‹ La Légende de Don Juan (volume 2)Chapitre 201 sur 223 · Lettre du Kl décembre 1819 à Murray · texte numérisé non relu

Lettre du Kl décembre 1819 à Murray

Bien qu'on eût percé l'anonymat qu'il avait gardé pour publier ses premiers chants, il recommandait à Murray de n'y pas renoncer (lettre du 23 août 1819, et en poursuivant la composition du poème il écoutait davantage la voix de l'opinion. Un M. Saunders, résident anglais à Venise, ayant dit que Don Juan étail toute la « Grand' rue » (Grub street), — la rue des mendiants et des poètes miséreux, — Byron, à qui le mot fut rapporté, en fut si affecté que, pendant quelque temps, il ne put. écrire une seule ligne '. Il semble, sans l'avouer, avoir eu des doutes sur la valeur de son œuvre. Il hésita à publier les chants III et IV auxquels il ne trouvait pas l'esprit des premiers et qu'il déclare n'avoir pas écrits « con amore »2. Il craignait même que la publication de Don Juan ne fît mettre opposition à ses droits sur sa fille3. En octobre 1820 il songeait à abandonner le sujet. « Je ne suis pas disposé, écrivait-il à Murray, à m'occuper davantage de Don Juan », et il rapportait à l'appui de sa décision une anecdote récente. Une Italienne, qui avait lu Don Juan dans une traduction française, lui ayant fait des compliments mêlés de réserves, il lui répondit que Don Juan vivrait plus que Childe Harold. •< .le préférerais, répliqua son interlocutrice, avoir la gloire de Childe Harold pour cinq ans que l'immortalité avec Don Juan*. » De telles boutades le touchaient, bien qu'il attribuât la sévérité de ses lectrices à la trop grande vérité de son œuvre, et au mauvais goût des femmes qui leur fait préférer à la réalité les fantaisies de l'imagination et l'exaltation romanesque des passions5. S'il renonça à l'idée de laisser le poème

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