I will rip you from the navel to thochin. Acte III
5. Peacc, villain : T sliall eut tliat tongue out. (Acte III.) Pcacc. dog : or I sliall slit your wind-pipo. (Acte III.)
H' I hear more ofyour morality, I will carbonade you. (Acte I
6. The more danger, the more delight. (Acte l T. 'VVere there
Légions of L-lmsis and devils in my way,
One moment in my course of pleasure l'd nol stay. (Acte IV.)
[telles, qu'elle fait apparaître successivement devant lui les spectres de toutes ses victimes qui viennent crier vengeance : il les raille, les brave, les insulte; quand, finalement, au milieu d'un chœur de démons qui danse autour de lui une sarabande infernale mêlée de chants effrayants ', la statue lui demande s'il n'éprouve aucun remords, il répond : « Si lu pouvais changer mon cœur, oui: avec celui que j'ai, non2». Et même lorsqu Antonio et Lopez sont engloutis à ses yeux il brave encore la statue : « Ne pense pas m'effrayer, fou, je mettrai en pièces ton corps de marbre, et renverserai ton cheval3 •. Et en présence de la mort, il finit sur ces mots où éclate son obstination fanfaronne mais superbe : « Ce sont choses que je vois avec étonnement, mais sans crainte; tous les (déments seraient-ils confondus,... des mers de soufre m'entoureraient-elles,... que je ne sentirais ni crainte, ni remords. En ce dernier instant je défie ta puissance; je reste indomptable et méprise toutes tes menaces. Ton meurtrier se dresse devant toi : fais-en ce que tu voudras *. » Est-il rien de plus anglais que cette ténacité orgueilleuse et
l . I ' diable :
Prépare, prépare; now guests draw near,
And on the brink ot' hell appear.
2e diable :
Kindle fresh 9 âmes of sepultur there.
assemble, ail ye fricnds.
Wait for the dreadful ends
Of impious men, who far excell
Ail the inhabitants of hell.
Le chœur des démons :
Let' em corne, let' em corne
To an eternal dreadful d o;
Let' em corne let' em como, Etc. Acte V.)
2. Couldst thou bestow another heart on me, 1 might; but with tliis heart I hâve, I cannot. (Acte V.)
3. Think not to Iright me, foolish ghost; III break your marble body in pièces, ami pull down your horsc. (Acte V.)
4. rhese iliiiii r^ I see with wonder, but no fear. Were ail the éléments to be confounded, And shuffled ail into their former Chaos;
\\ ère seas of sulphur flaming round aboul me,
And ail mankind roaring within those lires.
I could qo( fear, nor feel the leasl remorse
i" the last instant,! would dare thj power.
Hère i stand firm, and ail thj threats contemn
lli\ murderer stands hère, !i«>u do thy worst. Acte V.
froide qu'aucun danger n'ébranle, qui menace et brave encore à l'heure de l'écroulement suprême?
A cette figure bestiale et horrible, à ce héros démesuré, effrayant, s'oppose, suivant la tradition, la figure ridicule du valet. Avisé, pleutre et gourmand, Jacomo n'a ni l'honnêteté, ni la sage philosophie de Sganarelle. Au contact de don John, il a acquis une absence de scrupules et une paillardise que ses devanciers laissaient à leurs maîtres. Léonora s'étant évanouie dans ses bras, il risque sur ses charmes un œil libertin, et cherche à profiter de l'occasion que lui offre le trouble de la jeune femme. Il lui propose même impudemment de la consoler des infidélités de don John. Quand ce dernier et ses dignes compagnons enlèvent un groupe de bergères, il se met de la partie, non sans calmer ses scrupules par cette belle excuse : « Si je dois être pendu, que ce soit au moins pour quelque chose ' ».
Nous ne dirons rien des amis de don John, trop fidèlement copiés sur leurs modèles français, avec cette seule différence qu'eux aussi exagèrent encore dans leurs théories déterministes et sensualistes, comme dans la folie de leurs débauches, le caractère de leurs devanciers. C'est ainsi que l'un d'eux, don Antonio, a violenté ses deux sœurs, et que l'autre, Lopez, esi l'assassin de son frère aîné.
Les personnages de femmes, ceux de Léonora et de Maria notamment, sont sinon les plus originaux, du moins les seuls intéressants de la pièce : la première, touchant exemple de fidélité conjugale, constante, en dépit de toutes les trahisons, tendre et dévouée, malgré les brutalités et les outrages; mourant victime de son amour et, dans les angoisses même de la mort, songeant encore à sauver la vie de l'époux qui l'a empoisonnée, en le mettant en garde contre les poursuites de ses ennemis. La seconde acharnée à venger sur don John la mort d'un frère et d'un amant, se déguisant en homme, soudoyant des assassins, bravant tous les périls pour satisfaire sa ven-
l. If I be hang'd, I had as good be hang'd for something. (Acte IV.)
