‹ La Légende de Don Juan (volume 2)Chapitre 27 sur 223 · Vedi, che '1 sol tramonte · texte numérisé non relu

Vedi, che '1 sol tramonte

— E poi que '1 sol tramonte, non sarô sempre il conte. — A te, o cielo.

2. La plupart de ces scenarii sont inspirés de pièces connues cf. la liste, p. 395 ii 397 de l'article cité).

qu'un côté de son caractère. C'est plutôt un révolté contre les lois sociales, un vrai bandil italien, rançonnant les gens et les assassinant. La partie la plus originale de la légende du Burlador, le soiiper de la statue, qui, dans les pièces italiennes postérieures, a pris une si grande importance, n'existe [tas dans YAteista fulminato. 11 y a bien un festin, cependant, niais entre brigands et sans la présence d'aucune statue. Enfin, dans le scénario, les statues sont au nombre de deux; il n'y en a qu'une dans le Burlador.

Mais les ressemblances sont indéniables : des deux côtés un pécheur endurci, longtemps rebelle aux avertissements que lui donne son valet, et aux menaces d'agents surnaturels, est finalement englouti dans les enfers. De part et d'autre, l'élément merveilleux est représenté par des statues qui s'animent, parlent et vengent l'affront fait à leur propre fille. 11 semble donc qu'il y ait un lien entre les deux oeuvres. Faut-il en conclure que l'auteur espagnol a connu et imité l'auteur italien?

Si l'on examine de près le scénario que nous possédons, c'est ;'i la conclusion inverse que l'on doit aboutir. Tout d'abord, le texte du scénario es! postérieur à la pièce espagnole. En outre, il est manifestement fait d'emprunts multiples et très divers. La -ciir finale dans laquelle le coupable apparaît tourmenté par des démons rappelle la fin de la comédie de Cicognini ; l'ermite qui figure ici se rencontre aussi chez tous les imitateurs de Giliberto et, sans aucun doute, était chez Giliberto lui-même. Comme Don Juan, Aurelio oblige l'ermite à se dépouiller de ses vêtements; comme Don Juan il est poursuivi, non plus ici par le fiancé, mais par le père de sa victime, et il use de la même ruse pour se rendre maître de son ennemi. Quelques détails semblables ^e froment même dans le scénario et chez Molière. Dans les deux pièces, un pauvre demande l'aumône — (dans VAteista, a- pauvre est le même personnage que l'ermite) — et subit les railleries du libertin. De même, Leonora et Elvire sont sœurs et non pas fiancées de Mario et (h; don Carlos; toutes deux nul été enlevées d'un couvent: toutes deux manifestent en découvrant L'infidélité de leur époux les mêmes sentiments de

douleur. Enfin, rapprochement plus curieux, le nom même de Leonora, sa mort, les plaisanteries d'Aurelio sur Les amours de

l'ermite se retrouvent chez. Shadweli1.

Le scénario apparaît donc comme un composé d'éléments hétérogènes empruntés à différents dérivés du Burlador,e[ plus ou moins habilement amalgamés à une partie originale tirée peut-être d'une œuvre antérieure, aujourd'hui perdue : ce! Ueista fulminato signalé par Shadweli, qui aurait conservé son titre Entre la table de Leonzio et VAteista fulminato, les ressemblances sont beaucoup plus vagues : en dehors du châtiment surnaturel subi par Leonzio et Aurelio, les deux légendes sont entièrement distinctes l'une de l'autre.

Il résulte de ces rapprochements que VAteista fulminato est postérieur au Burlador et à ses premiers dérivés et qu'il faut renoncer à voir en lui un modèle dont l'auteur espagnol se sérail

inspiré. .

En outre ce n'est vraisemblablement qu'après la diffusion en Italie et ailleurs de la légende de Don Juan que celle-ci a été confondue avec celles de Leonzio et d'Aurelio. Les pièces qui contiennent des détails communs assez précis pour établir une relation entre les trois fables sont bien postérieures à la première pièce espagnole. Frappés de l'analogie entre le caractère, les aventures et la mort surnaturelle de Leonzio, d'Aurelio et de Don Juan, les auteurs dramatiques n'ont pas lard.- à fondre ensemble ces trois légendes primitivement distinctes, et a mêler si bien les détails empruntés à lune et à l'autre, que. de nos jours, le critique peut croire à une identité d'origine. En réaht

ce- origines sont différentes.

Un tait seul doit retenir l'attention, car il aide à pénétrer le

causes auxquelles le Don Juan a dû sa naissance. A la mên

,. Le aom de Léonorse Lrouve aussi chez Rosimond.

