Cf. Farinelli; article cité, p
•4. Cf. André Favyn, avocat au parlement, Théâtre d'honneur et de chevalerie ou
créé dans le troisième chapitre et, suivant le règlement de l'ordre, devait être un cadet de famille.
Peut-on identifier le Don Juan de la légende avec quelqu'un de ces personnages? Le texte du Buvlador et celui de sa variante le « tan largo me lo fiais » peuvent-ils nous fournir quelque indication précise à ce sujet? Don Juan y est appelé fils du Camarero Mayor du roi Alphonse XI, père de Pierre le Cruel. Dans la première des deux versions, ce seigneur porte le prénom de Diego, et dans la seconde celui de Juan : mais, quel que soit son prénom, il est impossible de reconnaître en lui un des membres cités de la famille Tenorio, car le seul Tenorio signalé comme ayant exercé une fonction sous Alphonse XI est l'amiral don Alonso. Peut-être était-ce un frère de ce dernier, mais ce n'est là qu'une supposition gratuite. Quant à Don Juan luimême, il est peu vraisemblable, comme le remarque judicieusement Farinelli, qu'il soit celui-là même dont le nom figure sans aucun commentaire parmi les membres de l'Ordre de la Bande et de TÉcharpe rouge, vu l'extrême sévérité des règles de cet ordre. Serait-ce alors le Don Juan qui fut chef d'office de Pierre le Cruel? Nous ne connaissons pas la vie de ce seigneur et rien n'autorise à croire qu'il ait réellement été le héros des aventures merveilleuses que la légende prête à son homonyme. Ainsi, aucun membre connu de la famille Tenorio ne peut rire historiquement identifié avec le trompeur de Séville. Il se pourrai! seulement que le Don Juan, chef d'office de Pierre le Cruel, fût le personnage dont le nom a servi à l'auteur du Burlador. On sait avec quel sans façon les auteurs dramatiques espagnols oui emprunté des noms historiques pour les donner à des héros purement imaginaires : Lope, Calderon, Tirso sont coutumiers du fait1. Le nom de Don Juan Tenorio a pu se présenter à
histoire des ordres militaires des roys et grinces de la chrestienté et leur gêné (Paris, 1620), t. Il, p. 1223.
I. Dans lu Fausse ingénue (la Boba para lus otros y discreta para si), Lope prend le nom historique d'Alexandre de Médicis, fils naturel de Laurent H. et tranforme absolument le caractère et la vie du personnage. Dans l'Étoile d<- Séville (la Estrella de Sevilla), un d'Ulloa, dans le Cavalier d'Olmedo el Caballero de Olmedo), le connétable Alvaro de Luno, lui fournissenl aussi leur nom.
l'esprit de l'auteur du Burlador d'autant plus naturellement que ce personnage avait été le compagnon d'un prince connu pour ses débauches et ses aventures scandaleuses1. Conformément au proverbe : « Tel maître, tel valet », le dramaturge espagnol a pu prêter au gentilhomme les mœurs du monarque. Il ne faudrait pas s'arrêter à l'objection que le Don Juan de la fable ne peut être le repostero de Pierre le Cruel puisqu'il meurt dans la pièce sous le règne d'Alphonse XI. L'auteur fait mourir de même sous ce prince le commandeur d'Ulloa qui, comme nous allons le voir, fut le contemporain de son successeur. On sait assez la liberté que les auteurs dramatiques espagnols prennent avec la chronologie. Dans la même pièce, Alphonse XI, qui mourut en 1350, et Jean Ier de Portugal, mort en 1433, échangent entre eux des ambassades.
Quant à la famille d'Ulloa, elle n'est pas moins historique que celle des Tenorio. Il est question dans la chronique de don Pedro2 par Lopez de Ayala d'un Lope Sanchez de Ulloa « comendador mayor de Castilla ». C'est le titre qu'il porte dans la pièce espagnole3. Il est vrai qu'ici il s'appelle non pas Lope, mais Gonzalo. Remarquons toutefois que Lopez de Ayala cite aussi un Gonzalo Sanchez de Ulloa et que l'auteur du Burlador a forl bien pu confondre les deux personnages. Il n'est donc guère douteux que le d'Ulloa contemporain de don Pedro soit le même que le d'Ulloa de la pièce, bien que dans celle-ci, par un léger recul de date, il vive sous le règne d'Alphonse XI. Mais l'auteur a agi avec ce personnage comme avec don Juan Tenorio : il lui a emprunté son nom, sa qualité, en le mêlant à des aventures auxquelles il est dans la réalité demeuré étranger.
Que conclure de tout cela, sinon qu'il faut décidément rejeter
— Calderon prend dans de !/<// en Pis (Peor esta que estaba) le nom <lr Césai des Ursins; celui de Henri de Gonzague, duc de Mantoue, dans le Secret <> haute voh el Secreto a voces) el celui de César Farnèse dans Honneur ri Malheur du nom (Dicba y desdicha de! nombre), etc.
1. Cf. la chronique de Lopez de Ayala, citer par Farinelli, p. 14, et le Tcsoro de los romanceros de Ochoa (Paris, 1 s : { s ) , p. 218.