‹ La Légende de Don Juan (volume 2)Chapitre 174 sur 223 · Ch. V. st · texte numérisé non relu

Ch. V. st

3. Ch. III. M. mu (l'allusion a la satire féroce d'Absalon cl Architophcl contre Shaftesbury).

Ce n'est que par habitude et par tempérament qu'il n'a cessé de mêler à la peinture de la société celle de sa propre personnalité. « J'ai L'intention, disait-il, dans sa lettre à Murray du 21 février 1821, do faire faire à mon héros le tour de l'Europe, et de le faire finir à la Révolution française. J'en ferai un cavalier servant en Italie, une cause de divorce en Angleterre, un Werther sentimental en Allemagne, afin de montrer les différents ridicules de la société dans chacun de ces pays et de le représenter lui-même devenant peu à peu avec l'âge gâté et blasé comme il est naturel. > Ailleurs, il dit encore : « Don Juan est une satire des abus des conditions actuelles de la société et non un panégyrique du vice ' ».

Cette satire est multiple : individuelle; humaine et sociale; européenne et surtout anglaise. Don Juan est un tableau des plus sombres qui ait été fait de l'homme en général, de ses idées et de ses mœurs, de ses inventions, de son génie, non pas seulement à une époque déterminée et dans un certain pays, mais dans tous les temps et sous tous les climats. Le poète met à nu l'animal humain, soit isolément, soit dans ses rapports avec ses semblables; il découvre les travers et les vices inhérents à sa nature, ainsi que les erreurs elles mensonges introduits par la vie de société et la civilisation.

Il faut observer toutefois que Byron, aristocrate de naissance et de goût, n'ayant guère vécu au milieu du peuple qu'il ne connaît pas, s'en prend surtout à l'aristocratie. Il avait pour cela une autre raison : sa misanthropie est moins fondée sur la haine objective du mal que sur des haines personnelles. Il en veut à la société de ses propres misères; or cette société, cause de ses malheurs, n'est pas la foule anonyme et immense : c'est un milieu restreint, c'est la minorité des gens du monde. « La classe que j'ai choisie pour sujet de mes critiques, dit-il, est une de celles dont il n'existe aucune peinture récente2 ». « Et c'est

Page 1