Les nuits :

Pentiti....

Chi mal Vive, mal nui. ut. ,

Som près : textuelle al .la,, un, , :e de IC78, le i

Perucci, où le commandeur dit à Dou Juan : « Pent.U, o don Giovanni, en. quai mm', al lin lai more » (UI. 13).

époque trois légendes différentes dans leurs détails, mais dont l'idée générale el la leçon morale sont semblables, ont vu le jour en Italie et en Espagne, d'où deux d'entre elles se sont propagées à travers d'autres pays. Cette éclosion simultanée est le l'ait d'un état d'esprit et de mœurs dont les manifestations diffèrent • le peuple ;i peuple, mais qui est, au fond, commun à toute l'Europe. C'est partout une même atteinte portée au principe d'autorité, le même développement de l'indépendance personnelle au détriment d'une loi universelle et absolue. En Italie, l'affaiblissement des croyances; l'épanouissement du sens individuel ; le culte de la nature et de la beauté physique, succédant, sous l'influence de la Renaissance et du retour à l'antiquité, à l'idéalisme mystique du moyen âge; cette littérature tantôt voluptueuse, immorale, tantôt athée dont, depuis plus de deux siècles, la péninsule voit la riche floraison; toutes ces causes expliquent la naissance de la légende de Leonzio, représentation allégorique de la vie des jeunes nobles à la fin du xvi" siècle. C'est en Italie aussi, dans le pays où un moine pouvait dire du souverain pontife : « Le pape lui-même ne croit pas en Dieu! » que devait naître la fable de l'athée foudroyé.

En Espagne, par le fait de l'Inquisition, la foi est demeurée intacte et Dieu reste en dehors des discussions. Mais, sous l'influence des guerres étrangères, de la découverte de mondes nouveaux, des rivalités violentes et des convoitises suscitées par la conquête de l'or et le désir de la domination, des plaisirs faciles rencontrés dans les hasards d'une existence aventureuse, l'esprit d'indépendance et d'insubordination, l'amour des jouissances sans frein se sont rapidement développés. Sans nier Dieu, on l'oublie. On a mieux à faire qu'à s'occuper de lui. et tout en lui offrant en passant l'hommage d'une prière et d'une messe, on remet à plus lard le soin de son salut; pour le présent on s'occupe de jouir d'une vie que le fabuleux développemeul de la puissance nationale a rendue prospère et douce. La légende de Don Juan est le produit naturel de cet étal moral. La statue du Commandeur est le symbole de la vengeance divine, rappelant à une jeunesse indocile, affamée de plaisirs,

que l'homme ne saurait impunément méconnaître ses devoirs envers ses semblables et envers Dieu.

Ainsi, c'est bien d'Espagne que Don Juan est originaire. Son caractère et ses mœurs sont espagnols. La leçon morale qui se cache sous sa légende s'adresse à ses contemporains.

Quant aux événements merveilleux qui terminent son existence, ils sont tirés, les uns, d'oeuvres nationales, les autres d'une fable si générale et si humaine qu'elle n'appartient pas moins à l'Espagne qu'à un autre pays.

Mais, contrairement à ce que l'on a longtemps prétendu, il n'y a pas eu clans le principe une histoire ou une fable unique contenant en germe tous les éléments du Burlador. Bien au contraire, les éléments qui ont, dans la suite, composé la légende de Don Juan étaient originairement épars dans des œuvres distinctes. Le premier qui a créé la légende est celui qui a recueilli et groupé les parties différentes qui la constituent : sa formation n'est ni historique, ni spontanée; elle est artificielle; et- il nous est aisé maintenant de la reconstituer. Nous pouvons voir comment elle a pris corps, au moyen de quels emprunts, de quels arrangements son auteur lui a donné sa forme définitive Nous avons retrouvé les matériaux dont il s'est servi : voyons comment il les a mis en œuvre.

