‹ La Légende de Don Juan (volume 2)Chapitre 52 sur 223 · Ce tour de force n.-iit exécuté par l'acteur Thomassin · texte numérisé non relu

Ce tour de force n.-iit exécuté par l'acteur Thomassin

2. Dans snn Molière musicien, Castil-Blaze, résumanl ce scénario, ajoute arbitrairement une scène qui représente Don Juan torturé par les démons. Cette

Comme on le voit, la pièce de Biancolelli tend surtout à mettre en relief le caractère du valet bouffon : c'est lui qui devient le héros. Il a Ions les défauts de ses frères delà Commedia delV arte : il est glouton, pleutre et menteur; mais c'est aussi un rusé personnage qui cache sous la grossièreté de <c< pitreries une finesse avisée, et sait parfois aiguiser en traits d'esprit mordants la vulgarité de son bon sens populaire. Les autres personnages s'effacent devant lui et ne sont plus que des comparses qui lui servent à déployer ses talents : devant le roi, il fait parade de son esprit; avec la pêcheuse, il débite des plaisanteries grivoises; en présence du commandeur, il imagine des facéties macabres. 11 efface même Don Juan réduit au rôle d'un joyeux et insignifiant débauché, dont les aventures galantes servent de thème à ses lazzi.

Cette arlequinade, qui achève de travestir en bouffonnerie le drame de Tirso, ressemble à ces nombreuses farces licencieuses mêlées de musique, de jongleries et de féerie que jouaient à Paris les troupes italiennes des Gelosi et des Fedeli. Elle fil pendant longtemps courir le public au théâtre du Petit-Bourbon, et c'est grâce à elle que la fable de Don Juan a pénétré en France. Elle mérite à ce litre une place dans l'histoire de la légende. Sans elle, probablement, la pièce serait demeurée en Italie où elle serait tombée dans l'oubli et jamais Molière ne l'aurait connue.

Quelle était l'origine de cette arlequinade, et où Dominique Locatelli qui, le premier, l'apporta en France, l'avail-il prise? Commenl cl quand avait-elle été composée? 11 est impossible

scène, identique a la dernière partie de la comédie de Cicognini, a été manifestement empruntée a celle-ci.

En 1673, !«' scénario lui agrémenté de nombreux éléments bouffons qui n'ont pl,ls rien de commun avec la légende. A la suite des notes manuscrites de Gueullette, cl dans ['Histoire de l'ancien théâtre italien, des frères Parfaict, on

trouve, ->>u< le titre d' Igiunta al Convitato di pietra, un supplé m an scénario.

i ,. supplément contient plusieurs scènes intercalées au milieu des précédentes.

h,, nouveaux personnages interviennenl aussi : Diamantine, Scarai ;he,

Pierrot, Cintio, etc. Arlequin îail le jeu de l'échelle, se plainl que son maître I,. fasse veiller, alors m111' |iH|1 iI"1' dans 'a nature, « les cochons sur un lit mollet, auprès de leurs truies, le coq au milieu de ses poules ». Pour fuir les archers, il se déguise en philosophe, reçoit force coups do bâton, et invente encore d'autres lazzi.

pour plusieurs raisons de donnera ces questions une réponse satisfaisante. Nous ne trouvons en Italie aucune trace précise <lu scénario primitif. Angelo Costantini, plus connu sous le nom • le Mezzetin, raconte, dans sa Vie de Scaramouche ' de son vrai nom, Tiberio Fiorelli, — que cet acteur débuta à Fanno en Romagne dans le Corivitato di pietra, « estimant sur toutes les autres cette pièce à cause du repas qu'on y l'ail ». Or Tiberio Fiorelli, né en 1008, aurait débuté à l'âge de vingt-cinq ans2. C'est donc vers 103.'} qu'il aurait joué le Convié de pierre. Sans doute, la biographie de Costantini n'a qu'une faible valeur historique, et Riccoboni déclare, dans son Histoire du théâtre italien qu'en Italie, Scaramouche « n'a jamais fait d'autre caractère que celui de capitan »; mais, à ses débuts, Tiberio Fiorelli a fort bien pu jouer d'autres rôles, ainsi qu'il le fit plus lard en France. En outre, le détail donné par Costantini ne semble pas être de ceux qu'on invente. Ce Convitato di Pietra, dans lequel aurait débuté Scaramouche, ne pouvait être la pièce de Giliberto qui est de 1652, ni celle de Cicognini dans laquelle le repas ne tient pas une place assez considérable pour justifier l'observation de Costantini. Ce repas est demeuré, au contraire, la partie la plus développée du scénario conservé par Gueullette. Scaramouche étant, d'ailleurs, un des acteurs les plu- laineux de la Commedia delV arte, c'est bien une pièce de ce genre qu'il a dû jouer vers L633.

Si ce fait est exact, et il est très vraisemblable, il se pourrait (pie le scénario italien du Burlador ait été apporté en France par l'intermédiaire de Scaramouche. Celui-ci, eu effet, vinl à Paris avec les troupes italiennes, eu L639, eu L640 et en L645. En L645 notamment, il faisait partie de la troupe qui s'installa au Petit-Bourbon sous la direction de Giuseppe Bianchi. Celle troupe, partie à la lin de L647 eu au commencement de 1648, réuni en 1653; et c'est elle qui a, comme nous l'avons vu, joué le Convitato >/> Pietra ' . Ne serait-il pas logique d'admettre que

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