I. on reconnaîtra ici un souvenir lointain Ar Cicognini
Cette longue pièce, qui n'a pas moins de six actes, est La pluplaie et la plus grossière de celles dont les théâtres de marionnettes divertissent encore le public allemand. Peu onl poussé aussi loin la déformation des éléments originels et constitutifs delà légende1. Elle ne semble pas, cependant, avoir eu de l'influence sur les pièces postérieures et elle constitue dans l'histoire des Puppewpiele une œuvre isolée.
Les marionnettes mises sur la scène pendant tout le «oins t\u \i.\' siècle se rattachent en effet — sauf celles qui ont été composées sous l'influence directe de l'opéra de Mozart — au rameau des Puppenspiele de Strasbourg, d'Àugsbourg et d'Ulm. Celles notamment qu'ont recueillies Engel et Kralik, et celles qui se jouent actuellement en Autriche rappellent exactement, et sont parfois la répétition textuelle des vieilles pièces du commencement du siècle, que les impresarii de ce spectacle, si fort goûté du public, se sont fidèlement transmises.
Le Don Juan oder der steinerne Gast qu Engel a publié en 1875 est un mélange des deux pièces de Strasbourg et d'Augsbourg. mélange dans lequel le texte de Strasbourg entre pour une pari beaucoup plus large. Quelques transformations sans importance, quelques éléments inédits ont été introduits. Don Pietro y esl dit Statthalter de Séville ; don Alvaro, surnommé Pantolfîus — surnom qui fournit à Hans Wurst l'occasion de faire quelques calembours sur le mot pantoufle — n'est plus le père de Don Juan, mais son cousin. On y voit aussi une invocation au diable manifestement inspirée de la légende de Faust qui, dans la suite, à partir de la pièce de Nicolaus Vogt, et surtout de la tragédie de Grabbe, a tondu de plus en plus à se confondre avec celle de Don Juan. Hans Wurst, tourmenté de la situation où les crimes de Don Juan l'ont réduit, déclare que, s'il voyait le diable, il ferait un pacte avec lui. Il prononce sans y prendre garde le mot : Perlikke — et le diable se montre soudain. 11 veut obliger Hans Wurst à lui vendre son âme et cherche à le tenter en faisant
1. Il faudrait en excepter toutefois les Puppenspiele issus du Don Juan il«' Mozart, e1 qui sonl d'une date plus récente.
2. Cari Engel, Deutsche PuppenkomSdien, Oldenburg, 1875, t. III.
paraître un saucisson géant. Mais Hans Wurst, en dépit de sa gourmandise, résiste, finit par trouver le mot qui doit faire disparaître le démon : Perlakke, et est lui-même enlevé par le saucisson enchanté. Des scènes de chasseurs, lancés dans la forêt à la poursuite de Don Juan ; quelques détails inédits dans la scène du festin, au cours duquel Don Juan prend une coupe qui se transforme en sablier, une carafe qui se change en un tas de terre, une tarte qui devient une tète de mort; le récit final de la mort de Don Juan et le mariage de Hans Wurst avec la cabaretière, sont les seules innovations apportées aux pièces précédentes.
Une autre version en 5 actes, intitulée: Don Juan dur vierfache Môrder, oderdas Gastmahl urn Mitternacht aufdem Kirchhofe ' (Don Juan le quadruple assassin ou le Festin de minuit au cimetière), rappelle à peu de chose près les précédentes. Toutefois Hans Wurst a changé de nom et pris celui d'un bouffon non moins populaire que lui, Kasperl. Don Petro est gouverneur de Madrid. Don Philippe est dit marchand espagnol (spanischer Kaufmann) ; on y voit Don Juan réclamer à son père l'héritage de sa mère, afin de courir le monde. 11 ne veut pas être « cul-de-plomb » (Offensitzer) comme son père ; à son retour il l'intéressera par ses récits de voyage. Le vieillard refusant de lui donner le moindre argent, il le tue.
Enfin, dans un texte sténographié en 1883 par Kralik et faisant partie du répertoire d'une troupe de la Basse-Autriche (Don Juan le sauvage, ou le Festin nocturne, ou l'Hôte de pierre, ou le Jeune Jean de pierre2), on retrouve encore le même thème et les mêmes plaisanteries3. Don Pedro devient le père de Don
1. Cf. Engel, Deutsche Pappenkomôdien, t. III, p. 09 et suiv. Le Ve acte seul est complet, le texte ne contient que des extraits des autres actes: l'acte Ier notamment commence à la scène vi.
2. Don Juan ilcr Wilde oder das Dâchtliche Gerichl oder der steineme Gast, oder .lunker Hans vom Stein (Deutsche Puppenspiele, herausgegeben von Richard Kralik und Joseph Winter, Vienne, 1885).
3. Notamment cette facétie grossière a laquelle le publie semble avoir pris goûl : des ennemis de son mattre traitant Don Juan de demi-Ane (halber Esel), Kasperl réplique qu'il est un Ane entier (ganzer Esel). Le mot esl déjà dans la pièce de Strasbourg, mais Don Juan j esl comparé a un taureau.
Juan. Quant à donna Anna substituée à Amaryllis, elle est la femme de don Philippe qui est lui-même le frère de Don Juan. L'ermite semble avoir des réminiscences à'Hamiet ; il interroge une tête de mort sur ce qu'elle fut, et discourt sur le néant de la vie l. Kasperl est plus niais et surtout plus grossier dans ses lazzi qu'il ne l'a été jusqu'ici. 11 frappe à la porte de don Pedro et le monologue suivant s'engage: « Qui est là dehors ? — Celui qui n'est pas dedans. — A qui appartiens-tu? — A mon père. — Oui est ton père? — Un homme. — Comment s'appelle-t-il? — Exactement comme moi. — Et toi comment t'appelles-tu? — Exactement comme mon père -. » Pendant le repas Kasperl renouvelle la vieille facétie de la salade ; mais ici il la jette par terre et la foule aux pieds pour la rendre plus tendre. Il n'a plus aucune crainte de l'esprit qui n'est pour lui qu'un croquemitaine bon à effrayer les enfants.
La légende continue ainsi son évolution en se déformant davantage avec les années. Les œuvres innombrables qu'elle ne cesse de produire en Autriche, dans les environs de Vienne et dans le Tyrol surtout, ne diffèrent pas plus entre elles que ne diffèrent sur nos théâtres d'enfants les aventures de Guignol et de Polichinelle3. Signalons toutefois un autre rameau issu du