Ancienne monnaie de 12 centimes
font que boire avec les courtisanes jusque ce qu'ils soient saouls comme des porcs ' ».
Ces différentes imitations dont la seule et assez pauvre originalité consiste dans une certaine couleur locale donnée aux scènes champêtres, à la conversation et aux plaisanteries des personnages de petite condition, ne sont pas sorties du pays qui les a produites, et n'ont, dans l'histoire de la légende, qu'un intérêt purement documentaire.
C'est un trait commun aux pièces tirées de la fable de Don Juan dans les pays germaniques pendant tout le cours du xvn" et du xvme siècle, que leur pauvreté littéraire. OEuvres d'imitateurs maladroits, souvent grossiers, ou bien arlequinades à l'usage du vulgaire, elles constituent dans l'histoire du Donjuanisme un chapitre à côté.
Par contre, sous l'influence du Romantisme, le xix'; siècle va produire en Allemagne des œuvres qui renouvelleront à la fois le thème, la portée morale, sociale et philosophique du sujet, et la conception que les siècles précédents avaient eue de Don Juan. Le héros sera placé dans des circonstances différentes; les mobiles de ses actions changeront et elles prendront elles-mêmes une autre valeur. 11 ne conservera plus du passé que son invincible tendance à vivre pour l'amour.
|. Hoor dart'le Zoontjes. die nict doet als banketteeren,
En by de hoertjes jou drinkt drouken als een zvyn. Zo jv je niet bekeerd, jou eind zal ook zo zyn. Lot oji bel voorbeeld dat men u hier al' komt malen ; Zo jy je niet bekeerd, de duivel zal je halen. Dit zyn myn lessen: en, voor t allerlaast beslnit, Trek van myn heer zyn dood een lcvend voorbeeld cit.
Cf. ViUiers, IV, 8.
Enfans qui maudissez souvent et père e1 mère, Ri gardez ce que c'esl que bien vivre e1 bien l'aire.
N'imitez pas Don Juan, nous vous en pr s tous,
Car voicy sans mentir un beau miroir pour vous.
On voit quelle couleur grossière se substitue chez Ryndorp aux teintes incolores du texte français.
Evolution de Don Juan vers le Romantisme. — Les étapes de cette transformation. — Les causes qui la précipitent : association de la légende de Faust à celle de Don Juan. — Raisons de cette association : analogie des sujets, des caractères : comparaison de Faust et de Don Juan. — Influence de la littérature Sturm and Drang sur la légende de Don Juan. — Le Steinerne Gast du comte Benzel-Sternau. — Der Fârberhof oder die Buchdruckerei in Main:, de Nicolas Vogt. — Union bizarre des personnages de Faust et de Don Juan et de leurs légendes. — Intention philosophique de l'œuvre. — Multiplicité des éléments qui la composent. — Son extravagance. — Nouvelle étape de la légende vers le Romantisme : le Don Juan d'Hoffmann. — Une transformation fantaisiste du type légendaire. — Son influence sur le Romantisme français.
C'est en Allemagne qu'est née la conception d'un Don Juan s'élevant au-dessus de la poursuite des réalités matérielles de l'amour, pour atteindre à une Beauté parfaite conçue par l'imagination, vainement et douloureusement cherchée à travers toutes les incarnations terrestres de la femme. Cette transformation était nécessaire et logique. Nous avons vu jusqu'ici combien, dans sa marche à travers les pays et les temps, Don Juan avait été un personnage représentatif des idées et des mœurs. Le xix° siècle, comme le xvu" et le xvur , devait se refléter en lui, avec ses transformations morales et sociales, et lui donner un caractère conforme à son idéal.
Les bouleversements de la vie publique, les changements dans les institutions et dans les idées qui suivirent chez tous les
peuples la révolution politique accomplie en France, eurent leur contrecoup sur la littérature en général et sur la légende de Don Juan en particulier. Les causes multiples qui donnèrent presque simultanément naissance à travers l'Europe à des œuvres portant toutes, quel que fût leur pays d'origine, des caractères communs, ne pouvaient manquer de modifier la vieille conception du héros. Les aspirations généreuses dont turent saisis à la fois les nations et les individus, l'espoir d'un état parfait où l'humanité communiant dans la fraternité et la liberté verrait régner sur la terre un nouvel Age d'or, ces belles chimères et les désillusions qui les suivirent enfantèrent une littérature pleine de héros aux désirs déçus, toujours inquiets, tourmentés, ardents dans leurs aspirations et stériles dans leurs actes. Don Juan, le héros pratique épris des réalités, que ne dupent ni vains espoirs ni vaines poursuites, semblait ne pas pouvoir trouver sa place dans un milieu étranger aux contingences de la vie, parmi des personnages qui évoluent artificiellement dans le domaine du rêve.
