Problèmes moliéresques, Moniteur Universel, 14 mars lsTs
2. Édition de la Collection des Grands Ecrivains, Préface, p. M el suiv.
« DON JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE ». l45
attendu que Barbier n'aurait ajouté à son nom celui d'Aucour qu en 1676... D'autre part, dans une réponse au libelle ', l'auteur reprochant au pamphlétaire de suspecter sans les connaître les intentions de Molière écrit : « Peut-être me direz-vous qu'il était mieux instruit que je ne pense, et qu'il peut avoir appris la vie de Molière par une confession générale? Si cela est je n'ai non à vous répondre, sinon qu'il est encore plus criminel , Cette remarque ne s'applique guère à un avocat et on en tire un argument pour voir dans l'auteur des Observations un curé de Pans. Mais ce curé, quel était-il? A la violence du ton aux nouvelles attaques contre le Tartuffe, aux mêmes allusions à la vie et à la personne de Molière mêlées des mêmes protestations de ne vouloir pas lui nuire ■, à certains procédés de discussion tendant a faire intervenir dans le débat la personne de la Reine a plusieurs réponses faites à différentes observations de Molière dans ses placets au Roi 3, on serait tenté de voir dans le pamphlet la continuation d'une polémique déjà engagée et de reconnaître dans son auteur un pamphlétaire déjà connu, cet abbé Pierre Roulle, curé de Saint-Barthélémy, qui avait vivement pris à parti Molière dans son opuscule du Roy glorieux au monde à l'occasion de Tartuffe. On objectera sans doute que Pierre Roullé n'était pas janséniste* et qu'une phrase de la « Réponse aux observa lions touchant le Festin de Pierre semble indiquer au contraire quel auteur du libelle appartenait au Parti : « H lraite M de Molière de démon incarné parce qu'il n'emploie pas ce beau talent que la nature lui a donné, à traduire la vie des Saints 1 ères ». Or, cette traduction sortait de Port-Royal '. Mais cette
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Placet et les allusions à l'approbation doi e au Tartuffe par leltot mÏÏÏKÎ
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phrase peut n'être qu'une boutade sur les occupations des âmes pieuses en général sans allusions particulières à Port-Royal. Un autre l'ait prouve d'ailleurs surabondamment que l'auteur du pamphlet ne peut être un janséniste : ce sont les félicitations
qu'il adresse au roi pour « avoir châtié les partisans de la Secte, ruiné ses écoles, dissipé ses assemblées ». Oue l'on rapproche ces paroles de celles que Pierre Roullé écrivait dans son Roy glorieux au monde contre les jansénistes, et Ton conclura que si les auteurs des deux pamphlets ne sont pas un seul et même personnage, ils appartenaient du moins au mémo parti '.
Ouel que soit d'ailleurs l'auteur véritable du libelle, le ton d'abord insinuant, puis éloquent et passionné dont il est écrit dénote un écrivain aussi habile qu'implacable adversaire. Après s'être posé non pas en ennemi de la personne ni de la réputation de Molière, mais en défenseur des intérêts de Dieu, et avoir sommairement jugé l'auteur du Festin de Pierre à qui il veut bien reconnaître quelque talent dans la farce « au-dessous de Gautier-Garguille, de Turlupin et de Jodelet », le libelliste en vient à la pièce elle-même. 11 la rattache à un plan général, qui, se développant depuis l'École des Femmes et se continuant avec le Tartuffe, tend, sous le spécieux prétexte de démasquer les faux dévots, à attaquer la religion elle-même et les vrais croyants. Elle serait le commencement de celte campagne menée contre la morale et contre l'Église en étalant les quatre sortes d'impiétés qui •■ combattent la Divinité » : les unes déclarées et blasphématoires; les autres secrètes: celles-ci méprisant un Dieu qu'elles estiment aveugle ou impuissant: celles-là ravalant la dignité de ses mystères. Le maître et le valet se partageraient ces différentes façons d'être impie : l'un, tantôt attaquant le ciel avec audace, tantôt jouant le faux dévot, et n'ayant en général ni crainte ni respect pour la puissance divine: l'autre la
I . J'avais depuis longtemps écrit ces lignes lorsque ;i paru l'étude de M. Allier : la Cabale des Dévots. J') trouve, avec une abondance de preuves nouvelles, la démonstration que l'auteur du libelle ne saurait être un janséniste, et qu'il est de la même cabale que l'auteur du Roy glorieux. Je persiste à croire que les deux auteurs n"en font qu'un.
tournant en ridicule par ses raisonnements grotesques H sa foi au moine bourru. Le châtiment final du coupable, loin de corriger l'immoralité de l'œuvre, L'aggravait encore par les plaisanteries dont il sert de prétexte à Sganarelle. La conclusion est un appel éloquent à la justice du Roi de venger L'injure faite à Dieu en abattant l'impiété « montée avec impudence sur le théâtre ».
Ce pamphlet ne resta pas sans réponse : deux anonymes se chargèrent de le réfuter, à dix jours d'intervalle. La première de ces réfutations a pour titre : « Réponse aux Observations touchant une comédie du sieur Molière intitulée le Festin de Pierrt » (Paris, chez Gabriel Ouinet, i 665) ; L'autre : « Lettre sur les Observations d'une comédie du sieur Molière intitulée le Festin de Pierre (même librairie, même date).
Ces deux opuscules sont-ils de Molière? On a voulu reconnaître à la netteté du ton, à certaines tournures, la main qui écrivit les placets du Tartuffe*. En outre l'éditeur étaitle libraire habituel de Molière. Ces raisons ne sont guère concluantes. Le style de la deuxième réponse est au contraire assez lourd, le ton bien mou à l'égard des dévots; l'argumentation est traînante; l'auteur écrit à maintes reprises Tartufte; il défend les agréments naturels de Molière en une phrase qui ne peut être de Molière lui-môme : « Comme si, quand il manquerait quelque chose à Molière de ce côté-là, ce qui se dément assez soi-même, il devrait être criminel de n'être pas bien fait ».
D'autre part, certains détails indiquent que L'inspiration de Molière ne doit pas être étrangère à la composition du factum : un mot particulier du Roi en faveur de la pièce y est rappelé: dans une apostille qui constitue un nouveau plaidoyer, l'auteur tire aigument de la pension (pie Louis XIV vient d'accorder au comédien et de l'honneur qu'il lui a fait en prenant la troupe à ses gages. D'autres raisons semblent bien aussi inspirées par Molière : pour répondre au reproche d'avoir l'ail triompher l'athéisme sur la scène, l'auteur observe judicieusement que