‹ La Légende de Don Juan (volume 2)Chapitre 28 sur 223 · Né à Madrid en 1572 el raorl en · texte numérisé non relu

Né à Madrid en 1572 el raorl en

sion quelque peu différente du Burlador, et il est évident que l'une des deux pièces esl une imilatior*, parfois même une copie de l'autre.

Quelle est la première en date? C'est ce que nous aurons à étudier. Quant à l'œuvre elle-même, elle esl donc attribuée à deux écrivains différents. Que l'auteur en soit Calderon, la chose est improbable; aucune édition authentique des œuvres de Calderon n'a jamais contenu le Tan largo1. En 1630, Calderon ne jouissait pas d'une réputation assez grande pour qu'on lui attribuât, afin de la faire mieux vendre, l'œuvre d'un autre. Cette attribution est certainement postérieure. L'auteur véritable est-il donc Tirso?

Il semble étrange qu'une œuvre aussi célèbre que le Burlador ne figure dans aucune des éditions publiées sous sa direction, el seulement dans un recueil d'ailleurs mutilé, au milieu de pièces d'autres écrivains. Ces attributions de Comrdias à des poètes en renom, qui en réalité n'en étaient pas les auteurs, étaient au xvir siècle, en Espagne, un fait trop commun, pour qu'il faille les accepter sans réserve. C'était un procédé habile pour assurer le succès d'une pièce, que de la mettre sous le couvert d'un écrivain connu et aimé du public. Le nombre considérable des auteurs dramatiques et de leurs œuvres, la multitude des troupes de théâtre rendaient faciles et fréquentes ces supercheries dont plusieurs écrivains se sont plaints. Calderon, dans une lettre au duc de Veraguas, se lamente de ne pouvoir obtenir que l'autorité empêche la contrefaçon de ses œuvres : Alarcon réclamait comme siennes des comédies publiées sous le nom de Lope, et ce dernier crut devoir indiquer le titre des pièces dont il se reconnaissait l'auteur. Le Burlador ne figurant dans aucune des éditions authentiques de Tirso, il est permis de croire que l'espoir de faire vendre et jouer la pièce a poussé un éditeur peu scrupuleux à la placer sous un patronage aussi autorisé que celui du moine de la Merci.

Le Burlador ne semble pas en outre posséder les caractères

l. Goldoni, cependant, attribue aussi le Burlador à Calderon.

LES ORIGINES DE LA LEGENDE. r, j

habituels aux œuvres de Tirso; on n'y retrouve pas cel espril si fin, plein d'ironie et de malice qui a fait surnommer le poète un « Beaumarchais en soutane ». Les rôles de femme y -on! sacrifiés : Isabela, Ana paraissent à peine; Tisbea ri Aminta ne sont que de tendres et naïves victimes, alors qu'au contraire, dans les autres pièces, les femmes jouent le rôle principal, dominent les hommes, sont autoritaires, violentes, passionnées.

Le style même du Burlador n'a pas les qualités de grâce, d'harmonie habituelles à la langue de Tirso. Nulle part on n'y rencontre un tour familier à cet écrivain : la substitution à l'adjectif épithète d'un second substantif, mis en opposition au premier. On peut encore objecter les incohérences de la composition, peu digne de l'art si régulier du moine de la Merci.

Toutes ces raisons sont-elles suffisantes pour établir que la pièce n'est pas de Tirso? Je ne le pense pas. Le fait qu'elle ne figure clans aucune des éditions publiées de 1627 à 1630 n'est pas probant : Tirso a composé plus de 400 comédies, et ces édifions n'en contiennent que 50. Bien plus, la présence de ces pièces dans des recueils manifestement publiés avec l'agrément de l'auteur n'est pas pour elles une preuve absolue d'authenticité. Dans l'édition de Madrid, de 1035, publiée par l'auteur lui-même en collaboration avec son neveu, on trouve celte singulière indication que sur douze pièces quatre seulement sont de Tirso. Et Tirso se souciait si peu d'établir rigoureusement la paternité de ses œuvres que ces pièces ne sont même pas désignées. En général, d'ailleurs, les comedias n'étaient écrites que pour la représentation, et la négligence des auteurs au sujet de leur impression rend des plus délicates et des plus obscures ces questions d'attributions.