D'autre part, le libertin joyeux, débordant de vie, ami des plaisirs, de la bonne chère, pouvait-il s'accommoder de ces pâles figures d'anémiques désespérés, de poitrinaires tristes et languissants? Pour s'adapter au Romantisme, le fougueux Trompeur de Séville devait subir la transformation la plus complète que les âges lui aient jamais imposée. Cette transformation n'était d'ailleurs pas en contradiction absolue avec son tempérament, et nous avons vu que chez Molière il était déjà l'amant enthousiaste de la Beauté.
Sous les influences nouvelles qu'il subit, celte course à l'amour va continuer, mais en changeant de nature : Don Juan ne recherchera plus dans la possession une volupté physique et passagère; il ne se proposera plus de renouveler et d'exciter sans cesse par le changement ses émotions sensuelles. Il portera en lui une image <lc la beauté féminine, et il en poursuivra à travers le momie la conquête, croyant la rencontrer dans chaque femme aimée, et chaque fois déçu, recommençant son inutile poursuite. Le libertin grossier devient ainsi un amant mystique,
épris d'une idée, d'un fantôme. Dans celte recherche impuissante d'un bien que la réalité ne possède pas, il ne connaît plus les plaisirs ardents que goûtait son aîné à chaque conquête nouvelle. Ses amours sont sans joie ; il va de désenchantement en désenchantement, sans pouvoir satisfaire jamais son désir, victime pitoyable de sa chimère. Quand il aura compris l'impossibilité de réaliser sa vision, une tristesse immense, un scepticisme douloureux ravageront son âme : n'ayant pu assouvir, comme le faisait l'ancien Don Juan, son besoin de jouissances, pareequ'il a placé son idéal en dehors de l'humanité, il aboutira à la révolte et au désespoir. Il portera en lui-môme son enfer et les supplices de ses désillusions lui seront un tourment plus cruel que la morsure des flammes, dans lesquelles la statue de pierre le précipitait jadis.
Il deviendra ainsi le compagnon de Faust, de Werther et de René. Comme eux il connaîtra d'abord les élans du cœur et de l'imagination. Il sera emporté par les mêmes désirs de liberté et d'amour. Lui, naguère libertin et égoïste, sans croyance, entraîné par la seule satisfaction de ses instincts, il goûtera l'ivresse des illusions et des enthousiasmes, puis, comme ses frères romantiques, il finira dans le doute.
Cette évolution du héros ne se fera pas d'un seul coup. Avant d'arriver au Don Juan de Musset, ce mélange d'idéalisme candide, de grâce languissante et de désespérance maladive, le personnage passera par plusieurs étapes et gardera longtemps encore le sens de la vie et le goût des réalités. Il sera encore une créature de chair avant de devenir l'âme dolente qui court après « le vague objet de ses vœux ».
Ainsi, bien loin d'avoir été soudaine, la transformation remonte au contraire assez haut et, chose curieuse, elle a son point de départ dans un phénomène en apparence secondaire, mais qui eut une influence déterminante sur la marche de la légende en Allemagne et, par suite, sur son développement dans les autres pays.
La légende a commencé son évolution vers le Romantisme le jour où les analogies entre la fable de Don Juan et celle de
Faust, et les ressemblances entre les deux personnages frappèrent les auteurs et le public. Dès lors, le héros espagnol a subi les mêmes avatars que le héros germanique. On a associé d'abord leurs deux légendes, puis on les a fondues, et cette fusion s'est trouvée facilitée par ce fait que les aventures de Faust et celles de Don Juan ont servi et servent encore de thème à d'innombrables Pwppenspiele, dans lesquels le valet Iîans Wurst joue de part et d'autre le principal rôle. Ce sont les même troupes qui représentent en même temps les deux sujets. Les spectateurs prennent ainsi l'habitude d'unir les héros des deux fables, et les auteurs sont naturellement conduits à les associer.
