‹ La Légende de Don Juan (volume 2)Chapitre 5 sur 223 · XIV PREFACE · texte numérisé non relu

XIV PREFACE

de la Littérature et < le L'art on montrant les emprunts réciproques qu'à L'occasion d'une seule fable se sont faits quelques-uns des plus illustres écrivains et <\o> plus grands artistes de l'Europe, ('/est une vérité historique qui depuis peu d'années seulement commence a être admise, qu'au xvf , au xvuc et au xvur siècle, non moins qu'au moyen âge, la littérature a été plus encore européenne qu'elle n'a été nationale : chaque peuple a débordé par-dessus ses frontières: l'échange a été aussi constant entre les œuvres de l'esprit qu'il l'était entre les produits de l'industrie. Etudier les manifestations intellectuelles d'un peuple, isolément, indépendamment des influences étrangères qui ont agi sur elles, c'est s'exposera ne pas les comprendre. Quiconque ignore la littérature espagnole el italienne du xvi" et du xvu" siècle n'aura de Corneille et de Molière qu'une intelligence inexacte. Se trouverait-il de nos jours un critique sérieux pour prétendre connaître le xvr siècle français sans une étude antérieure île la Renaissance italienne.' L'histoire de la légende île Don Juan, du xvu au xix" siècle, fournit un exemple des plus significatifs de cet « internationalisme » de la littérature. Le problème si obscur et si controversé des origines prouve à lui seul que, a la même époque, les mêmes sujets intéressent • •n Italie, en Espagne, en Allemagne et ailleurs encore les auteurs dramatiques et les poètes. Tous communiquent entre eux rt sr copient : le Convitato di \netra de Cicognini esl une adaptation de celui de ïirso : le Don Juan de Molière, que la pluparl des critiques ont étudié comme s'il n'existait que par lui-même, comme une sorte de produil spontané, est tout pénétré des souvenirs de deux modèles français qui ne sont eux-mêmes que les traducteursde l'Italien Giliberto. L'Angleterre, <'ii apparence si isolée géographiquement et intellec-

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tuellement du reste de l'Europe, a beau concevoir un Don Juan 1res différent de ses modèles, l'influence de son atavisme italien et français persiste chez ce fils de la Restauration.

Et ici, un nouvel objet se présente à l'historien de Don Juan : si la légende évolue conformément à son essence et en développant naturellement les germes qu'elle portait en elle dès le principe, si chaque fruit qu'elle produit naît des rejetons antérieurs, il n'en est pas moins vrai que toute œuvre nouvelle modifie celle dont elle est sortie. Nous devons donc nous proposer d'analyser les conditions de ces changements. Elles sont nombreuses et complexes : les unes sont historiques et tiennent aux circonstances particulières dans lesquelles l'œuvre a été conçue; d'autres, à certaines arrièrepensées de l'auteur, à l'état d'esprit dans lequel il écrivait : celles-ci à des raisons d'art, de morale, de philosophie' générale; celles-là à une certaine conception de l'amour. Ces ^ conditions varient avec chaque écrivain et lui sont personnelles. Quand l'historien en aura déterminé l'influence sur les transformations de la légende, il aura à rechercher des causes plus générales et plus profondes : ce sont celles qui tiennent au milieu, au climat, à l'état social, politique et moral de toute époque et de tout pays qui a produit un Don Juan. Si en général la recherche de ces conditions est nécessaire pour comprendre les œuvres de l'esprit, dans le cas particulier de notre légende, elle devient indispensable. Don Juan, dès le principe, a représenté non pas seulement une philosophie de la vie qui lui était propre, mais un état île mœurs, un ensemble de croyances, communs à un grand*. nombre de ses contemporains. 11 a toujours été l'expression des sociétés qui l'ont conçu. Il faut, pour le comprendre, connaître ces sociétés et rechercher dans leur vie privée et

