Acte III, se. i
3. Marmore sul> isto jacel Ilumatus urliis incola; ut elare notât Lapide exaratum nomen. (Acte III, se n.
Cf. Tirso :
(Iran sepulcro le lian labrado!
— Ordenolo cl Rej osi,
Cômo dice este lctrcro. (Journée III, se. x.
Cf. aussi Molière, III, 5.
i. A.bscede imapo pallida. Quid heros tremis?
Nihil timere nobilem stirpem decet.
Formido solura pleins invadal genus.
Sod i|uid tueniur : Quiil brevem incussil raetum?
Es1 frigida hominis calva. Non oientem movet,
Si'd flœda stomachum commovet..., etc. (111,2.
Cf. Tirs,, :
l'ero todas son ideas Que dâ à la imaginacion El tremor : y tenter muertos Es mu;/ villano temor. III. ir..
Quid no\ i Florentiam Hodie veredus attulil ' HT, 8.
quitter un maître aussi dissolu, ses craintes d'une catastrophe finale1, son effroi quand il voit entrer le squelette2, tous ces détails rappellent de trop près la pièce espagnole et ses dérivés, pour que le jésuite allemand ne les ait pas empruntés. Dans une pièce jouée en 1762 à Roth, on retrouve des scènes de paysans et un pauvre figure parmi les personnages3.
Mais ces pièces sont toutes postérieures au Burlador el le résumé tort incomplet qui nous a été conservé de celle de 1615 ne contient en réalité aucun de ces détails particuliers dont la présence simultanée dans l'œuvre espagnole et l'œuvre allemande établirait entre elles une incontestable relation. Il est certain qu'après son universelle diffusion, la légende de Don Juan, en raison de son analogie avec celle de Léontio, a fourni plus d'un trait aux Pères qui ne cessaient de reprendre le drame d'Ingolsladt en le remaniant. Il est au contraire fort improbable que ce drame ait fourni à la légende de Don Juan quelques-uns de ses éléments constitutifs.
En effet, si les deux légendes ont entre elles des ressemblances; si toutes deux racontent les aventures d'un jeune homme rebelle aux lois morales et divines, qui manifeste un jour son dédain pour les croyances de la foule, par une facétie sacrilège : une invitation à dîner adressée à un mort; si, de part et d'autre, ce mort se ranime, se rend au festin, fait la leçon au coupable et le punit en l'entraînant dans l'enfer, les différences sont beaucoup plus nombreuses et plus importantes ; non seulement toute une partie des aventures de Leontio n'a rien de
Tirs,. :
Qui hay do Sovilla .' II. 5.
Chez Tirso Don Juan s'informe des aouvelles amoureuses; dans la pièce des Jésuites. Leontio s'enquiert fies nouvelles politiques. On devine les raisons de la différence.
1. [theismi poema, A. 1. s,-, n. — Tirso, III, 6 el le- dérivés.
2. Itheismi //'/,•„„/, III. lit. — Tirso, III, 13 et les dérivés.
3. Cf. Zeidler, article cité, p. 124.— Que les jésuites se soient servis du Don Juan de Molière rien de plus naturel. Nous verrons ailleurs !<■ succès qu'eut l,! pièce <le Molière en Allemagne. Les jésuites transporterez sur leurs théâtres, en les traduisant en latin : les Fourberies de Scapin en 1 7 7 s : el en ITT:!, dans leur collège d'Erfurt, l'Avare, traduit en allemand (cf. le Theater-Kalendcr de 1800).
LES ORIGINES DE LA LEGENDE. il
commun avec celles de Don Juan, mais là même où existenl des ressemblances, celles-ci demeurent générales el imprécis Don Juan interpelle dans une chapelle la statue d'un homme qu'il a tué après avoir tenté de déshonorer sa fille. Leontio heurte dans un cimetière un crâne qui se trouve rire celui de son aïeul. Le premier, après avoir reçu à sa table le mort, se rend à son tour à un repas auquel ce dernier l'a convié. Ce second festin n'existe pas dans le drame allemand.
