‹ La Légende de Don Juan (volume 2)Chapitre 151 sur 223 · My Muse 1>\ do mcans dcals in fiction · texte numérisé non relu

My Muse 1>\ do mcans dcals in fiction

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Ch. \iv. st. 13.

l'œuvre. Ayant ainsi complètement renouvelé dans la forme comme dans le fond la légende primitive, il a pu déclarer sérieusement qu'il traitait un sujet moderne.

Ce n'est point, cependant, par simple boutade qu'il a choisi Don Juan. A plusieurs reprises il a indiqué le but qu'il s'était proposé en écrivant son œuvre : il a voulu faire une revue générale, une satire de l'humanité, et l'esprit qui l'inspire est un esprit d'ironie et de scepticisme. Or, à y regarder de près, Don Juan, pour peu qu'on le transformât, convenait merveilleusement à cet objet : depuis son origine, le héros avait suivi une évolution qui devait transformer un jour le simple débauché en un chercheur d'aventures, toujours en quête d'une sensation nouvelle. Il était devenu l'homme — et Molière, le premier, l'avait ainsi conçu — qui d'abord jeune, ivre de voluptés, use vite la vie et se blase sur les plaisirs qu'il peut en tirer. La vulgarité des joies humaines lui est bientôt apparue ; il conçoit un profond mépris pour ses semblables et pour toutes les créations de leur génie. Mais le Don Juan de Molière est encore un marquis enfermé dans les limites en somme étroites de la vie française et d'une société aristocratique. Ce marquis connaît la cour, un peu la ville; il n'a qu'entrevu le peuple; il n'est pas sorti du sol natal ; il n'a pas étudié l'homme de tous les pays. Son expérience est courte; sa psychologie est incomplète, et il n'a même pas éprouvé toutes les passions.

Nécessairement, Don Juan devait un jour aller plus loin, élargir le domaine de ses observations : c'est à travers le monde entier, à travers l'infinité des sentiments qui agitent le cœur humain sous tous les climats qu'il devait conduire ses recherches. Cette vaste enquête lui serait une occasion d'étudier les multiples représentants de l'humanité. A chaque épreuve nouvelle son scepticisme se fortifierait, son ironie deviendrait plus mordante devant le néant des choses humaines; et un jour, enfin dégoûté, désespérant de rencontrer jamais l'idéal rêvé, il finirait sa course dans l'isolement ou dans la banale retraite d'un mariage de convenance.

Cette conception n'était possible qu'à une époque oii les

circonstances politiques, les idées philosophiques, les aspirations plus hautes des individus et des peuples pousseraient l'homme à chercher en tous lieux la réalisation du bonheur Longtemps et vainement entrevu par lui. Il retomberait ensuite d'une chute [dus rude dans la réalité, quand il n'aurait rapporté de son investigation que la preuve définitive de la bassesse de ses semblables dans toutes les conditions, sous tous les gouvernements, sous toutes les latitudes. Ce chercheur d'abord enthousiaste, devenu bien vile un blasé, d'autant plus aigri contre les hommes qu'il aurait plus espéré d'eux, ce poète ivre de toutes les émotions des sens et de l'esprit, cet amant de la nature et de la beauté, ce philanthrope épris de liberté, de justice, transformé en un sceptique douloureux, n'était-ce pas une image de Byron lui-même? De Byron tel qu'il fut ou tel qu'il crut être. Et le poète en quête d'un héros clans lequel il incarnerait ce qu'il était devenu, depuis que de nouvelles épreuves et un long séjour en Italie avaient encore modifié son caractère et ses sentiments, pouvait-il trouver un personnage qui répondît mieux que Don Juan à ce qu'il se proposait .'

Ils pouvaient courir ensemble les aventures et faire, à la poursuite du bonheur et de la vérité, une revue universelle de l'humanité '. Don Juan n'était-il pas aussi l'homme éternel, sans cesse recréé, toujours identique sous ses multiples transformations? L'homme qui poursuit ici-bas son rêve, sublime ou vulgaire, rêve matériel de plaisir, de fortune, ou rêve idéal de chimériques voluptés.

La statue de marbre ne devenait-elle point aux yeux du poète l'image de l'implacable destinée qui détruit ses illusions? El pour cette raison encore, Don Juan n'était-il pas Byron avec toutes les passions qui l'avaient agité?

