I. Cf. Catalogue Soleinne, l. IV. p. 101, QOte
les raisonnements de Don Juan se réduisent à 2 et 2 sont i, cl qu'ainsi il se condamne lui-même par la faiblesse de son argumentation, en même temps qu'est évité le scandale qu'il y aurait eu à mettre sur la scène une discussion religieuse où un athée aurail argumenté contre un croyant. De même, la gaucherie de Sganarelle à défendre la Providence est justement imputée à sa condition. Mais en général la défense est faible : les raisons les plus pressantes de l'adversaire sont mal réfutées ou passées sous silence. Dans une dernière partie, Tailleur laissant Don Juan de côté fait une apologie du Tartuffe. Il feint de ne voir dans les observations du sieur de Rochemont qu'un prétexte à dénigrer cette pièce, dans l'appréhension qu'elle ne soit de nouveau jouée. Cette digression sur une comédie dont l'interdiction lui tenait tant à cœur et qu'il ne désespérait pas de voir autorisée un jour, pourrait bien avoir été soufflée par Molière. L'auteur de cette réponse, de même que l'auteur des Observations, était connu des contemporains puisque Robinet disait le 9 août dans sa gazette :
Je vous avertis qu'une plume Artisanne de maint volume L'a défendu mais du bel air, En un style énergique et clair.
La première réponse est encore plus faible; elle cherche à le prendre avec l'adversaire sur un ton ironique; mais les arguments demeurent généraux et vagues; le défenseur, manifestement novice et qui avoue lui-même en être à son premier écrit, a l'air de croire que la pièce de Molière est en vers. 11 semble d'ailleurs qu'il était lui-même comédien, car, dans sa défense du théâtre contre les attaques de Rochemont, il écrit : <■ Il s'est contenté de nous faire la guerre en renard ».
Ces pauvres défenses furenl les seules tentées, et la pièce disparut définitivement sans autre bruit. Molière et sa troupe se trouvèrent ainsi déçus des espérances que leur avait fait concevoir le succè- des œuvres antérieures, au Théâtre Italien et au Théâtre Français.
Ces œuvres n'avaient pas seulement donné à Molière l'idée de s'approprier le sujet; elles lui avaient fourni les éléments essentiels de sa pièce. Il n'est donc pas sans intérêt, pour dégager l'originalité de l'auteur du Festin de Pierre, d'examiner dans quelle mesure il s'est inspiré de ses prédécesseurs immédiats, et s'il ne s'est pas adressé aussi à la source première de la fable, au drame espagnol lui-même.
D'aucuns l'ont prétendu : Gailhava notamment ' et après lui M. de Latour 2, Schlegel 3 et d'autres encore. Mais leur affirmation n'est fondée que sur des vraisemblances : Molière a emprunté directement à l'Espagne la J'rincesse iVÈlide 4 et l'École des Maris 3. Dans les 40 volumes de comédies portés sur l'inventaire fait après son décès, figuraient des pièces espagnoles, sans qu'on sache, d'ailleurs, lesquelles 6. En outre, il fut en rapport avec les acteurs espagnols qui, appelés par Marie-Thérèse, jouèrent de 1660 à 1673 à l'Hôtel de Bourgogne, où ils alternèrent quelque temps avec la troupe de Molière 7. A ces raisons, générales et vagues, s'en ajoutent de plus précises. Quelques détails du Don Juan de Molière semblent directement empruntés au texte espagnol : dans la scène vm de l'acte IV, Don Juan dit à Sganarelle, « Allons, mets-toi à table. — Sganarelle : Monsieur, je n'ai plus faim. — Don Juan : Mets-toi In, te dis-je. » — Dans la scène xm de la troisième journée du Burlador, Don Juan et Catalinon tiennent à peu près le même langage : « Assieds-toi, Catalinon. — Catalinon : Non, seigneur, je tiens le repas