Celte union était d'ailleurs légitime; non seulement les deux légendes avaient en Allemagne une fortune identique, mais les sujets offraient maintes analogies. Dans les deux cas il s*agit d'un homme damné pour avoir demandé à la vie les jouissances qu'elle ne comporte pas, et avoir voulu pénétrer, soit dans le domaine des sens, soit dans celui de l'intelligence, au delà des limites que Dieu a imposées à la nature humaine. Faust et Don Juan sont tous deux entraînés aux enfers pour un double crime : le crime de la chair et le crime de l'esprit. Leur corps a péché pour s'être livré à des plaisirs défendus; leur âme pour avoir sondé les mystères fermés à l'homme et avoir nié Dieu.
De part et d'autre se rencontrent plusieurs détails et un certain nombre d'éléments surnaturels semblables : des histoires d'amour, la séduction de filles innocentes et de petite condition, la vaine tentative de la femme pour sauver le séducteur, son abandon, un duel et une mort d'homme, le châtiment merveilleux du coupable emporté aux enfers, le tout mêlé d'incidents comiques au milieu desquels évoluent des personnages de valets et de paysans.
Les caractères de Faust et de Don Juan ont aussi de nombreux points communs : ils pèchent l'un et l'autre par esprit de rév.olte et d'orgueil; ils prétendent s'élever au-dessus des lois, et se soustraire aux règles communes ; ils veulent atteindre l'absolu, l'un dans la science, l'autre dans la volupté. Tous deux ont une imagination ardente, des passions tumultueuses, de vastes
désirs1. Faust est tourmenté comme Don Juan par l'attrait des satisfactions charnelles et le besoin d'aimer2. Don Juan, comme Faust, méprise les croyances de la foule, et aboutit à l'athéisme.
Toutefois leur point de départ diffère, et ils suivent une marche inverse. Faust a d'abord cherché le bonheur dans la science, et c'est après la faillite de sa raison qu'il s'adresse aux sens et à l'amour. Don Juan commence parla licence de la chair pour finir par la révolte de l'esprit. Par leurs rêves, par leurs déceptions, tous deux sont frères. Aussi était-il logique qu'ils, eussent un sort semblable et que l'un n'échappât point à la transformation que subissait l'autre. Faust devenant romantique, Don Juan devait le devenir avec lui : après les avoir associés sur les mêmes théâtres, dans des pièces de même nature, l'Allemagne allait les unir plus étroitement et, par une conception assez étrange, fondre leurs deux personnes en une seule.
En s'associant ainsi à Faust et en s'acheminant avec lui vers le Romantisme, Don Juan subissait l'influence de la littérature dite Sturm und Drang. Non pas qu'aucun des grands poètes de cette période ait pris la légende de Don Juan comme thème de ses élucubrations. Elle n'a inspiré ni Klinger, ni Gœthe qui traitent le vieux sujet national de Faust. C'est un des derniers en date et un des moindres parmi les écrivains du Sturm und Drang qui a songé à utiliser le sujet étranger de Don Juan. Le comte Benzel-Sternau, plus connu par son roman satirique du Veau d'or, publia en 1808 un long et fastidieux roman en quatre volumes intitulé : Ser stewerne Gasl, rinr Biographie, von dem Verfasser des goldenen Kalbs (Le Convié de pierre, biographie par l'auteur du Veau d'or). Ce titre, qui rappelle les innombrables pièces allemandes sur la légende de Don Juan, ne tient guère ses promesses. L'histoire traditionnelle n'a influé que dans une assez faible mesure sur l'œuvre de Benzel-Sternau.
I. Faust. — A moi ce que l'humanité n";i jamais connu, à moi l'univers que j'embrasserai toul entier.
Don Juan. - Il n'est rien qui puisse arrêter l'impétuosité de mes désirs.
•J. Heureux relui qui trouve la mort après une danse échevelée, au milieu des plaisirs dans les bras d'une jeune fille! — Je vais sn^ cesse du désir a la
jouissance el môme au milieu de> jouissances je brûle de déSÎXS nouveaux.
Celle-ci est plutôt une satire de la société aristocratique contemporaine qu'une incarnation nouvelle de la fable espagnole. ( l'esl l'histoire d'un certain comte, plus tard prince de Sonnewenden qui, après de multiples aventures criminelles et galantes, arrive par des moyens ténébreux à faire périr un rival détesté. Dans un dernier chapitre fort mélodramatique, il vient visiter dans une cathédrale la tombe de ce rival. Mais le remords s'empare soudain de lui, « le jugement de Dieu lui déchire la poitrine » et il s'enfuit épouvanté. Sur ces entrefaites il rencontre la statue de marbre noir qui décore le mausolée d'un certain Gartach, autre scélérat de son espèce. Cette vue achève sa conversion et, renonçant à ses erreurs passées, le comte va s'enterrer dans le château de ses pères.
