Ch. XIV, si
:t. Cf. eh. 1, si. 126-131, ce qu'il dit de l.i petite vérolç.
portent que des occasions nouvelles de mort1. L'intelligence dont il est si fier ne construit rien de solide : le temps détruit ses plus belles inventions; un malaise suffit à l'anéantir; « qui voudrait tirer vanité d'une intelligence qui dépend à ce point du suc gastrique 2? » En réalité l'homme est un aveugle dans l'univers et sa seule science est, suivant le mot de Socrate, de savoir qu'il ne sait rien 3.
Si sa raison est petite, les sentiments dont il se targue ne sont pas moins vains. Le poète analyse son cœur, en montre les tares secrètes; il dépouille les grandes passions de leur appareil brillant pour étaler leurs laideurs. L'amour n'est qu'une source de joies courtes et factices; il aboutit soit au mariage, c'est-àdire au dégoût ou à la platitude, soit à l'adultère, c'est-à-dire aux soupçons, aux mensonges, aux pires catastrophes. « Amour, s'écrie le poète, tu es le vrai dieu du mal*! » L'amitié cache l'intérêt et l'égoïsme, le plaisir subtil de recevoir la confidence des malheurs d'autrui, de donner des conseils et de reprocher les erreurs 5. L'amour de la gloire n'est pour les uns que l'espoir du pillage6, l'appât d'une pension pour les vieux jours7; pour les autres le désir d'une renommée qui ne laisse après elle qu' « un nom, un mauvais portrait, un buste pire encore » ou le néant8. Le courage n'est que le bruit de la trompette, une griserie factice qui fait de l'homme une bète féroce9. Et il en est ainsi de tous les sentiments que les moralistes exaltent : l'amour du beau, du bien; le dévouement, la charité sont rare-