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publique les causes qui ont modifié les interprétations antérieures du héros. Ainsi, le Don Juan de Molière est un personnage infiniment complexe parce qu'il emprunte sa signification à la fois aux modèles dont il est tiré, à des rancunes personnelles de son auteur, et plus encore au monde des Libertins qu'il incarne. Le héros de Shadwell ne serait qu'une grossière figure, plus répugnante qu'intéressante , si son auteur n'avait peinl sous son nom la jeunesse contemporaine de Charles II. Il est donc nécessaire, pour expliquer les modifications que la légende subit d'âge en âge et de pays en pays, <le suivre le développement des idées et des mœurs à travers les peuples et les siècles. Le personnage de Don Juan, tout en conservant un certain nombre de caractères permanents, ne cesse de se transformer au gré des milieux qu'il traverse et qu'il représente. Les peuples du Nord ne l'ont pas interprété comme les peuples du Midi, et le xi\ siècle lui a donné une signification très différente des siècles précédents. Rechercher dans ces conceptions si diverses du héros l'âme même des générations et des races qui l'ont conçu, n'est-ce pas donner au sujet toute son ampleur historique, en même temps que toute sa valeur morale?

Tel sera notre double point de vue : nous chercherons à reconstituer les différentes étapes de la légende, à préciser les rapports qui unissent les parties multiples de ce vaste ensemble, à en renouer les liens. D'autre part, nous retrouverons en chaque œuvre à la fois la personnalité de smi auteur, et l'influence prépondérante de son temps et de son pays. En combinant ces éléments et en démêlant la part de chacun d'eux, nous mettrons dans cette étude une certaine cohésion et un ordre logique.

Mais, en raison même de la multitude et de la variété des

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œuvres qui de près ou de loin se rattachent au thème de Don Juan, une grave difficulté se présente : préciser et limiter le sujet. Certes, ce serait en dépasser arbitrairement les bornes et entreprendre une étude à peu près illimitée que de faire entrer dans une histoire de la légende de Don Juan, toutes les œuvres qui présentent quelques-uns des caractères essentiels au Donjuanisme. Ce mot implique une conception de l'amour et même une certaine philosophie delà vie si générale et si humaine qu'elle existe en dehors du héros qui lui a donné son nom et de ses descendants directs. Nous sortirions manifestement de notre sujet, si nous prétendions étendre cette étude à tous les personnages qui par leur moralité se rattachent plus ou moins à la race Donjuanesque. Nous devrions, en France, étudier cette multitude de pièces, de romans et de nouvelles de la littérature galante du xvin0 siècle qui nous peignent des mœurs très voisines de celles du héros sévillan. Ces œuvres ont en dehors de la légende leur existence propre; elles ne dérivent ni ne dépendent à aucun degré de la pièce espagnole. Le critique peut noter entre «■lies et la fable du « Convive de pierre » certains rapports : en réalité leurs auteurs les ont écrites sans songer à celle-ci. Il n'y a donc pas lieu de s'en occuper.

Il est d'autres œuvres dont le sujet, les péripéties, les personnages ne sont inspirés ni de la pièce de Tirso, ni d'aucun de ses dérivés; mais elles ont été composées avec l'intention de peindre un caractère Donjuanesque et d'incarner sous un autre nom, dans u'n milieu différent, un représentant nouveau du Donjuanisme. Tout le côté surnaturel de la fable a disparu; les événements humains qui en constituent la trame ont été renouvelés, le héros a changé de nom. N'importe; il est manifeste que l'auteur a subi l'influence de la légende*

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Ainsi, dans une pièce récente, le Marquis de Priola, le héros n'a pas conservé le nom légendaire: les intrigues dans lesquelles il rsl riiu.-i.i •. son •!•'. sa mort, toul diffère de la tradition. Et cependant il esl certain que M. Lavedan n'aurait pas conçu Priola si Don Juan n'avait existé. Négliger dans notre étude le Marquis de Priola sous prétexte qu'il ne dérive pas directement de Mon Juan serait méconnaître la réalité au profit des apparences. Nous aurons seulement à indiquer pour quelles raisons l'auteur a cru devoir substituer un héros nouveau à l'ancien, et transformer 1rs aventures dans lesquelles il l'engage. Ce sont là comme des rameaux éloignés du tronc principal, mais ils en sont issus et ne sauraient en être détachés qu'arbitrairement.

