‹ La Légende de Don Juan (volume 2)Chapitre 158 sur 223 · Cf. lettre du 23 avril 1820 a Murray · texte numérisé non relu

Cf. lettre du 23 avril 1820 a Murray

Composée à plusieurs années d'intervalle, irrégulièrement, sous les impressions successives d'un voyage, d'une lecture, d'une conversation, de chagrins passés et présents, l'œuvre est ainsi le produit, non pas simplement d'une idée générale et préconçue, mais des multiples et contradictoires influences qui ont agi pendant quatre ans sur le poète.

Peu d'écrivains furent aussi prompts que l'auteur de Don Juan à subir l'action du dehors et à transporter dans leurs versl'écho des émotions dont ils étaient agités. Limagination de Byron transformait en poésie toutes choses : événements, idées,, sentiments : « Comme les vagues finissent par se briser sur la-, grève, ainsi les passions parvenues à leurs dernières limites serésolvent en poésie », a-t-il dit en parlant de lui-môme1. Aussi n'est-il pas sans intérêt, ni sans importance, pour l'intelligence de Don Juan, de rechercher les multiples circonstances qui ont influé sur la composition de chaque chant, et dont les traces se retrouvent aisément si l'on suit parallèlement, si l'on confronte en quelque sorte avec la vie de Byron les différentes étapes deson poème.

Nous avons dit au milieu de quels événements fut commencé le premier chant : Byron était dans une de ces crises de plaisir plus artificiel que réel, dans lesquelles il trouvait surtout un. moyen de s'étourdir. Ses liaisons frivoles et éphémères, les études auxquelles il se livrait à Venise sur les mœurs des Italiennes qui le recevaient chez elles, non seulement comme « amico di casa », mais encore comme « amico di cuore », et lui fournissaient des observations qu'il utilisait pour son poème'2, ont manifestement inspiré la peinture légère qu'il a faite de l'amour dans le premier et dans le deuxième chants. C'est l'amour sensuel et facile, tel qu'il s'épanouissait sous le ciel vénitien

I • As on the hoach tlio waves at last are broke,

Thus to thoir extrême vergo tlio passions broughl Dasb into poetry...

(Ch. IV. st. L06 2. Cf. lettre du 21 lévrier 1820, à Murr.iv.

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l'amour ardent, spontané, que provoque un coup d'œil, une robe effleurée, et qui se vautre impudemment dans le lit conjugal, à la barbe d'un époux ridicule. C'est cet amour aussi, dans lequel l'amant jeune et faible, presque ignorant encore du mystère, joue le rôle de Sigisbée, tient l'éventail, porte le shall, sans arrêter ses services à la porte de l'alcôve; tandis que l'amante, moins novice, aime avec la fougue d'un tempérament que les mœurs, ni le climat n'ont jamais contraint. Dans le poème elle s'appelle Julia, dans la réalité Marianne ou Marguerite Cogni. C'est en passant de l'une à l'autre que Byron racontait les aventures de Don Juan et de l'épouse d'Alfonso, qu'il écrivait ces strophes ironiques et voluptueuses où il raillait le mariage et célébrait l'inconstance : « La philosophie m'a dit à l'oreille : Pense à tous les nœuds sacrés! J'y penserai, ma chère Philosophie, mais vois ses dents! vois, ô ciel, ses yeux 1.... » — « Ce que les hommes appellent inconstance n'est rien de plus qu'une juste admiration pour l'objet favori que la prodigalité de la nature recouvre de jeunesse et de beauté2. »

En même temps, une influence très différente agissait sur le poète, plus lointaine et moins directe, mais plus profonde : c'était le souvenir toujours douloureux de ses chagrins conjugaux, l'amertume contre une femme dont la rigidité s'était si peu accommodée des caprices de son époux. Aussi, tout à sa rancune encore fraîche, la peignait-il sous les traits de doua liiez, la femme aux principes fixes et « mathématiquement carrés », raisonnable, sage, pieuse, sans faiblesse, également supérieure par ses connaissances et par ses vertus, parfaite et insupportable par sa perfection même3. Il lui opposait son

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