You might have freed talion Europe from the unity
Of tyrants, and been blest from shore to shorc :
And ii"\v what is vour famé .'...
Go! hear it in your famish'd country's cries! Behold the world! and curse your victoriesl
ch. IX. vi. v.
:). Ch. VIII. st. 48, 49.
4. Cli. XIII, st. i. 49; ch. IX, st. .'i. — Cf. In fameuse tirade qui commence le chant IX ri le calemboui sur le nom de Wellington, prononcé Vilain-ton, comme dans la chanson de Béranger. — Cf. aussi ch. XI. st. Si!, où Byron parle de In physionomie stupide du duc
I lm\ e seen a duke (No matter which tara politiefsa stupider, It' tliat eau well li". ihan lus woodeo look.
5. Ch. VIII, st. 126. ■ L'Irlande peul mourir de faim; le grand George pèse 127 kilogr; » (Though [reland starve, greal George vveighs twenty stone). — Cf. encore, ch. X, -i. sti el suiv,
ironiques ou indignées contre une aristocratie corrompue, intéressée, sans élans généreux ; contre un organisme social dans lequel triomphent encore la guerre, les ravages du despotisme, les exactions des rois, la soif des honneurs, les mensonges des lois, des institutions, des croyances.
Byron songeait, nous l'avons vu, a faire le tableau de cette universelle corruption dans tous les états de l'Europe, en promenant successivement son héros à travers chacun d'eux. Il n'a réalisé qu'une partie de son programme : Don Juan, né en Espagne, vit quelque temps dans les îles de la Grèce, en Turquie, en Russie, en Angleterre; il ne fait que traverser l'Europe centrale et ne s'arrête même pas en France. Le tableau reste donc inachevé et, sauf pour l'Angleterre, les traits en sont, il faut l'avouer, vagues et superficiels. L'auteur a peint ce que l'observation rapide du touriste en voyage a pu lui faire connaître ou ce qu'il a puisé dans ses lectures. Il n'a pas pénétré la vie intime, les caractères essentiels et significatifs, les formes spéciales que les passions, les travers et les vices communs à l'humanité prennent dans chaque pays, sous l'intluence du climat, des lois, des croyances et des races. Sa peinture ne montre guère que quelques manifestations apparentes des mœurs nationales. En Espagne, il a vu les superstitions d'un catholicisme tout formel, la sensualité des femmes; en Turquie, les drames mystérieux du sérail, les houris et les eunuques : un pittoresque vieilli et conventionnel; en Russie, le despotisme des tzars et la servilité de la noblesse : tout cela aperçu du dehors, en passant, sans recherche des causes, sans étude des phénomènes par lesquels se révèle l'originalité d'un peuple. Aussi cette satire des nations européennes demeure-t-elle la partie la plus vague et la plus banale du poème. Byron y attaque ce qu'il a vu, qui n'est qu'une image imprécise et toute extérieure d'une réalité dans laquelle il n'est pas entré.
Tout autre est la satire des mœurs anglaises. Ici, Byron est dans un domaine qu'il connaît, dans son propre milieu. Il ne s'arrête pas simplement à ce qui frappe l'œil surpris de l'étranger, à une mode, à une particularité extérieure; il met à nu l'âme
même de la nation et il en révèle les dessous. La satire tourne aussitôtau pamphlet; aussi faut-il se méfier et ne point prendre à la lettre une critique inspirée beaucoup moins par un sentiment désintéressé de moralité que par des griefs privés. Qu'on lise la réponse qu'il adressa aux Remarques sur Don Juan paruesdans le Blackwood's Edinburgh Magazine '. et L'on y verra au tonr à lenumération des injustices dont il se prétend victime, la violence de ses ressentiments.
Il y avait, d'ailleurs, entre les Anglais et lui une mésintelligence naturelle. A ces rigides observateurs des devoirs familiaux, des conventions sociales, de la dignité extérieure et de la tenue, il offrait le spectacle d'une vie délibérément affranchie de toutes les obligations de la famille et de la société2. Ce désaccord a exagéré la tendance habituelle du poète à s'insurger contre l'opinion publique. La satire anglaise révèle un désir manifeste de blesser des sentiments particulièrement chers à des âmes puritaines, en exaltant le dérèglement, l'indépendance de la pensée et de la conduite, en raillant la vertu, la religion, la respectabilité, les institutions mômes qui sont l'orgueil de tout bon Anglais.
La haine de Byron s'épanche avec joie; il se complaît à humilier ses compatriotes, à les faire tomber de leur piédestal devant l'Europe. Comme il les connaît bien, il sait quelles critiques blesseront davantage leur amour-propre. Il porte ses coups là même où ils se croient invulnérables et doivent souffrir le plus d'être frappés. Armé de son balai, le poète ôte les toiles d'araignées qui tapissent les appartements de ses conci toyens3. Leur défaut national est le cant. C'est la morale deapparences : une tendance à attacher la honte moins à la faute qu'au scandale, et à donner au mal un air de dignité qui impose. A l'inverse de l'hypocrisie, qui baisse les yeux et se fait humble,
1. N" d'août 1819 (t. V, p. 512 el suiv.). La réponse de Byroo est dans les Mémoires, l. II, p. 205 et suiv.
2. Cf., a ce propos, les observations de Moore, i. Il, p. 134.
3. With a rofl besoin will l sweep your halls, And brush a web or two off the walls.
Ch, X, st 84.
le cant a fière allure: il regarde en face, le front haut; il prend à la vertu son panache et en pare le vice. Il est le pavillon qui dissimule la pire marchandise : sous ses plis se cachent l'intolérance, l'impudeur, l'avidité, la sottise. Il enveloppe toutes choses d'un voile mensonger. Par lui, l'Angleterre dupe tous les autres peuples. C'est ce mal secret que Bvron a mis à nu.
11 le représente dès le principe sous une forme symbolique et humoristique qui le rend particulièrement sensible : quand l'étranger arrive à Londres par la route de Douvres, il gravit la
colline du Chasseur » (Shooter's Hill) et découvre soudain, avec admiration, l'énorme capitale qui étale à ses pieds les mille cheminées de ses usines et les innombrables mâts de ses vaisseaux. La ville lui apparaît à ce moment comme un fourneau d'alchimiste, d'où sort la richesse du monde1. Il contemple cette reine de l'industrie et du commerce, et derrière la fumée qui l'estompe, le cœur ému, il entrevoit l'asile de la liberté et de la sécurité personnelle, le sanctuaire des lois, de la justice, de la chasteté; le temple du confort et du bien-être. « Ici, s'écrie-t-il, est le séjour d'élection de la liberté, ici résonne la voix du peuple que ne peuvent étouffer tortures, prisons, inquisitions... Ici les épouses sont chastes, pure est la vie; ici les gens ne font que ce qui leur plaît,... ici les lois sont inviolables,... il n'y a pas de piège tendu au voyageur2.... » Et plein d'enthousiasme il s'avance, quand soudain un couteau brille à ses yeux, et quatre drôles en embuscade lui demandent la bourse ou la vie3. S'il peut sauver l'une et l'autre, l'étranger n'échappera pas aux douaniers et aux aubergistes experts en l'art de dépouiller4. Et peu à peu il découvrira la véritable Angleterre comme il a décou-