Il est enfin des œuvres qui, sans avoir avec la légende de parenté réelle, semblent avoir été inspirées par elle, ou dont elle paraît tout au moins avoir été l'occasion. A la suite de la diffusion de la pièce de Molière et des imitations auxquelles elle a donné lieu, le type du séducteur devient à la mode: un élève de Molière écrit V Homme à bonnes fortunes, qui, sans doute, n'appartient pas à la famille de Don Juan; mais c'est celui-ci qui a manifestement donne- à Baron I idée de réaliser à son tour une conception différente du corrupteur. Plus tard, en Angleterre, quand il crée Lovelace, Richardson ne -inspire ni du caractère ni des aventures de Don Juan, et en ce sens i! n'y a aucun lien entre les deux héros. Cependant le romancier s'est proposé de peindre une variété de Donjuanisme spéciale au xvm siècle et à un certain milieu anglais. De même le marquis de Bièvre dans son Séducteur, et Monvel dans le Lovelace français. Il y aura «loue intérêt i opposer ces œuvres à celles qui sont directement issues de la légende, à montrer comment elles modifient et renou-

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voilent ce genre particulier de corruption que représente le Donjuanisme. Nous ne les étudierons pas pour elles-mêmes, mais dans la mesure où elles se rattachent à la littérature Donjuanesque et où elles mettent en relief par le contraste des caractères les traits propres aux vrais Don Juan.

Une dernière observation est nécessaire touchant l'ordonnance de notre matière. Nous avons indiqué la méthode que nous nous proposons de suivre pour la développer. Mais le sujet n'est pas seulement immense et diffus, il est très varié : la légende de Don Juan n'a pas inspiré les seuls écrivains; musiciens et peintres lui ont à maintes reprises demandé des motifs d'inspiration. Et si, comme il est naturel, ces derniers ont tiré de certaines pièces de théâtre ou de certains poèmes le sujet de leurs tableaux et de leurs partitions, inversement, bien que plus rarement d'ailleurs, telle œuvre musicale a influé sur les œuvres littéraires qui l'ont suivie. Le Don Juan de Mozart, par exemple, a directement inspiré celui d'Hoffmann. Il serait donc logique d'étudier l'œuvre du musicien à la place qu'elle occupe dans l'évolution de la légende. Ce système plus rationnel aboutirait à une extrême confusion et il nous a paru plus commode et plus clair pour l'exposé du sujet de le diviser en trois parties principales, d'importance d'ailleurs fort inégale : la première comprendra l'histoire de la légende dans la littérature; les deux autres son histoire dans la musique et dans la peinture. En outre. étanl donné le développement considérable de la première partie, nous la subdiviserons elle-même : un premier volume (celui que nous offrons aujourd'hui au public) comprend les origines de la Légende, son développement au xvu" el au xviue siècle et dans les premières années du xi.x . jusqu'à l'époque où, à la suite du Don .Juan d'Hoffmann et de celui

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de Byron, elle subit l'influence du Romantisme, et change de signification. L'étude des innombrables œuvres (pièces de théâtre, poésies, romans, nouvelles, etc.) que la légende a lait éclore au xi.v siècle el au commencement du xxe dans la pluparl des pays de l'ancien el même du nouveau continent, fournira la matière d'un second volume.