Enfin n'y avait-il pas une ressemblance plus étroite entre le poète et le héros légendaire? L'éternel amoureux qui, des l'origine, avait fait de la conquête de la femme le but et la seule félicité de sa vie, n'était-il pas du même sang que l'inlassable

1. Cf. à ee propos la si curieuse lettre du 1(1 lévrier IS2I a Murrav.

amant de miss Parker, de Mary Schaworth, de Marianne, de Marguerite Cogni, de la comtesse (iuiceioli et de tant d'autres! Don Juan n'était-il pas aussi le héros individualiste, affranchi

des lois et des préjugés, élevé au-dessus des conventions humaines? Ce même orgueil égoïste et dédaigneux qui caractérise déjà le héros de Molière, n'a-t-il pas été toujours le sentiment prédominant dans le cœur de Byron?

Celui-ci devait donc être instinctivement attiré vers Don Juan par la sympathie de nombreux caractères communs. Aussi n'est-ce point Faust qu'il a choisi pour s'y incarner et \ exprimer ses rêves et ses désillusions, ses amours et se- haines, toute sa philosophie. Il y avait trop de distance entre le héros allemand et lui : Faust est le rêveur, l'homme d'étude; Don Juan l'homme d'action qui cherche le bonheur non pas dans la poursuite d'une vérité spéculative, mais dans la conquête d'un bien matériel. Byron, de même, n'a cessé de poursuivre un idéal concret : non seulement il a épuisé les jouissances de l'amour, mais il a demandé à l'ambition, à la politique, à la gloire de l'orateur, à la lutte pour la liberté, de satisfaire les aspirations dont il était tourmenté. Son tempérament d'Anglais, son atavisme de marins et de conquérants, devaient faire prédominer en lui l'homme des réalités sur l'homme du rêve et de l'idée.

Aussi les héros dans lesquels il s'est représenté plus ou moins fidèlement sont-ils des hommes qui cherchent à satisfaire par une activité intense les désirs de leur imagination : Childe Ilarold, Conrad, Mazeppa aiment les courses à travers le monde, les chevauchées dans la steppe, la lutte contre les Ilots, les combats à cheval, les abordages, les prises et les pillages de villes. Don Juan est de la même race : des amours toujours renouvelées, des aventures étranges, des batailles, des naufrages, la vie du soldat, du marin, du politique, voilà ce qu'il faut pour calmer son insatiable besoin d'agir.

D'autre part, Faust, l'homme du livre, a secoué le joug de la croyance : c'est un révolté intellectuel. Don Juan s'arrache surtout au joug moral et social : son indépendance est plus encore dans sa conduite que dans sa pensée; c'est envers les mœurs

qu'il esl un insoumis. Il en fut de même de Byron dont le scepticisme est plus une protestation contre l'esclavage des pratiques religieuses (prune révolte de la raison contre la foi.

Telles sont les causes diverses occasionnelles et générales qui poussèrent Byron à reprendre le vieux thème de Don Juan. Il retrouvait assez de lui-même dans le héros — tel que le XIXe siècle devait le concevoir — pour se peindre sous son nom comme il s ('-lait peint sous celui de Childe Harold. Le sujet transformé, adapté à des vues différentes, contenait cette succession d'aventures, eelie promenade à travers les événements et le monde dont l'auteur avait besoin pour sa revue générale des idées et des moeurs.

C'est à Venise, le 6 septembre 1818, que Byron commença Dm, Juan. Dans une lettre adressée à Moore le 19 septembre, il annonce l'achèvement du premier chant, en même temps qu'il terminait Mazeppa. Il se mit aussitôt au second chant, qu'il achevait à la fin de janvier 1819 '. Différentes raisons retardèrent ensuite la continuation du poème : ce furent les objections de son éditeur 2 qui hésitait à imprimer l'œuvre intégralement à cause de son immoralité et des attaques personnelles qu'elle contenait; ce furent aussi, outre l'échec des deux premiers chants, les relations nouvelles du poète avec la comtesse Guiccioli 3 et les graves soucis que cette liaison lui causa dès le principe4. Don Juan fut cependant repris après le retour des deux amants à

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