3oO LA LÉGENDE DE DON JUAN.
geance. Toutes deux, par une antithèse assez heureuse, symbolisent Tune l'amour, l'autre la haine.
A côté d'elles, el sans parler des six femmes dont les réclamations collectives et le viol odieux ne sonl dans la pièce que des hors-d'œuvre mi-bouffons, mi-tragiques, Shadwell a encore imaginé de placer deux sœurs, Clara et Flavia, qui appartiennent à une catégorie de jeunes filles qu'on trouve fréquemment dans la littérature dramatique contemporaine1: sortes de« demi-vierges » déjà trop renseignées, et impatientes d'en venir aux réalités. Elles supportent avec peine la condition de « poules en cage -' que leur t'ont les mœurs espagnoles, et envient le sorl des Anglaises qui vivent à leur guise sans duègne revêche ni mari jaloux. L'arrivée de don John a tôt l'ait de mettre en mouvement l'imagination et les sens de ces fringantes personnes, déjà vaincues avant même que le galant ait entrepris leur conquête. Il est vrai que, la chose faite, elles auront des remords et iront pleurer dans un couvent leur déshonneur et leur abandon.
Telle est l'œuvre qui fit connaître à l'Angleterre la légende de Don Juan. Peu originale dans ses inventions, faite en grande partie d'imitations et d'emprunts, elle modifie cependant le caractère du héros dans la mesure où elle l'a adapté aux moeurs locales. En passant de France en Anglelerre, don Juan a subi ainsi une déformation de même nature que celle qui a déshonoré l'Alceste de Molière devenu sous les traits du capitaine Manly une sorte de loup de mer sans éducation, dont la haine pour l'humanité se manifeste en jurons, en coups, en brutalités de matelot en bordée3. Passant d'une société polie et qui, jusque dans ses cxcè<. sauvegardai! la décence et conservait les formes, dans une société dont la dépravation se doublait de grossièreté,
1. Cf. Ii' type devenu légendaire de miss Hoyden gémissant d'être sous clef tandis que la levrette peut courir toute la journée. (Vanbrugh, The Relapse.)
Cf. aussi dans The prouoked wife, du me Vanbrugh, le personnage de Belinda;
dans The Country wife, de Wycherley, h' caractère de la fausse ingénue, et le personnage de miss Prue dans Love for love, de Congreve.
2. A >|ianiv|i wife ha- a worse life lli.in a coop'd chicken. (Acte 111. i
3. Le Plain Dealer, de Wycherley, écril en UiTi. fut probablement joué la même année que le Libertine de Shadwell.
Don Juan a pris une crudité de ton ordurière; ses débauches sanglantes sont d'une ignominie qui convenait sans doute au goût trèsémoussé de ses contemporains, mais qui nous écœure. Il est le digne produit d'un milieu et d'une littérature qui ont laissé une tache dans l'histoire d'Angleterre et dont l'influence, d'ailleurs, ne fut pas durable. L'esprit de la Restauration est mort de ses propres excès. Dans la suite, quand le puritanisme et la pudibonderie eurent repris leurs droits; quand surtout ce respect du « qu'en dira-t-on » et de la bienséance qui s'accommode fort bien d'une corruption de fait et place la vertu moins dans les actes que dans les apparences; quand la « respectability », en un mot, fut redevenue une vertu nationale, le personnage de Don Juan, sans disparaître de la littérature anglaise, se modifia avec les mœurs : il dissimula désormais, sous la correction de ses dehors, la violence de son tempérament.
La pièce de Shadwell, tombée aujourd'hui dans un complet oubli, n'a inspiré en Angleterre aucune imitation1. Des parodies, des ballets, des vaudevilles ont bien été joués à la fin du xvine siècle et au commencement du xix' . Contrairement à ce qui a été dit2, ces œuvres ne sont pas inspirées du L'therline de Shadwell, mais des pièces espagnoles, italiennes et françaises. L'une est intitulée : « Don Juan, or the libertine destroyed, a tragic pantomimical entertainment in tivo acts » (Don Juan ou le libertin exterminé, pantomime tragique en deux actes). Comme chez Tirso, Don Juan, à la faveur d'un déguisement, pénètre chez la fiancée de don Ferdinand, donna Anna, mais il ne tue plus simplement le père de la jeune fille, il frappe aussi
1. Toutefois, comme nous le verrons plus tard, a la lin du xvii0 siècle, le fameux musicien Purcell introduisit dans le drame de Shadwell des airs el îles chansons, qui sonl demeurés inédits.
2. Les nouveaux éditeurs de Byron (Ernest Hartley Coleridge, chez John Murray, à Londres, 1903, Poetry, t. VI. |>. II. Dote 2\ prétendent que ces pantomimes sont imitées de Shadwell. Ils ont négligé de lin' soil le scénario des pantomimes, soit la pièce de Shadwell elle-même.
