I. Cf. Lettre du 2 janvier 1817 à Murray
chagrins, il était repris par cette fièvre de plaisir qui, une fois déjà dans son château de Newstead, lui avait fait commettre les plus extravagantes folies. Il s'éprit d'abord delà femme du marchand chez lequel il logeait. Marianne avail les yeux noirs, fendus en amande, le nez aquilin, la bouche petite, le teint pâle; un charme oriental émanait de sa personne '. Ses amours avec le poète durèrent jusqu'au jour où une paysanne rencontrée sur les bords de la Brenta vint supplanter la jolie marchande. Marguerite Cogni aima Byron avec la fureur d'une Médée et une jalousie qui lui faisait mettre en pièces les lettres du poète, injurier et battre les femmes dont elle se méfiait, et la poussa un jour à se jeter clans le Grand Canal 2. Ces amours passionnées n'étaient pas les seules auxquelles s'abandonnât Byron. Cette période de son existence ne fut qu'une série de plaisirs faciles, de liaisons dans toutes les classes de la société, une fureur de libertinage pour laquelle son panégyriste habituel ne trouve d'autre excuse que le désir de guérir son cœur malade 3.
Comme si ce débordement des sens était un stimulant pour son génie, jamais le poète ne fut plus en possession de sa vigueur intellectuelle que durantcesannéesde dissipation4. Parmi lesnombreux ouvrages qu'il écrivit alors, il composa Beppo, cette œuvre où le persiflage, la raillerie mordante et familière remplacent pour la première fois les accents hautains et tragiques de Childe- Harold et de Manfred; Beppo, cette esquisse de Don Juan, cette première satire, légère encore et rapide, que le poète va reprendre et développer. Déjà, ce sont les allusions ironiques à la vanité des choses humaines, à l'amour, à la perfidie et à la coquetterie des femmes, à la jalousie des maris; un mélange déconcertant d'aventures risquées; de réflexions sur l'homme, ses joies et ses misères; d'allusions personnelles aux sentiments