C'est Ylnfamador de Cueva qui semble lui avoir fourni l'idée première, la conception générale de la pièce, la leçon qui s'en dégage, la progression de l'émotion religieuse, l'annonce de l'attente anxieuse du châtiment, ainsi que les traits les plus significatifs du caractère de Don Juan : l'amour du plaisir, l'esprit d'indépendance, l'obstination à persévérer dans le mal le dédain des conseils et des avertissements, même célestes. Mais Leucino est un criminel vicieux et profondément perverti; Don Juan n'est qu'un trompeur plus frivole que méchant. Tandis que chez Cueva, l'agent de la vengeance céleste esl emprunté au merveilleux païen, l'auteur du Burlador a eu l'heureuse pensée de substituer à Némésis, à Diane, à ces divinités auxquelles personne ne croyait, un merveilleux qui pûl frapper davantage un public chrétien. En outre, dans un drame qui

devait montrer à quel châtiment expose l'oubli de la morale et de la religion, l'impression devait être plus vive si ce châtiment était infligé par une victime même du coupable et non par un étranger. C'est ici que l'auteur, abandonnant Cueva, s'est inspiré d'un autre modèle. Un aulo-sacramentale; une ballade populaire; ou plus simplement, peut-être, ses souvenirs d'une fable qui circulait partout, lui ont fourni l'idée macabre de faire inviter un mort par le libertin, et de faire de ce mort l'instrument de la vengeance divine. Mais, pour l'intéresser plus directement au supplice du coupable, pour le mêler davantage à l'action, il l'introduit vivant d'abord dans la pièce, il le rattache directement à un épisode essentiel de son sujet, et nous le montre frappé par l'épée de celui-là même qu'il viendra châtier au dénoûment. Enfin, pour augmenter encore la terreur de ce châtiment surnaturel, le poète a substitué au squelette la statue de pierre du mort, substitution dont il a emprunté l'idée première et certains détails à Lope de Vega.

Ainsi ont été puisés à des sources très différentes, puis habilement groupés et modifiés en vue de donner toute son intensité à la haute leçon morale qui est le but de la pièce, les multiples éléments du sujet. En les réunissant, l'auteur du Burlador a introduit dans sa pièce une émotion dramatique et religieuse qu'aucun d'eux ne produisait isolément. Le supplice de Leucino est loin de causer sur le spectateur une impression aussi terrible que l'intervention surnaturelle du mort. De même, si effrayante que soit, dans la fable de Leonzio, l'arrivée du spectre, elle ne provoque ni l'élonnement, ni la terreur qui résultent du contraste entre la rigidité du marbre, le mouvement soudain qui l'anime et les paroles qui tombent de ses lèvres glacées. L'ctfroi religieux causé par ce miracle de la statue vivante est bien moindre dans la pièce de Lope où manquent les circonstances qui rendent, dans le Burlador, l'intervention du mort si terrifiante.

Si donc la légende de Don Juan et du convié de pierre existe à l'état fragmentaire dans plusieurs œuvres antérieures, c'est la réunion seule de ces fragments qui la constitue. Pris séparé-

ment, ils ne font pas la légende : celui-là seul l'a vrahnenl ci qui, le premier, a eu l'idée de capter et de réunir lc> sources

diverses dont elle est dérivée.

Mais celui-là, quel est-il/

Il a toujours été admis, en Espagne comme ailleurs, que l'auteur du Burlador était le poète Gabriel Tellez, moine de la Merci, plus connu sous le nom de Tirso de Molina '.

M. Farinelli, le premier, a contesté à cet écrivain la paternité de Don Juan. De son vivant, Tirso a publié lui-même, ou fait publier par un neveu, authentique ou imaginaire, Francisco Lucas de Avila, un certain nombre d'éditions de ses œuvres. La première partie, qui comprend douze comédies, a paru en L621 d'abord, à Madrid et à Séville, puis à Valence en L631. La seconde partie, publiée à Madrid en 1635, contient aussi douze comédies; la troisième, la quatrième et la cinquième parties parurent successivement en 1634, en 1635 et en 1636, la troisième à Tortosa et les deux dernières à Madrid. Aucune de ces éditions ne contient le Burlador. Celui-ci se trouve pour la première fois dans un recueil intitulé : « Doze comedias nuevas de Lope de Vega Garpio, y otros autores. Segundà parle. Impreso con licencia. En Barcelona por Jeronimo Margarit afïo de 1630. » Elle est la septième de la collection et porte le titre de : El Burlador de Sevilla y convidado de piedra, comedia famosa del maestro Tirso de Molina.

Deux autres recueils parus en 1654, l'un à Madrid, l'autre à Saragosse, contiennent encore la pièce, sous le nom du même auteur. D'autre part, en L878, un bibliophile, le marquis de Fuensanta del N'allé, a découvert une pièce détachée, Imprimée probablement dans la première partie du xviie siècle, sous le titre de: Tan largo me lo fîais/e\ attribuée à don Pedro Calderon de la Barca. Or, ce Tan largo n'est pas autre chose qu'une ver-

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