‹ La Légende de Don Juan (volume 2)Chapitre 36 sur 223 · Don Juan. Manana iré a la •a[>illa · texte numérisé non relu

Don Juan. Manana iré a la •a[>illa

I fonde convidado soy,

Porque se admire y espante

Sevilla de mi valor. 1 11. 15.

L'. Don Juan. — 1 > i qui- quieres,

Sombra, fantasma ■> \i-~iun ?

Si andas en pena, ô m aguardas

AJeuna satisfaccion

Puis, il a honte de sa peur, el en veul à son imagination, mais il ne doute pas un instant que le mort ne lui soit apparu. Enfin, son dernier cri est un cri de repentir, et il meurt en demandant un prêtre. De même Leonido n'a oublié la loi du Christ el renié un moment son nom que pour le confesser un jour plus hautement. En Espagne, l'épicurien de mœurs pouvait impunément étaler ses vices sur la scène, comme dans la vie; mais le libertinage d'esprit, le scepticisme qui discute, raille et nie les invétérés de la religion ne pouvait se manifester dans le pays de Torquemada et de Philippe II. Le pouvoir ne l'eût pas plus toléré que le public ne l'eût compris.

Tel est le Don Juan espagnol. Ce n'est pas l'homme à bonnes fortunes, le bellâtre vulgaire qu'aucune fille ne peut voir sans lui ouvrir son alcôve. Ce n'est pas, d'autre part, le pâle rêveur en quête de l'éternel féminin; ni le héros à grandes passions, aux amours tragiques; ni enfin le dilettante de l'amour, l'artiste en sensations, le chercheur d'émotions neuves et rares. 11 est le Burlador, l'inlassable trompeur, épris de toutes les femmes. C'est l'étalon aux narines frémissantes, dont le sang bat à grands coups dans les veines. Son libertinage est moins de la corruption que de l'exubérance. Il est plus léger et frivole que vicieux. Derrière ses tromperies, il n'y a ni malice, ni arrière-pensée de troubler les cœurs et de déshonorer les familles. Il oublie la femme qu'il a possédée, convaincu qu'elle l'oubliera de même et se consolera vite. Il ne tue que pour se défendre et n'est pas l'assassin que d'autres concevront. Impatient devant les reproches de son père, il les écoute avec respect. Éloigné «les pratiques religieuses, il ne prononce aucun blasphème et ne commet aucune impiété. II n'obéit pas aux impulsions du mal. mai- ;'• l'irrésistible entraînement de sa vigueur et de sa jeunesse. ( !ompan- à ses descendants, il apparaît comme un écervelé, envers

Para m r edio, dilo;

Que mi palabra te doy

Do hacer lu que me ordenares.

Estas gozando de l>i<>s >

1 lite la muerte en pecado .'

Habla, que suspens,) estoy. III, il.

lequel la statue se montre impitoyable. Si elle lui avait accordé un plus long- crédit, il mirait fini dans la pénitence, comme Cristobal de Lugo. Aussi, son pays, loin de rougir de lui, l'aime et le réclame comme son lils. L'Espagne est fière de l'avoir conçu : « Don Juan, écril un de ses compatriotes, résume toutes les qualités, bonnes ou mauvaises, du caractère espagnol. Il constitue un tout harmonique qui ne pouvait vivre que dans les conditions historiques et sociales de l'époque où il fut porté au théâtre.... » Et le même critique s'écrie avec orgueil : « Don Juan est Espagnol; il est né en Espagne, et il est mort en Espagne ' ».

Si Don Juan est une création vraiment nationale, il est, avec Catalinon, le seul personnage de la pièce auquel l'Espagne ait donné une empreinte originale. Les autres figures sont reléguées à un arrière-plan et comme effacées dans l'ombre. Cet effacement est naturel devant la personnalité de Don Juan; mais on peut s'étonner que dans une fable toute remplie d'aventures d'amour, les caractères de femmes soient aussi ternes et leur action aussi insignifiante. Dans la plupart des conceptions postérieures, au contraire, la femme aura un rôle vraiment actif. et son influence s'exercera d'une façon plus ou moins efficace sur la vie du héros. Tantôt victime résignée, tantôt amante furieuse, poursuivant la vengeance de son amour trahi; parfois régénérant et sauvant Don Juan, le plus souvent, cherchant en vain à l'arracher au mal, elle sera toujours un des protagonistes du drame. Son rôle sera surtout prépondérant dans les œuvres romantiques : la place de plus en plus grande que la société moderne lui a faite, l'élevant peu à peu du rang effacé qu'elle occupait jadis; la tendance générale de la littérature à peindre en elle l'inspiratrice des nobles sentiments ou des passions criminelles; 1rs différences, enfin, de mœurs et de climat, aussi bien que de temps, expliquent à la fois cet effacement de la per-

l. Picatoste, ouvrage cité. Cf. Magnabal, p. 102.

sonnalité féminine dans la légende du Don Juan espagnol. .-I l'importance qu'elle prendra dans la suite.

Ce n'est pas, qu'en Espagne, au xvn" siècle, la femme jour dans l'existence de l'homme un rôle trop secondaire pour occuper dans la littérature un rang égal au sien. Les pièces de Lope, de Tirso et de Calderon, où la femme est presque toujours l'âme de l'intrigue, montrent quelle place elle tenait dans la vie réelle. Au I oui' d'elle s'agitaient mille passions et se jouaient quotidiennement des drames sanglants. L'Espagne semblait aux étrangers la terre où avaient dû naître le culte de la femme et l'amour même1. Mais si les passions qu'elle inspire sont nombreuses et violentes, elles sont surtout physiques et passagères. Elle demeure un simple instrument de plaisir que l'homme recherche pour des satisfactions brutales et qu'il dédaigne au fond de lui-même. Elle agit sur ses sens plus que sur son esprit. Dans le pays que le catholicisme a le plus profondément marqué de son empreinte, elle devait rester la créature impure et corruptrice. L'état de subordination matérielle et d'infériorité morale où les Maures la tenaient ne changea guère avec les nouveaux maîtres de la Péninsule. Alors qu'en Italie, le rôle joué par la femme dans les intrigues politiques des petites cours, et qu'en France la vie de société, la vogue des salons où elle règne, lui assurent une influence effective sur la conduite et les sentiments de l'homme; en Espagne, où elle es! enfermée dans la maison et séparée du monde, son rôle social et moral est effacé. Les femmes ne pouvaient donc entrer dans l'existence de Don Juan que comme un élément .le ses débauches; elles ne pouvaient influer profondément sur lui. chercher à diriger sa destinée. Elles devaient disparaître après une fugitive apparition, jouet momentané de ses caprices.

Aussi l'auteur les a-t-il à peine esquissées. Les quatre victimes de Don Juan, les seules qui paraissent dans la pièce, appartiennent cà deux classes sociales très différentes. Doua Ana et Isabela sont des dames nobles, Tisbea et Aminta des femmes

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