ch. IV, -t. lus el suiv
gués, leurs commérages et leurs médisances, les manèges des amoureux, les coquetteries des femmes qui promettent et ne donnent rien; les manœuvres des coureurs de dot; la diplomatie dangereuse des filles à marier et des mères de famille1; tout le mélange d'orgueil, de caprice, de mode et aussi ce marchandage spécial qui constitue à Londres l'art d'aimer2.
Après l'amour romanesque et passionné du Midi, Don Juan fait en Angleterre l'expérience d'un amour moitié pédantesque, moitié commercial, qui aboutit au chantage et remplace par les dommages-intérêts le poignard jaloux de l'époux ou de l'amant3.
Au sortir des salons ce sont les luncheons, les dîners, la vie banale et épuisante des gens du monde, jeunes sans jeunesse, joueurs, buveurs, criblés de dettes qui, « un jour après avoir voté, dîné, bu, joué, couru les mauvais lieux, vont ajouter un nouveau lord au caveau de leur famille4 ». C'est aussi la vie de château, réunion hétérogène de grands seigneurs, de poètes à la mode, de beaux esprits, de magistrats, de grandes dames, de bas-bleus et de coquettes; les uns gourmés et importuns, discutant des affaires de l'État avec une grave banalité, les autres « flirtant » avec décence le jour et se donnant la nuit des rendez-vous; ceux-ci cherchant à placer leurs mots d'esprit, ceux-là médisant et moralisant3.
La satire est ici plus pittoresque que profonde; les traits en sont malicieux plus qu'acérés : le poète s'amuse avec humour; il déchire en badinant. Il peint toute une galerie de types originaux, citadins et campagnards, en homme bien informé des mœurs provinciales. C'est le châtelain, protecteur dédaigneux des hobereaux et des fermiers de l'endroit; prodigue de sa fortune et de ses amabilités; influent et jaloux de son influence; ami de la liberté et du ministère; défenseur de l'ordre et des