‹ La Légende de Don Juan (volume 2)Chapitre 32 sur 223 · Nu liav liiLrar. va aeuordas larde · texte numérisé non relu

Nu liav liiLrar. va aeuordas larde

Quien tal luzo que tal pague. iIII. 21.)

Mais s'il est manifeste que le portrait du débauché a passé au second plan dans les préoccupations de l'auteur, celui-ci ne lui en a pas moins donné certains traits originaux dont quelquesuns ont un vigoureux relief.

Tout d'abord, ce relief n'apparaît guère et pour qui lit le drame espagnol avec le souvenir encore vivant du héros «le Molière, la figure du premier Don Juan semble assez terne. C'est un libertin, tel que toutes les littératures en ont produit. Il semble même bien fade quand on le compare à un Leonido, à un Enrico, à un Leucino et à tant d'autres caballeros du théâtre espagnol. Mais, à y regarder de près, cette physionomie, sans avoir la vigueur qu'elle prendra clans la suite, contient déjà la plupart des traits essentiels qui constituent le type des Don Juan. Quelques-uns — les plus généraux — appartiennent au fonds immuable de la nature donjuanesque. Ils sont inhérents à /l'espèce; sans eux, le héros ne serait plus lui-même. C'est le désir inapaisé de toutes les femmes; c'est la frivolité et l'inconstance. L'amour est l'unique plaisir que poursuive le Burlador. Mais ce n'est pour lui qu'un plaisir, un besoin des sens, une volupté de la chair : c'est son corps seul qui aime. Dans la possession môme, il ne cesse de s'appartenir, il ne livre rien de lui; la femme qu'il tient dans ses bras, lui est indifférente; il ne lui donne et ne prend d'elle qu'une sensation. De toutes celles qu'il a connues, aucune ne l'a fixé; elles ont passé dans sa vie sans laisser d'autre souvenir qu'une vision voluptueuse aussitôt évanouie.

Par cette indépendance du cœur, par cette soif de sensations amoureuses, le Don Juan espagnol ressemble à ceux de tous les pays. Mais à ces traits généraux du caractère s'en ajoutent d'autres plus particuliers qui font du Burlador un vrai lils de l'Espagne. Considéré en dehors de son milieu, Don Juan est inexplicable. 11 faut pour le comprendre le placer dans la foule des galans, des caballeros et des rulians. Il I'.miI songer à la

LES ORKiIXES DE LA LÉGENDE.

nature physique du pays qui l'a vu naître, au caractère excessif de ses habitants, à la force tic leurs croyances religieuses. On s'explique alors les vifs contrastes, le mélange de sensualité ri d'orgueil, d'indépendance et de foi, de perfidie et de bravoure, de brutalité et de politesse qui constituent l'originale personnalité du Trompeur de Séville.

C'est par là qu'il se rattache à l'innombrable foule de ces héros que seule la littérature espagnole pouvait concevoir : aux Busto Tarera1, aux Mudarra2, aux Gristobal de Lugo \ aux Don Alvar d'Atayde4, ces individus sans mesure, aux instincts intraitables, aux sentiments violents et despotiques, qui sont les produits d'un antique état social et d'une longue existence de combats et d'expéditions lointaines. Le culte jaloux des vieilles franchises municipales s'ajoutant à l'indépendance du seigneur féodal envers son suzerain, a développé de bonne heure dans le cœur de l'Espagnol cet esprit d'insoumission qui, porté à l'excès comme chez un Don Juan, un Eusebio, ou un Leonido, aboutit à la rébellion contre toutes les lois humaines et divines. Ce pays, où tout gentilhomme se vante de descendre des Golhs. où un cuisinier pouvait répondre fièrement à son maître qui le menaçait : « Je ne puis souffrir qu'on me querelle, car je suis noble comme le roi et môme plus :i », devait enfanter des caractères farouches, altiers, exagérant le sentiment de leur dignité personnelle et de leurs droits individuels. Le caballero, qui, de Naples aux Flandres, et de la Méditerranée au Pacifique, avait promené son épée victorieuse, ne souffrait aucune entrave, insupportait aucune discipline. L'orgueil de sa race, de son nom, de ses exploits, lui donnait de sa personne un sentiment trop élevé pour qu'il s'abaissât au niveau des règles communes. En même temps, cette existence aventureuse et indisciplinée qui arrachait de bonne heure la jeunesse espagnole à la tutelle du

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