‹ La Légende de Don Juan (volume 2)Chapitre 53 sur 223 · Publiée u Paris en · texte numérisé non relu

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2. Gueullette, Histoire dcl'anùen théâtre italien, p. Il <■[ 12. :\. Cf. Moland, Molière et lacomédie italienne, cliap. \.

le scénario représenté à Paris est, dans \c< grandes lignes au moins, le même qu'avait jadis joué Scaramouche?

Je «lis dans les grandes lignes; car le scénario primitif, de quelque époque qu'il soit, a subi d'évidentes modifications. La loi du genre le voulait. L'incertitude et l'imprécision du texte dans lequel il nous est parvenu prouvent combien ce scénario était un canevas flottant, sans fixité, dont les auteurs ou les interprètes successifs prenaient vraisemblablement leur bien où ils le trouvaient, et à mesure qu'ils le trouvaient. Ils ne cessaient ainsi de le transformer au contact des autres pièces. Mais inversement les comédies régulières italiennes ou françaises ont pu recourir au scénario et lui faire des emprunts. Si en effet les acteurs de la Commedia delV arte tiraient, non seulement de leur imagination, mais encore des pièces de la Commedia sostenuta les détails dont leur libre fantaisie enrichissait leurs canevas, par contre les auteurs des comédies régulières subissaient eux-mêmes l'influence des comédies impromptu; telle scène ou telle plaisanterie qui avait réussi auprès du public était retenue et introduite par eux dans leurs pièces1. C'est ce qui, comme nous allons le voir, a dû arriver pour le scénario du Convitato di pietra.

De l'analyse de ce scénario, il résulte qu'il est formé de plusieurs sortes d'éléments. Il contient des éléments originaux, c'est-à-dire des scènes entières ou des détails qui ne se trouvent dans aucune comédie antérieure, et des éléments communs avec les autres pièces. Parmi ceux-ci, les uns, les plus nombreux, lui sont communs avec Cicognini seul: d'autres avec les deux pièces de Dorimon et de Villiers, un petit nombre avec .Molière2, d'autres enfin avec le Burlador.

1. Ces échanges entre les pièces de la Commedia sostenuta H 1rs pièces de la Commedia dell' arte sonl perpétuels : Riccoboni signale, dans les premières années du wn siècle, de nombreuses comédies écrites transformées par les comédiens en comédies impromptu. Cf., notamment, VEmilia de Luigi Groto, dit l'Aveugle d'Adria. -Inversement, les canevas qui avaient roussi étaient transformés en Commedie sostenute. C'est ci' qui s'est passé pour les pièces de Ruzzante.

2. Sous nous occuperons de ceux-ci quand nous étudierons la pièce de Molière.

Dans le drame espagnol (11,8), au momenl où Don Juan s'apprête à pénétrer chez dona Ana, Catalinon lui adresse des

reproches; sur la menace de son maître il se tail el feinl de l'approuver. Cette scène a été reprise par l'auteur du scénario et dans les mêmes circonstances; toutefois, ici, Don Juan donne un soufflet à Arlequin. En outre, plusieurs plaisanteries d'Arlequin sont déjà dans Tirso : quand il sort de l'eau après le naufrage, Catalinon s'écrie : « Pourquoi, au lieu de tant d'eau, Dieu n'at-il pas nus là dedans autant de vin1?» Arlequin plaisante de la même façon : « Du vin, du vin! assez d'eau comme cela! ■• En entrant chez le commandeur, Catalinon, à la vue de la nappe noire qui recouvre la table, dit en plaisantant : « C'est là une table de Guinée : n'y a-t-il personne pour la laver J? ■• Arlequin reprend la plaisanterie : « Tout est bien noir, ici, il faut que la blanchisseuse de la maison soit morte ». Enfin dans la scène première de la troisième journée, Patricio se plaint du valet qui l'a empêché de manger en lui prenant les mets sur son assiette : cette idée est reprise et mise en action dans le souper d'Arlequin et de Don Juan. Molière aussi s'en inspirera.

Avec Giliberto (versions Dorimon et Villiers), les ressemblances sont plus nombreuses. C'est la persistance d'un certain élément religieux avec la même transformation du merveilleux chrétien en merveilleux païen. C'est aussi la suppression du début delà pièce espagnole; l'idée de prêter à don Juan un mouvement de repentir, avec cette différence cependanl que le repentir, sincère chez Giliberto, ne l'est plus ici. C'est enfin le portrait d'une jeune et jolie veuve, qu'Arlequin l'ait à son maître au cours du repas. D'autres traits encore sont communs au scénario el à Giliberto, mais ces traits se trouvent aussi dans la pièce de Cicognini. Ce sont : la rencontre de Don Juan et d Arlequin la nuit; le changement d'habits du maître el du valel : leur fuite; l'idée ironique du valet de consoler la paysanne en lui

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