352 la légende de dun juan.
Ferdinand de son épée. Il met ensuite à la voile, en compagnie de -on valet Scaramoucho, pour échapper à la justice; fait naufrage el reçoit l'hospitalité de deux femmes de pêcheurs qu'il courtise simultanément comme il le t'ait chez Yilliers, puis il tue (l'un coup de fusil le mari de l'une d'elles. Après cet exploit, et conformément à la tradition, il enlève une jeune mariée. Il se réfugie ensuite dans la cathédrale de Séville où se trouve le tombeau du père de donna Anna, gouverneur de la ville. L'invitation cl les deux dîners accompagnés des facéties habituelles du valet sont empruntés aux modèles antérieurs. Avant de subir son châtiment, Don Juan se livre à un attentat nouveau, odieux et macabre : il foule au pied le squelette du gouverneur. Sur ce dernier forfait le tonnerre gronde, la terre s'ouvre et il en sort des dénions qui emportent le misérable.
Le scénario de cette pantomime est d'une date inconnue. Le British Muséum en possède quatre exemplaires : trois identiques entre eux sont de 1TS7. Celte version fut jouée au Royalty théâtre (Well Street, Goodraan's Fields). Elle est de Charles Anlony Delpini. .Mais Delpini n'est point l'auteur véritable du scénario qui est fort antérieur. En effet, dans la préface du quatrième exemplaire qui porte la date de 1790, Delpini a écrit : « Le conte aujourd'hui offert au public fut pour la première fois donné (produced par M. Garrick, il va plusieurs années, sur les planches du théâtre de Drury Lane. où il fut maintes fois représenté avec le plus grand succès ». Garrick étant mort en L779, la pantomime est donc antérieure à cette date. L'auteur en est inconnu : ce pourrait bien être Garrick lui-même, mais la pièce ne figure pas dans le catalogue de ses œuvres. La musique qui acompagnait les paroles est de Gluck. L'édition de IT'.mi porte que les chœurs et les chansons sont de William llewe qui, après avoir été organiste dans une petite ville du Devonshiré, entra eu 17X7 au Royalty-Theatre, où il fît en i7(.»-2 une adaptation de YOrphée >■/ Eurydice de Gluck.
I.a version de I7'.»n diffère en certains endroits des trois autre-. C'est d'après elle «pie nous avons résumé la pièce. Dans les textes d«' 17S7. Don Juan s'amuse à lancera Scaramouche les os
du squelette; jeté à terre par celui-ci, il cherche en vain à échapper aux démons qui l'entourent, s'agenouille et demande grâce à Pluton.
Cette pièce eut un assez vif succès et fut souvent reprise : outre les représentations signalées par Delpini, celles de 1787 au Royalty théâtre et de 1790 au Drury-Lane théâtre, elle fut encore jouée en 1801 aux Sedler's Wells; en 1809 au Covent-Garden théâtre. Elle fut même représentée et imprimée à Boston en 17!t:;'. Un acteur célèbre, Joseph Grimaldi, y tenait le rôle de Scaramouche. Cet acteur était l'ami de Byron, et comme nous le verrons, la pantomime où il se faisait applaudir a peut-être donné au poète l'idée de traiter le sujet de Don Juan.
Une autre pièce, sorte de vaudeville en deux actes où le dialogue en prose est mêlé de chansons souvent grivoises et cyniques, fut jouée en 1820. Elle a pour titre : Don Giovanni in London, or the Libertine reclaimed (Don Juan à Londres, ou le libertin corrigé). Son auteur est William Thomas, plus connu sous le pseudonyme de Moncrieff. On y distingue çà et là une intention satirique, à l'adresse des hommes de loi notamment. C'est d'ailleurs, comme l'indique le titre : « opéra tic extravagant » , une fantaisie extravagante qui mêle la mythologie à la réalité. Don Giovanni apparaît d'abord dans les enfers où, grâce à la politesse de ses manières, on s'est contenté de le rôtir légèrement. Il a séduit toutes les diablesses et Proserpine elle-même"2. Les jalousies et les querelles dont il est cause finissent par être telles que Pluton le renvoie sur la terre. Il croise dans la barque de Caron trois femmes de boutiquiers avec lesquelles il se sauve, et qu'il ramène à Londres, au grand désespoir de leurs maris. Il retrouve dans cette ville son ancien domestique, Leporello. Celui-ci a amené avec lui toute les victimes de son maître et a épousé la plus fameuse d'entre elles, donna Anna, dont il a plusieurs enfants. Quant à la jeune mariée, enlevée jadis le jour de ses noces, elle est maintenant fruitière et crie du malin au soir :