Lettres : lettre du 27 juin UiTS
2. Il ne serait pas non plus s;m< intérèl île rappeler, à propos de la scène de i/. Dimanche, l'anecdote rapportée par Boursault dans sa correspondance, au sujet du duc (le la Fouillade et du marchand de chevaux Caveau. — Cf. Le
riste de juillet issi. t. VI, p. 101 e1 suiv.
Il reprendra plus tard Le personnage dans le Bourgeois genmomme et en fera un fripon. Ici, ce n'est encore que Le ûls de famille qui tire des lettres de change sur la fortune paternelle et laisse traîner ses notes chez les fournisseurs, type assez banal nue Molière renouvelle par la verve prestigieuse avec laquelle il lui fait berner son créancier. Le grand seigneur a beau être cynique il reste séduisant : non seulement il ne paie pas ce bon M Dimanche, mais il s'amuse à ses dépens avec tant de bonne humeur et un tel entrain qu'on lui pardonne presque sa malhonnêteté, en faveur de son esprit. Mais, si dupé qu'il soit, le bourgeois a cependant sa revanche dans l'humiliation de ce gentilhomme qui, tout en le bafouant, est réduit à le cajoler. Dans cette posture peu digne de sa naissance, Don Juan est sans doute amusant, mais il est surtout méprisable.
Le personnage se complète ainsi graduellement. 11 devient odieux dans l'entrevue avec son père. Ici la comédie passe soudainement au tragique. Elle hausse le ton et prend dans le discours de Don Louis une allure cornélienne. Mais ce n est pas seulement le père outragé qui vient exhaler sa douloureuse indignation, c'est le porte-paroles des rancœurs de Molière luimême, du plébéien exaspéré contre cette noblesse dure aux humbles et insolente, que la justice du Roi allait bientôt poursuivre dans de solennelles assises K La chaleur de l'accent, la violence de la satire ne sont pas d'un indifférent : c'est l'auteur qui parle dans cette virulente diatribe.
Pris de court, comme d'habitude, et ne sachant que répondre, Don Juan s'en tire par une observation dont l'ironique courtoisie double encore l'impertinence : « Monsieur, si vous étiez assis, vous en seriez mieux pour parler ». Et, son père parti, il pousse ce cri où s'exprime toute sa dureté : « Eh, mourez le plus lot que vous pourrez, c'est le mieux que vous puissiez faire
Cette dureté s'affirme davantage au cours de la deuxième rencontre avec Elvire dont la prière si touchante, débordante d'un amour si pur, mais si profond encore, n'obtienl qu'une