Cf. Mémoires, t. 11. p
passion s'exprime tour à tour en termes violents, douloureux ou sarcastiques. Tantôt, sous l'ironie se dissimulent des larmes : « Si je ris, dit-il, c'est que je ne puis pleurer1 ». Sa gaîté est factice. Il le sent et s'en excuse : « Quand nous savons ce que nous sommes tous, nous devons gémir sur nous-mêmes; mais toutefois j'espère que ce n'est pas un crime de rire de tout, car je voudrais bien savoir si tout n'est, après tout, autre chose qu'une parade2 ». Gomme tous les grands ironistes, comme tous ceux qui ont sondé le cœur humain et fait le tour des choses, Byron est plus sensible à l'universelle tristesse qui émane de la vie, aux tragédies qu'elle renferme, qu'à la comédie du dehors et des attitudes. Si sa raillerie a l'humour de Swift, elle en a surtout l'apreté.
Elle excelle aussi à mettre en relief les ridicules par une opposition inattendue du grotesque et du sérieux. Par l'introduction soudaine d'une bouffonnerie, la gravité d'une scène est détruite et une situation tragique réduite aux proportions d'une parade. De même, pour les sentiments : un mot, un détail facétieux, un rappel aux petites misères de la nature, au milieu d'un transport passionné de l'âme, ridiculisent la majesté humaine : tandis que sur le bateau qui l'emporte, Don Juan adresse de tendres adieux à la maîtresse qu'il a perdue, à l'instant même où, déchiré par la douleur, il s'écrie : « Aucun remède ne peut guérir un cœur malade », un plongeon du vaisseau lui donne un haut-lecœur. « 0 Julia, poursuit-il, quel chagrin est comparable au mien! » et aussitôt le mal de mer augmentant : « Pour l'amour de Dieu, donnez-moi un verre de liqueur 3! » La scène continue