‹ La Légende de Don Juan (volume 2)Chapitre 51 sur 223 · I. ld., V, I · texte numérisé non relu

I. ld., V, I

LE DON JUAN ITALIEN. ij7

de Don Juan sur donna Anna, la mort du commandeur, la Fuite du meurtrier, son naufrage, ses aventures avec une pêcheuse puis avec des paysannes, enfin sa rencontre avec la statue du commandeur, les deux soupers et le châtiment merveilleux.

Tout ce qu'il y a de sérieux dans les dérivés du Burlador a disparu, ou bien a été modifié et remplacé par des détails comiques.

L'analyse de cette pièce présente une certain.' difficulté : la suite de l'intrigue est incohérente dans la version de Gueullette, «pie des Boulmiers a corrigée et arrangée. La rais. m en est bien simple : Gueullette n'a donné des notes de Biancolelli qu'un résumé incomplet ; ce sont des fragments qu'il a mis bout à bout, sans les situer toujours à leur place rationnelle, tel détail donné à la fin devant être rapport/' à une scène antérieure, et la confusion des scènes elles-mêmes étant parfois manifeste.

Le début de la pièce espagnole est supprimé comme dans Giliberto, et remplacé par une scène assez étrange dans laquelle le valet Arlequin et le Roi s'entretiennent de la conduite de Don Juan. Cette scène, qui contient un conte fait par le valet au monarque, n'était sans doute qu'un prétexte à faire valoir la riche imagination du conteur. — Deux autres contes allégoriques seront faits plus loin par le même Arlequin. — Ensuite, comme chez Cicognini, Arlequin médit tout seul de son maître Celui-ci arrive inopinément, et engage avec son valet un duel bouffon. Cette scène est ici légèrement modifiée par l'importance qu'y prennent les lazzi : Don Juan demandant à Arlequin s'il est mort, « Non, répond celui-ci, si vous êtes Don Juan ; sinon je suis trépassé ». L'auteur du scénario introduit aussi dès et- moment un premier repas — les dîners tenant dans l'arlequinade une grande place. — C'est une occasion pour Arlequin d'amuser le public par son extraordinaire gloutonnerie el quelques jeux d'esprit : << Vous avez là, dit-il à Don Juan, un plal dur à digérer ». Don Juan lui en sert, et il en mange goulûment. - Tu seras malade, fait observer Don Juan. — Noe pas; c'esl le plat qui est dur à digérer, el non ce qu'il contient. » Ces plaisanteries tournent souvent à la grossièreté et parfois à l'obscénité.

Après le naufrage. Arlequin apercevant son maître évanoui sur la poitrine de la pêcheuse Rosalba, s'écrie : « Si j'avais eu deux calebasses pareilles, je n'aurais pas craint de me noyer ». Pendant que Don Juan fait la cour à la jeune fille, Arlequin tombe bruyamment sur son derrière en assaisonnant ses pirouettes de plaisanteries sur le tir du canon. Les consolations qu'il offre ensuite à la pêcheuse trahie sont celles que nous avons déjà entendues dans Giliberto et dans Cicognini. Comme chez celui-ci, Don Juan, poursuivant le cours de ses aventures galantes, pénètre chez donna Anna sous le manteau d'Ottavio et, surpris par le commandeur, se sauve après l'avoir frappé de son épée. .Mais les détails comiques dont ces événements sont mêlés en effacent le caractère tragique: dans la scène où Don Juan et Ottavio échangent leurs manteaux, Arlequin et Pantalon se livrent à mille facéties : Arlequin se mouche dans le mouchoir de Pantalon, lui donne des tapes dans l'estomac, reçoit en échange des coups de poing et roule par terre avec lui. Quand le commandeur a été tué, les manteaux troqués sont de nouveau échangés, et Arlequin, saisi de peur, trébuche sur le corps en faisant de nombreux lazzi. Ce sont ensuite les réflexions déjà entendues dans la pièce de Cicognini sur la promesse du roi de donner dix mille écus et la grâce de quatre bandits à qui dénoncera le meurtrier: l'épreuve à laquelle Don Juan soumet Arlequin; le changement d'habits et la fuite du maître et du valet; enfin l'inutile tentative de Pantalon pour faire parler Arlequin. Les deux fugitifs rencontrent des villageois : Arlequin se livre sur un jeune marié à ses jeux de mots coutumiers : « Bonjour, seigneur Cornelio — Ce n'est pas mon nom, dit l'autre — Si vous n'êtes pas le seigneur Cornelio. vous le serez bientôt. » Don Juan réalise en effet ce fâcheux augure.

Les scènes avec la statue qui terminent la pièce rappellent à la fois Giliberto et Cicognini; mais l'auteur de l'arlequinade a transformé en pure comédie les éléments religieux de cette dernière partie. Troublé par la réponse de la statue à l'invitation de Don Juan, Arlequin cherche à corriger son maître et lui raconte deux apologues : la fable de l'ànc chargé de sel, puis

l'histoire d'un cochon de lait. Don Juan feint d'être touché, se jette à genoux, et implore Jupiter. Arlequin rend grâce au ciel de la conversion du coupable quand celui-ci se relève et lui donne un coup de pied. Après celle feinte conversion, Don Juan se met a table et c"est alors que commence la partie la plus développée du scénario.

Le repas de Don Juan n'est qu'un prétexte aux lazzi d'Arlequin. Ici l'imagination de l'acteur devait, à chaque représentation, ajouter quelques facéties nouvelles; elles sont, en général, d'une rare vulgarité : Arlequin crie que le feu est à la cuisine, et pendant que chacun court l'éteindre, il s'empiffre goulûment; puis, avec un hameçon, il pêche un chapon sur la table et imagine cent autres tours pour dérober quelque bon morceau. Ses plaisanteries sont souvent assez malpropres : i\ se mouche à la nappe, essuie une assiette à son pantalon et la présente à Don Juan. Parfois les talents de gymnaste de l'acteur chargé du rôle lui permettaient d'exécuter sur la scène des pirouettes et des sauts; il faisait la culbute sans renverser le contenu d'un verre qu'il tenait à la main '.

Cependant, au milieu de ces pitreries, Arlequin demeure le conseiller sensé que nous avons trouvé en Catalinon et en Passarino. Pour démontrer à son maître l'inconstance de la fortune il se sert d'une comparaison plaisante : il met un morceau de viande dans son assiette; le morceau, c'est l'homme; l'assiette, la roue de la fortune. La roue tourne; l'homme moule, arrive au faite des grandeurs; puis la roue redescend, l'homme tombe et le morceau fait de même dans la bouche du moraliste. Pendant le souper offert par la statue, les plaisanteries recommencent, mais durent moins longtemps. Et quand Don Juan est enfin entraîné dans les enfers, Arlequin renouvelle le cri de Passarino! « Mes gages! » en ajoutant seulement : « Il faut que j'envoie un huissier chez le diable, pour avoir mes gages - ...

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