Fair virgins l>lusir.l upon him; wedded dames
Bloom'd also ni less transitory liues.
Ch. M. -
d'ailleurs, de lui seul. Ce sont ses propres sentiments et ses idées personnelles qu'il met en lui. Il lui prête ses goûts, ses sympathies, ses haines, ses dons physiques même, jusqu'à la hardiesse avec laquelle il traversa un jour le Bosphore à la nage. Tout en étant le moins byronien des héros de Byron, Don Juan se trouve être ainsi le plus semblable à Byron.
C'est la raison pour laquelle, contrairement aux Don Juan antérieurs, il est peint sous des traits sympathiques. En s'inspiranl du portrait traditionnel, l'auteur se fût déprécié lui-même. Il est plaisant, au contraire, de constater que s'il a donné au héros toutes les qualités physiques, morales et intellectuelles qui constituent un homme supérieur et, à peu de chose près, parfait, il lui a laissé les seuls petits défauts qui semblent destinés à rehausser davantage ses mérites, et rendre sa perfection moins sévère et plus humaine.
Si, par ces différents caractères, Don Juan touche au romantisme, il lui manque cependant bien des éléments pour être vraiment romantique. Il n'a pas été conçu en dehors de toute vérité et de toute vraisemblance comme la plupart des héros issus de Bené et de Werther. En face de ces fantômes, produits d'imaginations en mal de chimères, de ces êtres malheureux sans vraie souffrance, malades sans maladie, dupes de sentiments indéterminés, de mots déclamatoires, incapables d'agir, en face de ces pales et inconsistantes figures, le Don Juan de Byron se dresse encore dans la ferme attitude d'un mâle vigoureux, d'un homme d'action conscient des contingences et des réalités terrestres, trop sain et trop équilibré pour se laisser aller à un vague mysticisme.
La transformation subie par le héros du poème, la substitution au sujet primitif d'aventures nouvelles, parfois véritables et presque contemporaines, devaient entraîner des changements non moins importants dans le caractère et dans le rôle des femmes que Don Juan rencontre sur sa route. A cet égard, bien
d'autres écrivains avaient déjà pris avec la fable les i>lu^ larges libertés : ni Shadwell, ni (îoldoni, pour ne citer qu'eux, ne s'étaient souciés de conserver scrupuleusement les figures féminines que la tradition semblait avoir consacrées. Mais, sous un nom différent, on en retrouve cependant toujours quelqu'une dans leurs pièces. Byron, ici encore, a complètement innové, le sujet qu'il avait conçu ne pouvant s'accommoder d'aucun des personnages de la vieille légende. Les héroïnes du poème sont empruntées aux temps modernes, et aucun lien ne les rattache aux donna Anna, aux Tisbéa, aux Elvire des pièces espagnoles, italiennes et françaises.
Le poète en a peint un certain nombre, qu'il a prises dans divers pays et dans des milieux sociaux différents. Manifestement, il a voulu étudier le cœur féminin en général : jeunes et vieilles filles, épouses, mères, femmes du Nord et du Midi, femmes de la société et femmes de la nature, amoureusr-. intrigantes, bas-bleus, il n'en a guère oublié dans sa revue. Ce qu'il en dit n'est ni profond, ni absolument original et plutôt malveillant. Il met en relief la prédominance dans ce sexe du sentiment et même de la sensualité sur la raison ; il note les ruses, les jalousies, les médisances, les mensonges qui constituent, à son dire, le plus clair de la personnalité féminine. Maitout cela ne nous apprend rien de nouveau sur l'âme île la femme et ne sort guère de la banalité des jugements conventionnels. La psychologie de Byron manque de pénétration et de finesse. Il saisit peu la complexité des sentiments. Il voit mieux les manifestations extérieures des passions que les mouvements intimes du cœur.
Cependant, il établit des distinctions suivant les climats, les conditions et les âges. Il fait des catégories dans les tempéraments et les caractères. Yillemain a prétendu que Byron n'a peint qu'une femme, la femme soumise à l'homme, capable de tout pour satisfaire son amour : en fait, le type est moins uniforme, au moins dans Don Juan. Sans doute, dans de- poèmes comme le Giaour et le Corsaire, la femme n'appartient guère a la réalité : c'est une créature conventionnelle, toute à son amour
el d'une simplicité psychologique absolue. C'est la femme telle que la peindra le drame romantique : amoureuse, passionnée, mais dont l'amour est sans nuance et toujours le même.
