Cf. Ch. VIII. les épisodes du siège d'Ismaïl
ment sincères; la foi n'est que la peur de la mort1; la religion, qu'hypocrisie ou bigoterie2; la pudeur qu'une fausse pruderie : « Pourquoi le viol ne commcnce-t-il pas? » s'écrient à la prise d'Ismaïl quelques matrones rendues impatientes par un longveuvage3. Partout dominent les passions mauvaises : l'intolérance, l'ambition, la cupidité4.
L'homme ne vaut pas plus par ses opinions : les préjugés, les idées toutes faites le dominent; il ne pense point par lui-même. Ses jugements lui sont inspirés par ses intérêts, par son milieu, par le simple plaisir de faire un mot5. Les moins sots, ceux qui pensent et qui écrivent, prosateurs et poètes, flattent lc< goûts du public, lui versent la morale conventionnelle dont son rigorisme de surface a besoin pour cacher ses vices. Quant à ceux dont le génie s'exprime librement, l'humanité les méconnaît.
Les mœurs et les institutions sont pires encore : dès sa naissance l'homme est déformé par l'éducation qu'il reçoit : ses instincts sont comprimés; les vérités lui sont cachées; on ne lui apprend qu'une science de mots, qu'une vertu de convention, toute en dogmes étroits et en formules. Quand la vraie vie s'ouvre à lui, mal préparé à l'affronter, il y entre avec méfiance; il y apporte son habitude de substituer les préjugés, les idées toutes faites, les mensonges, à la réalité. Ou bien, comme il arrive pour Don Juan, son ignorance lui fait commettre les pires sottises6. Les mômes contraintes pèsent sur l'homme fait : les usages et les lois l'enserrent, le torturent, le poussent à la révolte ou l'amènent doucement à l'hypocrisie, et de toutes façons le rendent malheureux. La famille produit divisions et haines : enfants rebelles et ingrats, parents durs, époux désunis 7.