LE DONJUANISME

Son universalité. — Circonstances favorables à son développement. — Variété de ses manifestations à travers les âges et les pays. — De quelques définitions modernes. — Caractères spécifiques qui le constituent. — Leur multiplicité et leur incohérence. — Possibilité de les grouper et de les ramener à quelques traits essentiels physiques et moraux. — Une vitalité et une imagination puissantes sont les conditions premières de son existence. — L'inconstance et l'art de la séduction. — L'égoïsme. — La méchanceté. — L'individualisme. — Valeur symbolique du type. — Intérêt historique, psychologique et moral que présente son étude.

La légende de don Juan n'est pas antérieure au commencement du xvne siècle et elle doit, pour une part au moins, son extraordinaire diffusion à l'heureuse fortune d'avoir inspiré à Molière un de ses chefs-d'œuvre. Elle la doit aussi à ce fait que, née d'une idée religieuse, elle a perdu de bonne heure son sens primitif, et n'a pas tardé à réaliser une conception particulière de l'amour. En elle se sont exprimés les sentiments (-1 les mœurs ■ de toute une catégorie d'individus qui ont leur manière propre de comprendre les rapports de l'homme et de la femme. Ces — individus sont innombrables et n'appartiennent exclusivemenl à aucun pays ni à aucun temps. Us constituent dans L'humanité un genre à part dont la littérature a pour la première fois réuni

les différents caractères dans la personne d'un héros espagnol, don Junn. Ils onl trouvé en celui-ci une expression si vigoureuse et si complète que dès lors l'appellation de don Juan s'est appliquée naturellement à tous les individus de l'espèce. Mais, de même qu'avant Tartuffe, la tartufferie était répandue à travers le monde, le Donjuanisme existait avant d'avoir reçu sa formule dans la Table du « Convive de pierre ». Celle-ci lui a donné simplement son nom, et non pas la vie. Il est un phénomène général; il n'est pas né à une certaine époque, et ne mourra pas à une autre. Il est inhérent à la nature humaine; les anciens l'ont connu, tout autant que les modernes, et l'on peut affirmer, sans y être allé voir, que les civilisations extra-européennes ne l'ignorent pas davantage.

Toutefois, si universel qu'il soit, il n'est pas complètement normal : il est l'indice d'un état physique et moral irrégulier. Il intéresse le psychologue et le physiologiste comme un cas dont la fréquence ne diminue pas l'originalité. Le moraliste s'en Inquiète comme d'un désordre apporté dans l'ordre social. Il se développée la faveur de certaines circonstances : il lui faut pour naître un milieu propice et i! ne croît que chez des tempéraments déterminés. Les organismes faibles, à sang pauvre, les esprits amis de la règle, les cœurs capables de sentiments profonds el durable- lui sont réfractaires. De même les générations épuisées ne le produisent pas. Inversement, il se trouve des époques dont les conditions de vie et les mœurs lui fournissent un terrain particulièremenl fertile : le besoin d'activité et d'expansion qui, en Italie, crée les condottieri, en Espagne, les conquistadores, esl favorable au Donjuanisme.

En outre, suivant les âges, si ses caractères essentiels restent permanents, ses manifestations changent, et les auteurs dramatiques, les poêles. les romanciers, les critiques, les artistes qui l'ont interprété en ont fait un thème à nombreuses variations. I)ii jour, en effet, où le drame espagnol a réuni en un corps les éléments qui le constituenl el lui a donné une réalité concrète, la littérature et l'art s'en sont emparés dans tous les pays. Us l'ont peint diversement sous l'influence des idées, des mœurs, des