L'argument tiré de la peinture des caractères ne prouve rien non plus, sinon que dans le Burlador les personnages de femmes sont plus effacés que dans les autres pièces connue-. Mais la conception que l'auteur s'e^l l'aile du héros voulait que celui-ci conquît aussitôt les femmes qu'il rencontrait, el le- oubliât ensuite sans qu'aucune ait influé sur lui ni laissé de traces dans

sa vie. D'ailleurs, dans le Damné pour mangue de foi1, c'est l'homme aussi qui domine, dirige Faction et l'ait de la femme son jouet.

Quant au style, il est incontestablement des plus négligés, et souvent indigne de Tirso. Plusieurs passages sont ininlelligibles. Des vers de Lope sont intercalés en si grand nombre que l'on pourrai! croire la pièce faite de morceaux rapportés2. Ces négligences s'expliquent par le fait que nous ne possédons pas 1<- texte véritable du Burlador, mais une version manifestement mauvaise, écrite négligemment par un copiste pressé, peu scrupuleux du détail. Le texte établi par Hartzenbusch est des plus défectueux. Celui de l'édition de Barcelone de lti.'JO et celui des deux éditions de 1654 de Madrid et de Saragosse sont meilleurs et contiennent des vers qui comblent quelques-unes «les lacunes de la version d'Hartzenbusch. Enfin, le texte du Tan largo est plus satisfaisant, plus complet que les précédents, et de sa comparaison avec ceux-ci, on pourrait tirer une rédaction sinon définitive, du moins acceptable. Mais il n'est pas douteux qu'aucune des versions connues ne reproduit exactement le texte authentique. Celle raison pourrait au^si expliquer, en partie au moins, les irrégularités de la composition.

Ainsi, ce qui nous paraît indigne du talent de Tirso provient d'additions, d'omissions et d'erreurs dont il ne saurait être rendu responsable. On ne peut en somme rien conclure de l'imperfection de la forme. Quant à la substitution habituelle du substantif épithète à l'adjectif, si elle ne se rencontre pas dans le Burlador, elle ne se trouve pas davantage dans d'autres pièces dont l'authenticité n'est pas contestée 3.

Une dernière objection contre la possibilité d'attribuer à Tirso la paternité du Burlador est le caractère manifestement sévillan de la pièce. Dès la fin de la première journée, les événe-

1. Je sais bien que la paternité de cette pièce esl aussi contestée à Tirso, mais -an- raisons suffisantes a mon avis.

2. Dr très nombreux emprunts sonl faits, notamment au Marques de las Vouas. :;. .1. Morel-Fatio, Quelques mots sur Don Juan, Bulletin hispanique, t. I,

ments se passent à Séville; le héros est d'une famille andalouse ainsi que les principaux personnages, le commandeur d'UUoa el le marquis de la Mota. — Bien plus, certains détails très précis et très particuliers sur la capitale de l'Andalousie1 semblent ne pouvoir provenir que d'un homme très au courant des mœurs de la ville et de sa topographie. Or, non seulement Tirso c'était pas sévillàn, mais ses biographes ne signalent aucun séjour fait par lui à Séville. L'objection est peu concluante : tout d'abord, M. Cotarelo2 cite une note trouvée en i«s:J9 dans un ouvrage publié par un commandeur de l'Ordre de la Merci el qui semble bien établir que Tirso était en 10-25 à Séville : « J'ai connu, dit l'auteur, le père presentado Tellez à Séville quand il vint de la province de Saint-Domingue, et je fis route avec lui jusqu'au village de Fuentes où j'étais alors commandeur, en l'année 162 M. Cotarelo est d'avis que Tirso dût séjourner à Séville jusqu'en 1627. Mais, cette indication fût-elle sujette à caution, il n'est pas besoin de supposer que Tirso a dû connaître Séville pour en parler. Il a pu se documenter aisément soit dans deconversations, soit par des lectures. En 16-21, notamment, on donnait un auto-sacramentale intitulé las Calles de Sevilla (les Rues de Séville) où les traits de mœurs abondaient.

Mais peut-être, à ces arguments de fait, doit-on préférer encore des raisons tirées du caractère et du sens de la pièce. L'inspiration religieuse du Burlador, la leçon qui s'en dégag retrouvent traduites avec non moins de vigueur dans d'autres drames de Tirso; il en est un, notamment, l>' Damné pour mangue de foi, dont le rapprochement avec le Burlador est significatif. Nous y reviendrons bientôt ''.

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