Serene, accomplish'd, cheerful but oot loud
[nsinuating withoui insinuation; Observant of the foibles oi'thc crowd,
Vêt m- it betraying tins in conversation; Proii'l with the proud, yet courteously proud, Su as io make them l'eel he knew liis station thetrs : witliout a struggle for priority, lie neither brook'd nor claim'd superiority.
(Ch. XV, st. IS.)
fane les fleurs de poésie qui germaient en lui. Au coniacl des désillusions, des douleurs, des méchancetés humaines, ses cêves s'envolent, ses ardeurs se calment, son cœur se refroidit. Sa spontanéité naturelle s'efface et fait place au calcul. La raison, le doute, le mépris chassent l'imagination, la foi, l'enthousiasme.
Ce Don Juan dont l'idéal a été graduellement étouffé par les vulgarités de l'existence, reste cependant honnête et sympathique dans ses désillusions et son scepticisme. A l'inverse du héros traditionnel, il n'est pas méchant. Il n'y a plus rien en lui du débauché égoïste que les âges précédents avaient représenté. S'il séduit encore les femmes, c'est spontanément, par sa beauté, par sa jeunesse, par tous les charmes de son corps et de son esprit; il n'exerce envers elles ni violences, ni ruses; il ne cherche pas à les tromper par de faux serments, par des promesses mensongères : il est toujours sincère dans ses amours. Le Don Juan espagnol, recueilli à moitié noyé par une pêcheuse, séduit sa bienfaitrice en lui offrant de l'épouser et l'abandonne ensuite sans vergogne. Le Don Juan de Byron ne cherche pas à plaire à Haydée : ils s'aiment tous deux en même temps, et d'un même élan de leurs cœurs, sans le vouloir; leur amour finit sans trahison : c'est une force étrangère qui les sépare et, si la jeune fdle, plus sensible, meurt du départ de son amant, celui-ci ne la quitte qu'enchaîné, déchiré de douleur et de rage impuissante.
Et c'est là un des traits qui le différencient le plus de ses aînés : ceux-ci étaient incapables d'aimer; lui, au contraire, il aime. L'amour n'est pour lui ni un triomphe de vanité ni un désir passager: c'est un instinct irrésistible qui emporte l'âme et les sens, une loi universelle de la nature à laquelle il obéil sans songer à mal. Aussi, même dans ses amours les moins chastes, y a-t-il une certaine pureté et un fond d'innocence. L'incessant besoin de changement qui tourmentait les autres n'était qu'une forme de la luxure, que la recherche, brutale »>u raffinée suivant les cas, d'une nouvelle sensation. Pour lui, ce sont des circonstances indépendantes de sa volonté qui le fonl
aimer en tant d'endroits différents; mais il n'esl pas inconstant par tempérament. 11 n'y a en lui ni satiété immédiate, ni curiosité perverse : son cœur s'attache et se fixe; en toute femme, il poursuit le môme objet : llaydée, Julia et les autres ne sont pour lui que des incarnations à peine différentes de l'amour.
C'est par là qu'il est déjà romantique. Son inconstance n'esl qu'un hommage rendu à la Femme. De même que l'artiste n'aime pas pour eux-mêmes les corps différents qu'il admire, mais parce qu'en chacun d'eux est contenu son idéal, de même que son admiration pour l'un ne fait point de tort à son admiration pour l'autre : ainsi ce que Don Juan adore dans chaque femme, c'est une image de la beauté qu'il conçoit : il peut les aimer toutes sans en trahir aucune '.
D'autre part, son amour a des effusions sentimentales et lyriques que ses prédécesseurs ne connaissaient pas. Son idylle avec Haydée est le duo romanesque de deux êtres qui planent au-dessus de la vie2. Ils vont promener leurs extases au bord de la mer, à l'heure mélancolique où le soleil se couche; ils se chuchotent « ces douces phrases qui sembleraient absurdes à ceux qui ont cessé de les entendre ou qui ne les ont jamais entendues3 ». Don Juan est parfois pensif; il aime les rêveries le soir dans la chambre gothique devant laquelle se balance un saule et où le murmure lointain d'un lac arrive à ses oreilles enveloppé du mystère de la nuit4. 11 se complaît dans « ces pensées douces et amères à la fois, qui bannissent le sommeil, font ricaner les gens du monde et pleurer les jeunes gens5 ». Il a des heures sombres et des tristesses dignes de Werther. Il a en
1. Cf., .h. Ili, l^s strophes 211 et 212 dans lesquelles Byron a lies nettement exprimé cette conception.