‹ La Légende de Don Juan (volume 2)Chapitre 56 sur 223 · i luvrage cité, l. IX. p · texte numérisé non relu

i luvrage cité, l. IX. p

deuxième représentation, Molière avait dû l'aire des suppressions : l'étalage d'athéisme de Don Juan, son abominable pensée de faire jurer le Pauvre, certains détails irrévérencieux ', avaient alarmé la conscience des dévots qui, sans que nous sachions exactement comment les choses se passèrent, obtinrent le retrait de la pièce. De même le libraire Billaine n'usa pas du privilège qu'il avait reçu le 11 mars d'imprimer le Festin de Pierre. Celui-ci ne fut publié pour la première fois qu'en 1682 par Vinot et La Grange dans le tome VII de leurs œuvres de Molière, et, sauf les premiers exemplaires, dont trois seulement nous sont parvenus, cette édition avait subi de nombreuses suppressions : la partie la plus importante de la scène du Pauvre (III, il), plusieurs phrases de l'Apostrophe de Sganarelle aux libertins (I, 11), le passage sur le moine bourru (III, 1), la tin du raisonnement de Sganarelle sur le châtiment des impies, et son galimatias sur l'enchaînement des causes et des effets (V, 11) ses dernières paroles : « Mes gages, mes gages! » Le texte intégral ne se trouve même, tant durent être vifs les scrupules des éditeurs français, que dans deux éditions étrangères : l'une publiée à Amsterdam en 1683, l'autre à Bruxelles en 1694. Toutes deux contiennent avec quelques variantes le texte complet des scènes 1 et 11 de l'acte III et l'exclamation finale -.

La pièce fut donc ouvertement condamnée, mais en cette circonstance, comme en d'autres, le Roi fut du parti de Molière, secrètement, sans doute par respect pour sa mère et par souvenir des cabales de Tartuffe; mais, avouée ou non, la sympathie de Louis XIV est certaine. Un mol de lui prouve tout au moins qu'il ne fut pas choqué par les audaces de l'œuvre : dans sa deuxième réponse au libelle de Rochemonl, l'auteur anonyme

l- Cf. le libelle de Rochemont et l'observation de Sganarelle sur le moine

ll'MIITII.

2. Pour 1rs modifications importantes que le texte primitif a subies, je renvoie a l'Édition de la Collection des Grands Ecrivains. Pour l'étude de la pièce, j'adopterai le texte non cartonné de l'édition de 1682, en tenant ..uni. h' cependant des parties qu'elle supprime dans les scène- : entre l'un Juan et Sgana-

n'N'' (III. 0; entre Don Juan ci le Pauvre (III, u); dans l'exclamati le

Sganarelle (V, vu; parties qui se trouvent dan- redit d'Amsterdam de 1683.

faisant allusion à une prétendue interdiction du Roi, dit : « Je ne crois pas avoir beaucoup de choses à répondre quand j'aurai dil après le plus grand monarquedu monde qu'il (le libertin) n'est pas récompensé ». Aucune défense officielle n'interdit de jouer le Festin de Pierre. Averti charitablement. Molière le retira de lui-même et, cette fois, il ne tenta aucune résistance. On lui sut gré de sa docilité, car, cinq mois après, en août, il recevait une pension de 6000 livres; en même temps sa troupe, qui appartenait jusqu'alors à Monsieur, devenait la « Troupe du Roy ».

Ainsi le Roi ne désapprouva pas Don Juan, et Molière ne subit qu'un demi-échec : la pensée qui lui inspira le choix du Festin de Pierre, en servant les intérêts de sa gloire, n'a pas nui à ceux, plus immédiats, de sa fortune.

Cependant, la pièce provoqua de la part des contemporains de vives attaques : le prince de Conti, qui la connut sans doute par une copie, dans son Avertissement aux sentences des Pères de V Église sur la Comédie et sur les Spectacles, reproche à l'auteur « d'avoir confié la cause de Dieu à un valet à qui il fait dire pour la soutenir toutes les impertinences du monde ». Le châtiment final ne semble même pas, une excuse au prince, qui n'y voit qu'une façon ridicule de venger le ciel, aggravée encore par les sottises de Sganarelle.

Mais ces critiques ne parurent qu'en décembre 1666. Dès avril 1665, d'autres beaucoup plus violentes furent adressées à Molière dans un libelle fameux qui avait pour titre : » Observations sur une Comédie de Molière intitulée le Festin de Pierre ». Dans les différentes éditions de cet opuscule l'auteur se cachait sous les initiales : B. A. S. D. R., puis sous le pseudonyme de R. A. sieur de Rochemont. Le privilège du roi le désigne comme avocat au Parlement. On a vainement cherché à percer ce pseudonymat. M. Livel ' a cru découvrir, sous les initiales, Barbier d'Aucour, avocat au Parlement et janséniste qui, l'année suivante, s'en prit à Racine. M. Despois 2 n'admet pas cette identification,

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