Le sujet de ce roman, produit tardif et inférieur de la période Sturm und Drang, ne rappelle donc pas plus les aventures du héros espagnol que celles de maints autres débauchés. La fin seule du comte de Sonnewenden, ou du moins sa rencontre avec une statue, est inspirée de la légende de Don Juan. On peut sans doute s'étonner que les Sturm und Drànger n'aient pas été davantage attirés par un héros qui s'était mis, par tempérament et par système, en dehors des mœurs bourgeoises et des conventions vulgaires, et devait plaire ainsi à des écrivains dont l'imagination fougueuse s'était arrachée aux vieilles habitudes d'imitation où se traînait la littérature allemande, pour chercher en elle-même, dans ses élans et ses enthousiasmes souvent désordonnés, la source de l'inspiration. Mais si les Sturm und Drànger ont pour la plupart négligé Don Juan, leurs conceptions n'ont pas laissé d'agir sur les interprétations postérieures du héros comme elles onl agi sur celles de Faust, et les poètes qui ont mêlé les deux légendes sont les disciples directs de ces précurseurs du Romantisme '.
1. Je ne citerai que pour mémoire le roman en prose paru sans nom d'auteur en 1805, à Penig (Saxe), Don Juan der Wûstling (Don Juan le forcené), tiré de la pièce de Tirso. Cette œuvre esl accompagnée d'une autorisation donnée par l'évèque de Calones, Juan [vanez d'Almeyda, recommandant au lecteur un livre qui peut agir par l'exemple el faire ce qu'on ne pourrait obtenir par de simples avertissements.
Cette œuvre morale, restée inconnue et que je n'ai pu nae procurer, maigre
Le premier qui eut ridée de cette combinaison et qui fit un seul et môme personnage des deux héros est un auteur dramatique de la fin du xviuc siècle et des premières années du xixe. C'est Nicolas Vogt1, né à Mayence en 1756 et mort en 1830, qui écrivit un Gustave Adolphe, mélange bizarre de drame et d'épopée, et des scènes dramatiques (Rheinische Bilder), où il faisait apparaître Faust et Shakespeare. Il écrivit en 1809 un vaste poème intitulé : die Ruinen am Rhein (Les Ruines des bords du Rhin , une des œuvres les plus extravagantes qui soient sorties d'un cerveau humain. La seconde partie de ce poème, der Fârberhof oder die Buchdruckereiin Mainz (la Cour du teinturier, ou l'Imprimerie à Mayence) 2 est un drame inachevé en 3 actes dans lequel l'auteur a combiné les personnages de Faust et de Don Juan et confondu leurs aventures.
Dans la préface de cette pièce, Yogt a eu soin d'expliquer ses intentions : il s'est proposé de symboliser dans Faust la lutte entre le Bien et le Mal, le Ciel et l'Enfer, le Christianisme et le Paganisme ; de peindre en lui l'homme puissant et volontaire qui, pour posséder tous les trésors du monde, donne son âme au diable; puis de le transporter sous le nom de Don Juan dans les situations les plus riantes de la vie. En d'autres termes, le héros devait s'appeler Faust tant qu'il demandait à la science la réalisation du bonheur, et Don Juan quand il la demandait à la volupté. Pour réaliser cette œuvre hybride et qu'il croyait ingénument gigantesque, Vogt avait recours à tous les arts : la musique, la peinture, la décoration. La mythologie et L'histoire elles-mêmes s'unissaient à la poésie pour exprimer celte vaste synthèse d'idées et de sentiments qui embrassait l'humanité
toutes mes recherches, ne lient aucune place dans révolution de la légende. Elle se trouve signalée dans le Kloster de Scheible, Stuttgart, 1846, p. 673.
1. Sur Vogt, cf. Dr R.Warkentin : NachklSnge der Sturm und Drang Période, in Faustdichtungen des IS und 19 Jahrhunderts, Munich, 1896.
2. La première partie a pour titre : Die Brader (Les frères). Le poème a été jiublié à Francfort en 1809, chez F.-L.-B. Mohr.
entière. La partie musicale était empruntée à Mozart et à Haydn; Raphaël, Michel-Ange et les grands peintres de la Renaissance fournissaient les tableaux allégoriques qui servaient de cadre à l'action.
