‹ La Légende de Don Juan (volume 2)Chapitre 33 sur 223 · Lope, el Baslardo Mudarra · texte numérisé non relu

Lope, el Baslardo Mudarra

:. I lervantès, <■/ Rujîan dichoso.

i. ( laideron, el ilcade de Zalamea.

:». Lettres de Mme d' lulnoy, t. I. p. 21:;.

foyer familial, aux habitudes calmes et honnêtes de la vie provinciale, développa à l'excès la fougue naturelle du tempérament. Des camps et de ses voyages à travers l'immense empire, l'Espagnol revient arrogant et brutal. Il a trop souvent perdu dans ses amours de conquistador sa traditionnelle galanterie: el dans sa manière d'être avec les femmes perce le désir grossier du soldat entré par la brèche dans une place forte. La femme n'est pour lui qu'une créature de plaisir qu'aucune auréole n'entoure; qu'une fille de joie qui apaise un moment la fureur de ses sens.

La Comédie et la Nouvelle au xviic siècle sont un témoignage encore vivant de cette dépravation d'une jeunesse avide d'aventures où le danger donne plus de prix au plaisir, où les enlèvements suivent les sérénades la nuit sous les balcons, où le cliquetis des épées se mêle au son de la guitare, où l'amour

(s'accompagne de drames sanglants. Madrid, Séville et toutes les grandes villes étaient sans cesse le théâtre de désordres et de scandales nocturnes.

Ces habit iules semblent s'être développées davantage encore sous l'influence d'un ciel plus chaud et du souvenir plus proche des luttes soutenues contre les Maures, dans la méridionale Andalousie. Là, en outre, les anciens conquérants ont laissé des traces profondes qui ne se retrouvent pas seulement dans les monuments dont ils ont couvert le pays, dans la culture du sol, dans la richesse des cités. Le caractère des habitants en a été atteint, et notamment le culte chevaleresque dont l'Espagnol a de tout temps honoré la femme, s'en est trouvé amoindri. Habitué à la voir soumise aux caprices de son maître, sans existence propre ni indépendante, l'Andalou, comme l'Arabe, méprise sa compagne. Elle n'est plus l'épouse, la fiancée,

; l'amante respectée; elle est l'esclave dont la fonction est de servir aux plaisirs de l'homme.

hou Juan n'a pas échappé à ces mœurs : sa conception de l'amour en est le reflet. Il ignore les délicatesses du sentiment, ci oublie envers la femme qu'il convoite le< devoirs de la courtoisie. Il n'emploie la plupart du temps pour la conquérir

aucun de ces artifices de la galanterie qui sont un hommage rendu à la pudeur et à la délicatesse féminine. 11 ignore les scrupules de son honneur, et les ménagements qu'il exige. Ce

lils du « Camarero Mayor », ce descendant des Conquérants de Séville a les façons d'un soudard. Son désir n'admel ni délai, ni résistance; il ignore ces préliminaires, petits soins, soupirs, billets livrés, luttes où la pudeur refuse ce que le cœur a déjà donné, toutes ces intrigues qui sont pourtant d'autres la saveur de l'amour. Comme le héros de Marivaux, et avant lui, il dirait volontiers : « Langueurs, timidités, doux martyre; il n'en est plus question : fadeur, platitude du temps passé que tout cela...

nies sujets] sont si vifs qu'ils n'ont pas le loisir d'être tendres; leurs regards sont des désirs; au lieu de soupirer, ils attaquent;... ils ne disent point : Faites-moi grâce, ils la prennent ' •>. Son amour à lui ne naît pas d'une lente communion et d'une pénétration réciproque; il est immédiat; c'est un élan impulsif vers un objet que, parfois même, il ne connaît pas, mais que son imagination lui rend désirable : il convoite doua Ana sans l'avoir jamais vue-. Cette soudaineté dans l'éclosion du désir ne s'accommode d'aucune lenteur à le satisfaire. Ses procédés sont expéditifs ; il en a deux dont il use à tour de rôle, car il est aussi peu inventif qu'il est impatient. Tantôt, à la faveur des ténèbres, il se fait passer pour un autre et abuse ainsi de la belle qui croit recevoir son amant. Cette ruse de condottiere, d'aventurier sans scrupules, il l'emploie avec les femmes de haut rang, avec celles dont le cœur ne céderait qu'après un siège trop long pour sa fringale d'amour. Quant à celles dont l'humble condition ne résiste guère à la vanité d'épouser un homme de la cour, il triomphe aisément des hésitations de leur vertu par une promesse de mariage. Puis il les quitte aussi rapidement qu'il les a prises en se sauvant à la dérobée. Dans celle désinvolture avec laquelle il les traite, entre un sentiment de mépris. 11

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