En outre, les deux héros ne se ressemblent guère : l'un est un sceptique et un athée qui nie la vie future, la récompense du bien et le châtiment du mal, qui n'estime ici-bas que le succès et agit en homme pour qui la vie terrestre contient en elle seule sa raison d'être. C'est un disciple d'Epicure qui célèbre le plaisir, la joie de vivre; mais ce n'est pas un coureur de femmes, et, à vrai dire, les jésuites ne pouvaient présenter à leurs élèves cet aspect du personnage. C'est surtout un impie, un esprit fort; et c'est pour cela que Dieu le punit. En le représentant, les jésuites n'ont pas voulu faire autre chose que réagir contre les doctrines dont, dès le xv° siècle, les Valla, les Ponlano, les Alberti s'étaient faits les apôtres en Italie l, et contre cette morale qui, exaltant la toute-puissance de l'homme, encourage sa révolte contre tout principe extérieur et supérieur à lui, morale dont, à tort ou à raison, les Pères voient en Machiavel le plus illustre et le plus dangereux défenseur.
Sans doute, Don Juan a bien conservé quelques-uns de ces traits; lui aussi est un disciple de la philosophie du plaisir; lui aussi ne connaît d'autre loi que sa fantaisie, n'obéit qu'à ses penchants, pousse jusqu'au délire l'orgueil de lui-même: mais s'il se soustrait aux règles de l'Eglise, il n'est pas athée. Uniquement avide de jouissances matérielles, il met tout le sens de la vie dans l'amour frivole et inconstant. C'est un débauché trop
I.Dans h' /'<• Voluptate de Valla, Antonio Beccadelli proclame que la i<>i de jouir esl la lui universelle de la nature el de la vie. Leontio l'an la même profession de lui :
Vivere m libot, licet...
Fruere dum l'ugas \ irel Aevum, volupta. Nullaposl fatum manet. ith ism , . I
jeune et trop léger pour introduire la critique dans les mystères cl dans les dogmes, <'l aboutir à la négation de la morale et de la foi.
11 est peu probable enfin que l'auteur du Burlador ait pu avoir connaissance de la pièce des jésuites. Celle-ci, uniquement destinée aux élèves, n'est vraisemblablement pas sortie des pensionnats, et il n'en existe aucune trace ailleurs qu'en Allemagne.
Mais à défaut du drame allemand, l'écrivain espagnol aurait pu connaître les sources auxquelles a puisé le père jésuite. La légende du Leontio germanique et celle de l>«m Juan, sans dériver Tune de l'autre, pourraient avoir une même origine. Est-il donc possible de remonter jusqu'à un commun ancêtre de Leontio et de Don Juan?
L'auteur de la pièce allemande est inconnu : il est probable toutefois, sinon même certain, que c'était un des jésuites professant à Ingolstadt : peut-être le père Jacob Gretser, connu comme dramaturge. La chose, au reste, importe peu. Il « sst seulement intéressant de savoir d'où l'auteur, quel qu'il soit, a tiré son sujet. Celui-ci faisait partie de tout un cycle de pièces, destinées à l'édification des élèves, et contenant une satire de l'esprit et des mœurs de la jeunesse épicurienne du xvf siècle. Des personnages abstraits, des divinités païennes s'y mêlent pour condamner les dangereuses théories morales et politiques de l'auteur du Prince1. Quant à son origine, malgré un certain nombre de témoignages, il est difficile de l'établir. En 1643, dans son Promontorium malœ spei, impiis periculose navigantibus propositum, le jésuite Paul Zeheutner, analysant le sujet, déclare qu'avant d'être mis sur la scène d'Ingolstadt il avait été traité en italien : « Audio italico rem idiomate conscriptam esse »; et il ajoute : « Credo nunquam id argumentum in scœnam venisset, si historiée sua non fides esset ». En 1646 le jésuite flamand Adrian Poirters, cité par le Père Masenius dans la Palsestra eloquentise latinse, raconte aussi les aventures du comte Leontius, disciple de Machiavel, qu'il a mises en vers
