I. \imir sm saber d quién (III
Que también quiero yo d aima :
Nu todo e] amor es cuorpo.
Lu Moza tir Cantaro (la Demoiselle servante), 11. 7.
maîtresse avec tant de respect et de considération qu'il semble qu'elle soit sa souveraine ». Le chevalier violent, grand brûleur d'infidèles, saccageur de villes, retrousseur de filles, conserve quelque chose du caballero galant qui fait de la dame de ses pensées un objet de vénération. Jusque dans sa grossièreté, il a des délicatesses, et ses vices même sont parfois sympathiques. Les libertins de Cueva, de Lope, de Calderon effrayent souvent : rarement ils répugnent. De même Don Juan repousse moins qu'il n'attire. Ses crimes, si grands qu'ils soient, ne le font pas haïr. Il n'en saurait être autrement : pour plaire à tant de femmes, Don Juan doit être séduisant; et c'est l'excuse de ses trop crédules victimes. C'est le propre des gens de sa sorte de faire des dupes. Ils ont un charme mystérieux qui fait pardonner leurs pires escapades. On excuse chez eux ce qu'on réprouve chez les autres. Ils ont des vices aimables : ce sont vices de jeunesse, qui semblent moins tenir à la dépravation de l'âme qu'à la chaleur de l'âge et du cœur. Ce sont vices, aussi, de grand seigneur, d'homme à bonnes fortunes.
Don Juan tient de sa race une élégance native qui se manifeste dans l'attitude et dans le ton, dans la façon cavalière et spirituellement insolente dont il traite les gens, dans l'aisance superbe qu'il garde au milieu des plus délicates aventures.
Du gentilhomme il a aussi conservé quelques nobles sentiments : il est brave, il l'est comme un Espagnol, jusqu'à la folie. S'il frappe le commandeur ce n'est point par trahison, c'est en combat loyal, après avoir averti le vieillard du danger qu'il court. L'arrivée de la statue le trouble, certes, mais il surmonte un premier mouvement, fait bon visage au mort, lui lient tête, le brave même et jusqu'à l'instant oii l'enfer s'ouvre sous ses pieds, il n'a pas un cri d'effroi ni de faiblesse. Ici son courage devient surhumain, car. il ne peut s'y tromper, c'est avec le ciel qu'il entre en lutte. Et cela certes, loin de déplaire au public, «levait au contraire le flatter. Quel autre qu'un Espagnol aurait une âme a<se/. forte pour lutter, non pas comme l'athée, contre
un Dieu auquel il ne croit pas, vain fantôme qui ne saurail l'effrayer, mais contre un Dieu réel signalant sa présence par des effets tangibles? Don Juan sait quel est son adversaire: ,i n'ignore pas les dangers qu'il court et il ne recule pas devant eux : cela avec calme, sans jactance. Il s'élève ici au-dessus de lui-même à une hauteur que ses équipées du début ne faisaient pas prévoir : l'écervelé volage et indiscipliné devient un prodige de volonté, de maîtrise de soi-même. C'est une antithèse de plus dans son caractère. Mais cette transformation n'est pas contraire à la vérité; elle s'explique par un sentiment bien propre au tempérament national : l'exaltation du point d'honneur. Une conscience jalouse de sa dignité, un amour-propre dont les susceptibilités pointilleuses s'offensent de la moindre atteinte, la crainte constante de paraître inférieur à soi-même, de se trouver diminué aux yeux des autres, tout cela conslitue'un décotes les plus originaux de l'âme espagnole. Aucun peuple n'a eu une conception aussi farouche de son honneur. A cet égard, il n'est en Espagne ni Galicien, ni Andalou ; tous sont Castillans,1 et Don Juan l'est autant que personne.
C'est ce sentiment démesuré de sa valeur qui le grandit dans la dernière partie de la pièce. C'est parce que l'épi taphe gravée sur le piédestal semble suspecter sa loyauté qu'il outrage la statue en lui tirant la barbe. S'il se rend à l'invitation du commandeur c'est par fierté, pour ne point paraître trembler devant un phénomème qui remplirait tout autre d'effroi. Il ne veut pas que le mort puisse avoir sur lui cet avantage de lui faire peur.
« Donne-moi la main, ne crains rien, dit Gonzalo. — Que dis-tu! répond-il indigné. Moi craindre! tu serais l'enfer même, que je te donnerais la main '. »
Et si, la statue partie, ses membres se glacent .l'une su. unfroide, l'orgueil reprend aussitôt le dessus :
Don Gonzalo. - Dame esa mano; uo temas. Don Juan. — Eso dices? Y<> temor?
Si fueras e] mismo inflerno
l.a mano te diera yo. Dali la . 111,11.
« J'irai demain à la chapelle où je suis convié, pour que Séville admire ma valeur, et en soit épouvantée1. »
11 est enfin un dernier contraste qui n'apparaîtra plus dans les conceptions postérieures, car s'il n'est pas exclusivement espagnol, il est plus fréquent en Espagne que partout ailleurs : c'est l'opposition entre le libertinage du héros et la persistance en lui de la foi religieuse. Sans doute, Don Juan a oublié les prescriptions de l'Eglise, et jusqu'au dernier moment il se révolte et lutte contre Dieu; mais sa révolte n'est pas une négation; son impiété n'est pas de l'athéisme. Au milieu de ses plus coupables excès, il demeure croyant. Jamais, comme Leonzio et, plus tard, le héros de Molière, jamais il ne discute la Divinité et ne fonde son inconduite sur la négation d'un Dieu justicier. Quand son père et Catalinon l'invitent à changer de vie, à prendre garde au châtiment céleste, il ne répond point par un mot d'ironie, ni de scepticisme; sa réponse est simplement dilatoire. Elle remet à plus tard une conversion qu'il a bien l'intention de faire un jour, lorsqu'il aura suffisamment joui de sa jeunesse et que ses sens seront apaisés. Son impiété actuelle est surtout faite d'insouciance. Il juge prématuré, à un âge destiné au plaisir, de se préoccuper des graves questions du salut et de la vie éternelle. Il les réserve pour sa maturité ou même pour sa vieillesse. Il ne cherche pas non plus, comme il le fera dans Molière, à s'expliquer par une illusion des sens la présence surnaturelle de la statue. Il lui parle en croyant et en dévot : « Que veux-tu, ombre, fantôme, ou vision; si lu vas en peine, si tu attends quelque satisfaction pour ton soulagement, dis-le; je te donne ma parole de faire ce (pie lu ordonneras. Jouis-tu de la vue de Dieu? T'ai-je donné la mort en état de péché? Parle : je suis anxieux \ »