‹ La Légende de Don Juan (volume 2)Chapitre 190 sur 223 · A broth of a boy · texte numérisé non relu

A broth of a boy

primo pas, sans doute, du premier coup sa spontanéité, la vivacité de ses colères et de ses enthousiasmes : il a, dans le sérail du sultan, des indignations et des scrupules qui font plus honneur à son honnêteté qu'à sa prudence; devant les murs d'Ismaïl, il se conduit avec une fougue et une générosité encore juvéniles. Mais, la cour de Russie qu'il fréquente ensuite, les intrigues auxquelles il est mêlé, la vue des passions qui couvent dans un tel milieu, lui donnent peu à peu l'habitude de se maîtriser, d'obéir plus aux conseils de sa raison qu'aux impulsions de son cœur.

Le voilà désormais guéri de ses premières ardeurs et de ses illusions. Le jeune homme qui ne voyait à la vie d'autre raison d'être que l'amour, est devenu sensible à l'ambition : il cultive les grands, ménage sa fortune. Sa liaison avec Catherine ne ressemble guère aux candides ivresses d'antan : c'est un amour plus pratique encore que sentimental, qui paie moins en voluptés qu'en honneurs; c'est presque un amour de raison dont le héros se repose par d'autres distractions où il perd encore de ses illusions, et un peu de sa vertu. Il devient plus égoïste, plus réservé, et quitte la Russie ayant appris à se dominer et à se conduire, à tirer parti des circonstances et des hommes, à n'être la dupe ni de lui-même, ni d'autrui.

L'Angleterre va achever sa transformation. En ce royaume des affaires et de l'hypocrisie, Don Juan se perfectionne dans l'art de manier ses semblables, d'évoluer sans heurt dans le conflit des intérêts et des passions, de connaître les faiblesses humaines et d'en profiter. Le monde et ses mille pièges, les intrigues des politiques ne le prennent pas en défaut. Désormais maître de sa sensibilité, expert à ne se pas laisser duper par des entraînements où sa raison n'aurait point de part, ilmanœm re avec habileté à travers les filets que les coquettes, les mères et les jeunes filles lui tendent de tous côtés. En même temps, il sait ménager chacun et ne blesser personne : affable sans prétention ni fatuité, il impose sa supériorité par le soin même qu'il apporte à la dissimuler, et il lire sa principale séduction de son indifférence apparente à séduire. Sou sérieux plaît aux

hommes, sa modestie charme les femmes. Il excelle clans l'ait de s'accommoder aux circonstances et aux personnes et de paraître ce qu'il est opportun qu'il soit. « Calme, distingué, gai mais non bruyant, insinuant sans insinuation; observateur des faiblesses du monde, mais ne le montrant jamais dans la conversation, fier avec les fiers, mais fier avec courtoisie, de façon à leur faire sentir qu'il connaissait son rang et le leur, sans lutter jamais pour la première place il ne la laissait à personne ni ne la réclamait pour lui '. »

La vie anglaise, on le voit, a déteint sur Don Juan. Il a appris à se renfermer, à garder ses sentiments et ses opinions ou à n'en livrer que ce qu'il juge utile d'en faire connaître. En amour, il est devenu réservé, plus déférent qu'entreprenant, ingénieux à se modeler sur l'idéal d'une femme et à se faire le héros de son imagination. Tour à tour badin et grave, sentimental et léger, il excelle à entraîner tout doucement un cœur à ses fins, sans laisser deviner où il veut en venir. Le voilà transformé en un politique prudent qui joint au tact inné du grand seigneur la finesse d'un diplomate, la pénétration d'un psychologue, le jugement avisé d'un sage, instruit par l'expérience. L'adolescent, tout en dehors et quelque peu naïf, est définitivement mort en lui : l'homme formé par la vie a pris sa place. Désormais sa raison mûrie n'est plus la dupe de son cœur.

Tel est le Don Juan que Byron a conçu et telles sont les étapes de son évolution. C'est, en résumé, un héros généreux, enthousiaste, épris de grands sentiments et de nobles idées; avide de beauté, d'amour, de gloire; aspirant à jouir avec toutes les forces de son être des joies que la nature et la vie offrent à un corps vigoureux, à un esprit ardent; tout prêt à dépenser à travers le monde les passions dont il déborde. Mais la réalité

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