Id
douleur d'autrui : l'attitude d'Elvire L'émeut; il s'apitoie sur le sort de Pierrot : « Eh monsieur, laissez-la ce pauvre misérable, c'est conscience de le battre1. » L'hypocrisie de Don Juan le confond. Sa bonté native ne cesse de se révolter contre la méchanceté de son maître : à tout propos, il lui fait entendre la vérité; il va môme plus loin : il cherche à sauver ses victimes en les mettant en garde contre lui.
Mais la crainte détruit ses bonnes intentions et lui fait oublier sa -aine morale. Son maître lui inspire de l'effroi comme un être redoutable et malfaisant : - .le l'ai fait cette confidence avec franchise, dit-il à Guzman, mais s'il fallait qu'il en vint quelque chose à ses oreilles, je dirais hautement que tu aurais menti '-. > Dès que Don Juan hausse la voix, il se lait, approuve, feignant de prendre à son compte des sentiments qu'au fond de son cœur il réprouve. Toutefois, son approbation même est suspecte et se manifeste sous une forme ironique : « C'est fort bien fait à vous, et vous le prenez comme il faut ». « Il n'est rien de tel en ce monde que de se contenter3, » dit-il, non sans malice. Il est vrai qu'il engage le pauvre à jurer un peu; mais on ne peut lui en vouloir de cette lâcheté qui le fait mentir à sa conscience. Don Juan est seul responsable des désaveux que se donne le pauvre garçon ; c'est sur lui qu'en retombe l'odieux.
A ces qualités d'une vertu moyenne, faite surtout de la droiture instinctive que les sentiments naturels donnent à l'homme simple, se mêlent les défauts traditionnels : il fuit quand son maître est attaqué; il est intéressé : à l'imitation de Passarino il regrette ses gages que Don Juan emporte en enfer. Il est peutêtre moins glouton, mais tout aussi gourmand et aussi expert en l'art de dérober les bons morceaux que ses devanciers. Mais ce ne sont là que peccadille-, défauts superficiels qui n'entament pa- le fond de la nature. Sganarelle demeure en réalité une exception parmi ses congénères. Il n'est pas de la famille de ces valets fripons, toujours prêts à favoriser les vices de leurs