nous l'uni donc arriver au Don Juan de < îoldoni pour voir la légende renaître en Italie dans une œuvre sérieuse et vraiment littéraire.
Le l><,n Juan de Goldoni l'ut joué pour la première fois à Venise pendant le Carnaval de 1736 sous le titre de Don Giovanni Tenorio ossia il dissoluto, Commedia. La pièce comprend cinq actes. Elle est en vers blancs, les sentiments déshonnêtes et les maximes d'impiété choquant moins, au dire de l'auteur, quand ils sont embellis et adoucis par la poésie. Goldoni semblait prédestiné à traiter un sujet qui depuis un siècle faisait le divertissement de ses compatriotes : enfant, il lisait avec passion Cicognini1; étudiant, il fit une escapade, en compagnie d'une troupe de comédiens dont le directeur s'était illustré dans le rôle de Don Juan; il en avait même conservé le surnom de « Florindedes macaroni » pareequ'il s'avisa un jour, par distraction, de manger les macaroni d'Arlequin2.
I ne sorte d'amour-propre national semble en même temps avoir poussé (îoldoni à faire représenter sur la scène italienne un nouveau Don Juan : les pièces de la Commedia deW Arte, qui faisaient les délices du public, lui paraissaient indignes d'un pays police ; et il voulut donner à sa pairie une œuvre qui put rivaliser avec celle de Molière.
Comme l'écrivain français, il prétendit faire Au sujet une peinture de la réalité, le débarrasser de tous le< éléments merveilleux qui le niellaient en dehors de la vie commune el le rendaient étranger non seulement à la vérité, mais même à la vraisemblance. Il alla plus loin dan- ce sens que Molière, auquel il reproche dan- sa préface d'avoir conservé la statue animer d
J. Cf. Mémoires, t. I. chap. i.
'. I ■'., t. I. chap. \ i.
:i. Mémoires, t. I. chap. xxix.
son festin. 11 supprima toute celle partie surnaturelle du sujet : la statue n'apparut plus que comme un marbre immobile dont l'inutile présence était la dernière concession aux exigences de la tradition. La mort de Don Juan garda cependant quelque chose d'extraordinaire : si le héros n'était plus entraîné aux enfers parle commandeur, il était frappé de la foudre. Le phénomène, comme on le voit, n'est contraire ni à la raison, ni aux lois de la physique. Cependant les circonstances qui l'entouraient lui laissaient un caractère surnaturel : Don Juan n'était pas foudroyé au cours d'un orage, accidentellement, mais par un ciel serein, et pour avoir blasphémé Dieu. Goldoni a cherché à excuser cette atteinte à la vérité dans une œuvre où tout devait être humain et réel, par des causes historiques et morales : les livres sacrés offrent des exemples analogues, et leur autorité justifie une dérogation aux lois de la nature. En outre, il fallait que le méchant fût puni, mais de façon que son châtiment pût « être un effet de la colère de Dieu et provenir aussi d'une combinaison de causes secondes dirigées par les lois de la Providence ' ». Cette combinaison avait donc l'avantage d'accorder la science et la religion. Ingéniosité dont l'auteur semble fort satisfait, qui, s'il faut l'en croire, ne déplut pas trop au public et dont le sujet seul eut à souffrir. Mais de cela, Goldoni ne se douta guère2.
A cette première transformation, il en ajouta une autre : jusqu'alors, et en Italie surtout, la légende était mêlée d'éléments comiques qui dégénéraient souvent en bouffonneries grossières. Goldoni retrancha ces éléments dont le succès n'était dû qu'à « l'ignorance et à la bassesse du public 3 ». Arlequin et les autres masques disparurent; Don Juan n'eut plus de valet, conseiller avisé et plaisant; les lourdes facéties des paysans