Ch. III. st
de Milton (.levait être insensible à ces grâces sobres et délicates. 11 le disait dans le pamphlet qu'il avait écrit en réponse aux critiques du BlackwoocTs Magazine : « La vraie cause de l'état déplorable de la poésie anglaise contemporaine doit être imputée à l'absurde et systématique dépréciation de Pope1 ».
.Mais dans ces critiques il y a autre chose qu'une antipathie naturelle de goût. L'acrimonie du ton révèle la jalousie du poète méconnu envers des confrères en possession de la laveur publique. La satire ne s'attaque pas ici aux idées et aux systèmes, mais aux personnes.
Telle est bien, si l'on veut juger dans son ensemble la valeur de ce vaste pamphlet qu'est le Don Juan de Byron, la conclusion à laquelle il faut aboutir : comme partout ailleurs, le poète a si intimement mêlé tout ce qui intéresse sa personne et sa vie aux idées générales qu'il exprime, que l'œuvre perd toute signification objective. Ses jugements sont toujours obscurcis et déformés par des raisons particulières. Là même où la satire est l'écho des misères humaines, elle ne l'est que dans la mesure où le poète en a souffert lui-même : c'est lui qu'il plaint, en plaignant les hommes, et il interprète moins les revendications de la foule anonyme qu'il n'exhale ses propres rancœurs. Quand il attaque l'éducation puritaine et livresque de la jeunesse anglaise, il ne l'ait guère que rappeler ses souvenirs d'enfance. Quand il flagelle le caw£,la sévérité du monde pour les infidélités au foyer; quand il montre les hypocrisies de la famille, il ne s'inspire que de sa rancune toujours inapaisée contre les injustices de l'aristocratie anglaise à son égard. Satire générale, spectacle à mille tableaux où défilent l'Europe et l'Humanité, Don Juan est bien cela, sans doute, et cela surtout, mais il ne l'est que comme le reflet des sentiments intimes du poète.
Le ton même de l'œuvre en trahit le caractère subjectif: il n'es! jamais froid ni indifférent, mais toujours passionné, et la