La scène débute dans les enfers, où Méphistophélès propose aux démons, impuissants à assurer la défaite de la Croix, un moyen nouveau et infaillible : l'imprimerie, qui, répandant en tous lieux les écrits mauvais, conduira les hommes à l'irréligion. L'esprit du mal a déjà choisi l'agent de cette invention. Il est d'une beauté à séduire toutes les femmes; il a une curiosité et une ambition sans limites. Depuis longtemps il demande l'aide du démon. Cet homme habite Mayence, et s'appelle Faust.
Après ce prologue, l'auteur nous transporte dans l'atelier d'orfèvre de Faust ', qui gémit de son métier et se plaint de s'être lié par une promesse de mariage à une jeune fille, alors que toutes les femmes lui sourient. Il aspire à régner sur le monde par la richesse, par la beauté, par le savoir et invoque à son aide la science. Dans une auréole, et au milieu des chœurs de la Création de Haydn, lui apparaissent sainte Hildegarde, sainte Catherine, sainte Elisabeth et sainte Cécile, représentant les quatre facultés : la Théologie, la Philosophie, la Jurisprudence et la Poésie2. Chacune d'elles lui apporte la sagesse et la vérité; mais aucune ne le satisfait. Il s'adresse à la Nécromancie qui lui apporte le livre magique contenant la clé de la vraie science. Pendant que, resté seul, il se laisse aller à des rêves orgueilleux de domination, survient son amante Christine, qui lui reproche tendrement de vivre toujours dans ses livres et d'oublier leur amour. Elle l'avertit en même temps que son père, irrité contre lui, a l'intention de le tuer; et elle l'engage à fuir. Le vieillard arrive en effet l'épée à la main, provoque Faust qui le tue pendant que Wagner, le valet, se meurt de peur dans un coin. Christine revient au bruit avec Schôffer et des domesti-
1. On voit que l'auteur suil ta tradition qui identifie Faust, le magicien légendaire, avec Joliann Fust, L'orfèvre de Mayence qui, de concert avec Schôffer et Guttenberg, inventa l'imprimerie.
2. Dans Gœthe, Faust ne s'adonne pas a la poésie, mais à la médecine.
quos et gémit sur le meurtre de son père. Schôffer cherche à la consoler, lui offre de l'épouser et jure de la venger.
On constate dès ce début la fusion des deux légendes et le procédé naïf de combinaison imaginé par Fauteur : il consiste à faire succéder alternativement des éléments empruntés à la fable de Faust et à celle de Don Juan. C'est d'abord Faust à la poursuite de la science qui lui donnera l'empire du monde; puis, sous les noms de Faust, de Wagner, de Schôffer et de Christine, nous retrouvons Don Juan accompagné d'un serviteur poltron, trahissant donna Anna, tuant son père en duel et poursuivi lui-même par Octavio. Le thème de Faust reprend ensuite avec quelques variantes. Le jeune homme appelle le diable à son secours, pour échapper à la vengeance de ses ennemis. Des démons apparaissent et l'emportent au sommet du Blocksberg. Là, nous assistons à une scène de sorcellerie inspirée de Gœthe. Des sorcières préparent l'encre d'imprimerie dans un chaudron magique où elles font bouillir avec un mélange de sang de dragon, de suc de vipère, de graisse de pendu, une feuille de l'arbre de la science du Bien et du Mal, un morceau du bâton avec lequel Caïn tua son frère, et le denier de Judas. Après quoi, le Blocksberg se transforme en un jardin; les potences deviennent des arcs de triomphe; le chaudron, une table chargée de mets exquis; les sorcières, de jolies femmes qui demandent à Faust émerveillé ce qu'il désire : « Je veux, dit-il, égaler les dieux, par la richesse, la gloire et la science1 ». Méphistophélès lui promet, en échange de son âme, de réaliser son souhait. Le pacte conclu, le Blocksberg et les sorcières reprennent leur premier aspect.
A l'acte suivant, nous sommes de nouveau en pleine légende donjuanesque : Faust et Wagner arrivent auprès du tombeau du bourgmestre Zum Jungen, père de Christine, et l'on entend dans une église le Requiem de Mozart. Faust demande à Wagner quel est le cadavre contenu dans le tombeau et ordonne à son compagnon de lire l'épitaphe. La statue s'anime