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climats. Le Donjuanisme a été tantôt l'expansion violente de la sensualité se jouant des règles imposées aux passions humaines par la morale et la religion. C'est ainsi que l'a conçu l'Espagne du xvne siècle. Tantôt, il a été une protestation des droits de l'individu contre l'empire des lois établies par l'Église et la société. C'est ce qu'il a commencé à être en Italie où la ruine de l'autorité, la vie isolée des cités et des petits États, les fortunes extraordinaires d'aventuriers sans scrupules, ont développé plus qu'ailleurs les tendances individualistes. En France, il est devenu, grâce aux théories philosophiques du xvi,; siècle et aux doctrines des Libertins, une revendication des volontés de la nature contre les contraintes du dogme, la révolte de l'esprit humain contre la croyance en Dieu. Sous l'influence de la vie raffinée des salons, de la culture polie et perverse des mœurs de l'aristocratie, il s'est transformé aussi en un art subtil de la corruption. En Angleterre, la brutalité et la dépravation des compagnons de Rochester en ont fait sous la Restauration des Stuarts une réaction contre le puritanisme. En Allemagne, où il a trouvé sa plus belle expression dans la musique, il se résout en un mélange de sentimentalité tendre et de sensualité voluptueuse. Au xixe siècle, il a pris un caractère tout différent. La littérature maladive née de la Révolution et de l'Empire ne semblait guère devoir s'accommoder de cette manifestation exubérante de l'animal humain. Toutefois, par un étrange contraste, jamais le Donjuanisme n'a obtenu pareil succès : les œuvres qu'il a enfantées en ce dernier siècle sont innombrables; mais c'est un Donjuanisme transformé qui, de matériel, devient idéal et. parfois même, métaphysique. Hoffmann donne le signal de cette évolution. Avec Musset le Donjuanisme est un étal d'âme mystique; c'est le désir qui emporte l'homme à la conquête d'une beauté dont l'image est en lui et dont il demande au monde extérieur la réalisation concrète. La réalité demeurant obstinément inférieure à son rêve, Don Juan est condamné a la déception de poursuivre une chimère. Le Donjuanisme n'est plus qu'un effort impuissant et exaspéré vers un bien irréel. C'est une sorte de névrose, née de l'absence d'équilibre entre

la faculté de concevoir et celle d'exécuter; c'est une exaltation anormale de l'imagination mal servie par une désespérante faiblesse musculaire. En lui se combinent l'insuffisance d'Hamlet, inférieur aux devoirs de sa destinée, la lutte sans issue de Faust contre l'impénétrable mystère, les tourments de Manfred aux prises avec son propre cœur, le désespoir incurable de René attaché à un impossible amour.

Ce Don Juan abâtardi devient un objet de pitié. C'est une victime lamentable que les hommes plaignent et que le ciel ne châtie plus. Comme il est naturel, ce malade fournit de nombreux sujets d'observation aux psychologues qui analysent sa mentalité et aux médecins qui scrutent sa physiologie. Ceux-ci découvrent les tares de sa dégénérescence nerveuse; ceux-là expliquent les causes morales de sa morbidité. Chacun le comprend et l'interprète différemment. L'un * voit en lui une victime de l'imagination et de désirs dupés par la platitude de la vie. C'est un superbe égoïste qui croit dans sa jeunesse « avoir trouvé le grand art de vivre » et qui s'aperçoit au milieu même de son triomphe que la vie lui manque: dégoûté de plaisirs toujours semblables, il s'agite pour en changer l'objet et ne peut que « changer de peine». A l'autre2, il apparaît comme « une âme forte qui méprise les superstitions et ne veut pas qu'on lui impose d'entraves ». Ce qui est intéressant en lui ce n'est pas l'objet auquel il applique son caractère, à savoir l'amour, mais son caractère même, « mélange de grandeur et de ténèbres, de courage et de lâcheté, de vertu et de crime ». Tel 3 le considère comme « un alchimiste de la sensation, un chevalier tic la passion, voué à un grand œuvre animique, cherchant le creuset où réaliser son prodigieux désir ». Pour celui-ci4, c'est un innocent qui a la naïveté de croire à la durée du plaisir. Pour celui-là5, c'est un titan révolté qui a vainement

1. Stendhal, Mémoires 'l'un touriste, i. 1. p. 332; De VAmour, p. 211 226.

2. Pierre Leroux, 1" lettre mit le Fouriérisme, Revue sociale, juin 1846. :i. Péladan, la Décadence latine : Modestie H Vanité, p. loi et suivi

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