Cf. Perrens
:(. Mémoires, l. I. p. 217, cité par Perrens. 4. Doctrine curieuse, VIII, 9.
loups ravissants •>, ne pouvait-on le dire de beaucoup de dévots^ Et Molière était-il si mal fondé à prêter au parti tout entier une duplicité qu'un homme d'église lui-même - un Jésuite, .1 est vrai, - attribuait aux plus manifestement sincères .1 entre les
croyants!
Molière avait d'ailleurs de bonnes raisons de confondre dans une même antipathie les dévots de toute sorte, faux et vrais Les uns et les autres répugnaient parles exagérations de leurs pratiques, à cette conception de la religion facile et accommodante qui était la sienne. Sa philosophie, hostile aux excès du Libertinage, Tétait encore davantage aux excès du zèle religieux . Au fond, il ne distinguait guère ceux qu'animait une piété réelle de ceux qui n'agissaient que par simagrées et par grimaces Dans le conflit éternel entre la morale humaine, douce et complaisante des indépendants et la morale rigide des Bossuet, des Arnaud et des Bourdaloue, Molière est avec les premiers. Les vrais croyants, selon lui, ont une foi discrète, tempérée, fort éloignée de ces austérités rigoureuses qu'il estime trop contraires à la nature et à la « droite raison » pour n'être pas simulées. Toute dévotion qui n'est « humaine ni traitable » est « faste insupportable », « dehors plâtré d'un zèle spécieux ». Le dévol sincère comprend la religion à la façon dont Philinte comprend la vertu. C'est une compagne accommodante et facile que 1 on peut conduire sans l'effaroucher dans les salons à la mode et dans les cabarets. Mais la religion austère, le calice d'un Pascal. seront assimilés au zèle hypocrite de quelque Harlay, cet archevêque de Paris qui devait refuser plus tard au cadavre de Molière une place en Terre Sainte et mourut lui-même d apoplexie dans les bras de sa maîtresse.
Userait donc oiseux de rechercher si dans sa lutte contre la dévotion, Molière en a voulu aux Jansénistes ou aux Jésuites . Si tel vers du Tartuffe :
Laurent, serrez ma haire, avec ma discipline
,. Cf., notamment : Lacour, Tarfctf* par ordre de Louis XI V^ .H. ^ £j tend ,,,;,. Louis XIV. non seulement avait approuvé la pièce, ma.s lavait
semble viser les austérités des premiers, d'autres visent les compromis de conscience des seconds :
L'art de rectifier 1»' mal de l'action Avec la pureté de notre intention.
Si don Juan, dans sa feinte conversion, fait songer à ces retours à Dieu un peu bruyants dont retentirent les murs de Port-Royal, îes allusions à la doctrine de Lessius sur le meurtre sont évidentes dans ces paroles adressées par le nouveau converti à Don Carlos :
« Je m'en vais passer tout à l'heure dans cette petite rue écartée •qui mène au grand couvent: mais je vous déclare pour moi que ■ce n'est point moi qui veux me battre; le ciel m'en défend la pensée et si vous m'attaquez, nous verrons ce qui en arrivera '. »
D'ailleurs tous les dévots, de quelque secte qu'ils fussent, se sentirent attaqués dans Tartuffe comme dans Don Juan. Monseigneur Hardouin de Péréfixe, le président de Lamoignon, Bourdaloue, Bossuet, tous, Jansénistes, Jésuites et autres furent d'accord sur ce point et virent dans Molière non pas l'adversaire d'un parti mais l'ennemi commun de l'Église tout entière-.
La société pour lui comprenait deux catégories : d'une part les « honnêtes gens », ces modérés de la vertu et de la religion; de l'autre, les ennemis de la raison : libertins et dévols, prompts à toutes les exagérations, dépassant les bornes naturelles du
commandée contre la nouvelle secte, la dévotion ne se distinguant pas pour lui du jansénisme.
C'est aussi la thèse soutenue par M. l'abbé Davin, dans ses .ulules sur les sources de Tartuffe {Le Monde, u " du 2. 13, 15, 22, 27 août, 15 et 1!) septembre IS73).