Octavio. — Talcs son
Enrique. — Dame esa mano,
Porque compasion nie tengas.
Octavio. — Ay! Ay! Vàlgame Dios! Ay :
Que me abrasas! Suelta, suelta. III. 1.
manifestes pour qu'il n'y ait pas imitation — elles se retrouvent jusque dans les expressions. Dans les deux cas, le miracle esl le même : une statue provoquée descend du tombeau sur lequel elle est placée, pour venger son injure. C'est la lecture de l'épitaphe qui, de part et d'autre, amène la provocation. L'effroi des valets devant le sacrilège, la bravoure des deux gentilshommes et leur allectation à ne pas cire étonnés par l'événement merveilleux dont ils sont témoins, leur entrée dans la chapelle à la suite de la statue qui marche et les conduit, le cri même qu'ils poussent tous deux en sentant sur eux la main du spectre, tout cela est identique. L'auteur du Burlador a donc évidemment emprunté l'idée de la statue et une partie des détails dont il remplit les scènes où il la fait paraître à la pièce de Lope, sans que nous sachions d'ailleurs quelles sont les sources dont Lope lui-même s'est inspiré.
Il nous reste à rechercher l'origine des événements dont l'auteur du Burlador a entouré l'apparition de la statue et qui ne se trouvent pas dans Dineros son catidad. Ce sont les deux repas et le châtiment surnaturel qui les termine. Tandis que les éléments précédents ont leur source unique dans des œuvres espagnoles, la partie de la légende qui contient l'invitation du mort se rattache à une origine cosmopolite. Elle se trouve à la fois dans des ballades recueillies à travers les différents pays de l'Europe et dans une série de drames en latin joués dans des collèges de jésuites allemands au xvir! et au xvnr siècle, drames dont les rapports avec la fable de Don Juan ne sont pas douteux '.
Le plus ancien d'entre eux est antérieur de quelques années à la pièce espagnole. Il fut représenté à Ingolstadt en Kilo, sous le titre suivant : Von Leontio, einem Grafen welcker durch Machiavellum verfùhrt, ein erschreckliches End genommen (Histoire du comte Leontio qui, corrompu par Machiavel, eu! une lin
I. Pour l'histoire de ces drames, cf. dans la Zeitschrifl fur vergleichende Litteraturgeschichte, année 1896, 1. IX, p. 88 et suiv., l'article de Jacob Zeidler : « Beitrage zur Geschichte dos Klosterdramas. ~ Thanatopsychie (Zeugnisse und Belage fur don Juan auf dem Ordenstheater) », ci dans la môme revue, année 1899, t. XIII, l'article de Bôlte : - Ueber der llraprung >\r- don Juan ■•.
effroyable '. Cette pièce a été la source d'un rès grand nombre d'autres. Nous n'en possédons qu'un résumé moitié latin, moitié allemand, précédé d'une préface qui contient un violent réquisitoire contre les théories de Machiavel. La pièce elle-même comprend deux parties : l'une, absolument étrangère à la légende de Don Juan^ nous montre un comte italien du nom de Leontio qui, corrompu par les doctrines de Machiavel, est bien vite arrivé à ne plus croire à Dieu ni au diable, au bien ni au mal, et a fait injustement périr deux gentilshommes vainement défendus par Veritas et Conscientia, et poursuivis par Politia, Heresis, Atheismus, Diabolus Politicus. La deuxième partie se rattache davantage aux aventures du héros espagnol. Un jour que Leontio passe par un cimetière, il heurte une tète de mort qui se trouve être le crâne d'un de ses ancêtres, l'interroge sur l'autre vie. et l'invite à dîner. Puis il rentre chez lui, tandis que des diables se préparent à enlever son âme, tout en maudissant la bonté de Dieu qui avertit les coupables par des signes précurseurs. En effet, Gerontius, l'ancêtre de Leontio, sort des enfers pour prévenir son petit-fils des peines qui l'attendent. Tandis que Leontio est à table avec ses invités et festoie joyeusement, un homme d'une taille démesurée frappe à la porte. Effrayé, le comte ordonne de barricader solidement sa maison; mais l'inconnu arrache serrures et gonds, pénètre dans la salle et vient ^'asseoir à coté de l'amphitryon. Cet hôte mystérieux jette un tel malaise dans l'assistance que chacun se sauve, et que Leontio épouvanté cherche à s'enfuir aussi. Mais son convive l'en empêche et lui dit en se levant : « Je suis venu sur l'ordre de Dieu pour l'apprendre qu'après cette vie misérable, il existe une vie éternelle. Je suis ton ancêtre Gerontius, condamné aux peines infernales, et je dois t'entraîner avec moi dans les enfers. A ces mots, le mort saisit le comte, le lance contre la muraille où sa tête se brise, <-\ où sa cervelle reste collée; puis il l'entraîne en <-nfer.
('.«■ sujet, recommandé comme dramatique et moral par le
1. I.o résumé de <•<■ dm me se trouve à la bibliothèque royale de M unie h, sous la col,. -J. 197, III. 71.
jésuite Jacobus Masenius (morl en Hisi , dans sa Palseslra eloquentise Intime, circula à travers les collèges avec des variantes et des développements successifs. Eu l(i.T>, on le reprenail à Iglau, en Moravie, sous le titre <!<■ Thanotopsychus ; en L658 ;i Rottweil; en IC>77 à Neubourg et en maints autres endroits dans tout le cours du xvn" et du wnr siècle.
Les ressemblances entre la légende du Burlador et celle de Leontio, déjà sensibles dans la première pièce, s'accusèrent davantage dans la suite, et il n'est pas douteux que les auteurs de ces drames pour écoliers n'aient fait des emprunts plus ou moins importants aux œuvres qui parurent sur le sujel <le Don Juan en Espagne, en Italie et en France. C'est ainsi que dans une pièce du jésuite bohémien Carolus Kolczawa, jouée dans les premières années du xvine siècle et intitulée Atheismi Pomea seuvulgo Leontius \ on trouve une description de Florence- qui est directement imitée de la description de Lisbonne dans le Burlador. De même, les réflexions de Leontio sur la beauté d'un monument funéraire -qu'il aperçoit dans le cimetière3, la honte qu'il éprouve d'avoir eu peur d'une tête de mort 4, sa conversation avec des compagnons de débauche5, le désir du valet de
1. Pour cette pièce, publiée à Prague en 1713, dans un recueil intitulé : Exercitationes dramatiese, cf. Zeidler, article cité, p. 10-t et. suiv.