Acte V, se
LE DON .ll'AN HOLLANDAIS t05
Don Pedroos Geest of de Gestrafte Baldaadigheid, Toonespel [Amsterdam, 1721] (Le Spectre de Don Pedro ou la Témérité châtiée, drame), n'est la plupart du temps qu'une copie de la pièce de Seegers. Le père de Don Juan s'appelle don Alvaro et le vieux paysan, Filémon, comme chezVilliers. Sganarelle, changeant de sexe, devient une servante d'auberge. Au début, le texte de Dorimon est suivi de très près; le développement des scènes entre le père et le fils, entre Don Juan et le valet, qui remplissent le Ier acte, est moins long que chez Seegers. Au IIe acte, les scènes comiques entre Crispyn et les archers sont d'une bouffonnerie plus chargée et plus réaliste. Le développement est aussi plus bref. Les actes suivants, sauf d'insignifiantes variantes, reproduisent le texte de Seegers.
La pièce de Ryndorp est intitulée : De Gestrafte Vrygeest, Zinnespel (Le Libertin puni, pièce allégorique telle qu'elle a été représentée sur les théâtres de Leyde et de la Haye; — Leyde, 1721 . Elle se distingue des précédentes en ce que l'auteur, laissant de côté Molière, s'est uniquement inspiré du texte de Vil— liers qu'il suit assez fidèlement. Il imite au début le dialogue entre Amarylle et sa suivante, celle-ci annonçant le retour de don Philippe (ici don Filippo), celle-là se désolant de l'opposition que son père fait à son mariage. Don Filippo survient, cl raconte longuement sa victoire sur les Africains en un récit qui rappelle par endroits celui de Rodrigue dans le Cid. La conversation amoureuse des deux jeunes gens, l'échange de leurs serments que Don Juan écoute en aparté, et tout le reste du Ie1' acte ne font que reproduire la scène française avec des modifications de détail sans importance. Toutefois, comme dans la pièce de Peys, dont Ryndorp s'est ici inspiré, la scène de l'attentat de Don Juan sur Amarylle est mise en action, et beaucoup plus développée qu'elle ne l'est chez Villiers. Le valet Flippyn en conçoit lui-même une telle indignation qu'il souhaiterai! avoir assez de courage pour tuer son maître.
Au IIe acte, l'imitateur hollandais s'est comporté avec le texte français comme l'ont fait en Allemagne les auteurs d'ffauptactionen et de Puppenspiele. Il a très longuement développé <•!
lourdement chargé les scènes du prévôt et des archers, insistant sur le fanfaronnerie, la lâcheté et la stupidité de ces derniers.
Au IIIe acte le monologue du pèlerin diffère de l'original : au lieu de parler de ses courses errantes et de la joie paisible de la solitude, le saint homme disserte des vices qui torturent les hommes, et de l'orgueil, le plus grand de tous. Lesfacéties de Flippyn, obligé par son maître à s'expatrier, ses adieux à son chien, au vin et à la bière sont imités sinon traduits de la pièce de Peys.
Au IVe acte, sauf deux scènes d'amour entre la bergère Silvia et le berger Damon, sauf une invitation à déjeuner adressée à Don Juan par le paysan Teeuwis qui a obligeamment fait sécher les vêtements des naufragés, sauf aussi quelques facéties nouvelles dans l'invitation du valet à la statue ', l'imitation du texte de Villiers est aussi fidèle que dans les trois actes précédents.
Au dernier acte, l'auteur a assaisonné de plaisanteries locales la scène du repas : Flippyn se plaint que le canard soit mal plumé; il absorbe goulûment un pâté, met de la choucroute dans sa poche. Une transformation semblable a lieu dans l'énumération que le valet fait à la bergère Silvia des victimes de son maître. C'est un tableau dont les traits réalistes rappellent la manière des peintres flamands : Anna la louche; la grosse Antoinette, Catherine qui vend de la viande chaude, Mme Charlotte, une vierge de cinquante ans, etc.2. Comme dans la pièce de
1. Notamment les détails qu'il donne sur le lieu du repas : « C'est chez le paysan Teeuwis, il faut prendre le eliemin à droite; vous frapperez à la porte; un enfant vous ouvrira.... »
2. Il me paraît intéressant de citer cette liste complète, dans son réalisme grossier, mais savoureux :
Ik lieb'er een party hier in does roi geschreven : Voor eerst; schoone Amaril, die vas nitinuntend schoon, Vit Madagasker wierdze een knninp. aangeboôn. Panvette, deezen naam wierd liaar moi recht gegeven,
J'en ai écril une partie sur ce rouleau : D'abord la délie Amaril, elle était extrêmement belle ; Elle fut offerte à un roi .le Madagascar. Panvette3, ce nom lui lui donné a bon droit,