1. Cf.. outre Boite (ouvrage cité), Sommervogel, bibliographie, 4, 568.
LES ORÏGINES DE LA LÉGENDE. fc3
hollandais d'après la pièce jouée à [ngolstadt el primitivement écrite en italien ». En L696 le Père Christophe Selhamer, qui dans sa Tuba tragica raconte la même histoire, déclare quelle est authentique. Enfin dans la pièce de 1615, dans l'argument de la Thanatopsychie de 1635, dans celui du drame joué à Rottweil en 1658, le héros est désigné comme Italien, el toujours associé à Machiavel.
La légende semble donc être italienne : le personnage, son nom, son caractère, ses relations avec Machiavel, toul a une couleur locale indéniable. Rien dans les pièces des jésuites ae rappelle une origine espagnole. Nulle part il n'est dit que le sujet ait été emprunté à une pièce jouée en Espagne.
Mais cette légende a-t-elle un fondement historique, el faut-il sur ce point en croire Zeheutner? L'invraisemblance de l'histoire, son caractère surnaturel, l'absence de tout document authentique ne permettent pas de s'arrêter à cette opinion. Dans le drame de 1058, on cite comme source de l'histoire le De subtilitate de Cardan au livre XVIII, intitulé « De mirabilibus el modo reprœsentandi res varias praeter fidem».Mais celle référence est erronée, le De subtilitate de Cardan ne contenant aucun fait analogue. Ce qui est plus probable, et les témoignages de Zeheutner, de Poirters concordant avec d'autres raisons, confirment cette supposition, c'est qu'il a existé sur ce sujet une pièce italienne.
En effet la légende de Leontio se retrouve en Italie sous une double forme : dans des pièces de marionnettes el dans des ballades populaires1. Les premières ne sont pas antérieures au xviip siècle * ; les secondes sont fort nombreuses el de pays différents : les unes sont toscanes; telles « la Storia essem plaie la quale tretla d'un uomo per nome Leonzio che stava sempre in allcgrian »; — « l'Istoria de Leonzio, esorta/ione al popolo cris-
l. <>n pourrai! même ajouter une tradition vénitienne de mfmc nature, si rapportanl non a Leonzio, mais au comte Robert, tradition qui pourrait bien se rattachera la légende de Robert le Diable.
l!. CI'. In Storia 'ici Burattini, Florence, 1884.
:;. Imprimée à BolognechezColomba.au commencement du xix« siècle, sa
date.
tiano a non disprezzere i morte dall' esempio che qui si racconta ' » : — « Leonzio, ossia la terribile vendetta di un morte - ». D'autres se trouvent à Ferrare, à Venise, en Sicile. Toutes racontent avec des variantes de détails la fable du seigneur Leonzio mécréant, athée et épicurien, précipité dans l'enfer par un squelette qu'il a invité à dîner après avoir frappé du pied son crâne dans un cimetière3. Ici le personnage est anglais1 et il n'est pas question qu'il ait été corrompu par Machiavel. Mais de nombreux et importants détails rappellent les pièces des jésuites : le libertin insulte un crâne' qui est celui d'un de ses parents; quand il entend heurter et qu'un valet lui apprend quel hôte effrayant se présente, il fait verrouiller les portes; le spectre les enfonce; les convives se sauvent d'effroi et le comte reste seul avec son invité d'outre-tombe.
Ces ballades se rattachent donc à la même légende que les drames allemands. Sont-elles la source même où les Pères jésuites ont puisé? C'est peu probable. Aucune de celles que nous possédons n'est antérieure au xvm1' siècle. Il en est telle qui a même substitué le nom de don Giovanni à celui de Leonzio 5. Mais l'existence simultanée de pupazzi sur le même sujet semble bien établir qu'à une époque assez ancienne, une œuvre dramatique a dû être représentée quelque part en Italie sur la légende de Leonzio. Les Pères jésuites se sont vraisemblablement inspirés de quelqu'une de ces pièces moitié reli-