Dans Don Juan, la peinture de la femme est à la fois plus vraie et plus variée : c'est tantôt la jeune fille telle que la nature l'a faite, étrangère aux mœurs de la société, ignorante de ses contraintes, obéissant spontanément à des instincts qu'elle n'a pas appris à réprimer et dans lesquels elle ne soupçonne aucun mal. C'est la naïve Haydée, la Grecque élevée dans une île déserte, loin des hommes et du monde, pour qui la vue de Don Juan est la révélation soudaine de l'amour. Elle se donne sans coquetterie, sans défense, parce qu'aimer est une loi naturelle et bonne. En dehors de sa passion, la vie n'a plus pour elle de sens et elle meurt soudainement, comme privée de sa raison d'être, quand son amant lui est ravi.
A côté d'elle, Julia est la méridionale à la sensualité ardente, mal contenue par la sévérité des mœurs et la rigueur des lois. Bien qu'Espagnole, elle semble copiée sur ces Vénitiennes perverses dont Byron a tracé le portrait dans une de ses lettres1. C'est la ruse et c'est le mensonge mis au service de l'amour; un art de séduction à la fois instinctif et savant; une impudence déconcertante à nier la faute, à jouer la comédie de la douleur et de l'indignation. C'est la femme se débattant avec toute la violence de ses sens et la souplesse de son esprit contre les contraintes que le mariage oppose à la liberté de sa passion.
11 va plus de brutalité encore dans le caprice grossier que la
l. „ The lialian ethics are the mosl singular ever mel with. The perversion, noi (inlv of action, bul of reasoning, is singular in the women. Il is not that they do not consider the thing itself a wrong, and very wrong, but.love (the sentiment ni' love) is nul merely an excuse fort it. bul make it an actual virtue, provided it is desinterested, and nui a caprice, and is conflned le mie object.... » i Les mœurs italiennes sont les plus singulières que j'aie jamais rencontrées. La perversité, non seulement des actes, mais du raisonnemenl est singulière chez I,.. femmes. Ce n'es! pas qu'elles ne considèrent la chose elle-même comme coupable, et 1res coupable, mais l'amour de sentiment de l'a ur) non seulement la leur rend excusable, mai- en l'ail sur le moment une vertu, pourvu qu'elle soit désintéressée, qu'elle ne soit pas un simple caprice el qu'elle demeure limitée a un seul objet.) (Lettre du 25 mars isit a Moore.)
vue de Don Juan inspire à la Sultane. Comprimés par la claua tration au sérail, ses sens supportent l'abstinence avec une impatience naturelle chez une créature jeune, ardente, habituée à satisfaire tous ses désirs, hors le seul qui lui tienne vraiment au cœur. Plus raffinée et non moins exigeante est la fureur amoureuse de Catherine, la Messaline du Nord : elle est à la fois la femme à tempérament, qui use les hommes, et la femme blasée qui cherche à varier ses sensations en passant du mAle robuste au jeune amoureux sentimental1. Toutes ces femmes, les unes avec une innocente spontanéité, les autres avec la perversité de l'expérience, ne sont au fond que des êtres sensuels, ne vivant que pour l'amour et s'y livrant avec la fougue irrésistible de jeunes animaux accomplissant leur fonction.
Le type change quelque peu en passant en Angleterre. Ici l'animalité se dissimule davantage; l'amour devient moins exclusivement matériel; il s'affine et s'intellectualise. Il n'en est d'ailleurs que plus pervers. Il semble avoir honte de luimême; il ne s'offre plus avec candeur ou cynisme, mais sournoisement, avec des mines hypocrites. L'Anglaise est vertueuse à la façon d'une sirène2 : elle a l'art de s'insinuer lentement dans les cœurs, plutôt que celui de les prendre d'assaut. Elle ne montre qu'une moitié de ses attraits, pour faire désirer davantage le reste3, et possède tous les talents qui servent le mieux les intérêts du diable. La grande passion est rare chez elle; la plupart du temps son amour n'est qu'affaire de mode : l'une est coquette, s'amuse au jeu cruel d'allumer les cœurs, et sans jamais dire non, ne dit jamais oui4; l'autre fatigue ses amants de ses caprices et de ses tendres querelles, passe de l'ardeur à l'indifférence, charme et tourmente tour à tour3. Celle-ci joue la sentimentalité, celle-là la pruderie. La galerie est innombrable; depuis la jeune fille encore enveloppée du mystère de
1. Cf., dans le chanl IX, les amours de Don Juan et de Catherine.