Acte III. scène iv
le laissent insensible, l'enfoncent même davantage dans son orgueilleuse révolte.
Toutefois, cet athéisme bruyant prend ses précautions. A l'imitation du Don Juan de Dorimon et de Villiers, le Don Juan de Rosimond, sans souci du temps ni des lieux, outrage le& Dieux et non pas Dieu. Il brûle un lieu sacré, mais ce n'est ni une église, ni même un couvent : c'est un temple. Au fond, il est de l'école des Don Juan italiens et se réclame des mômes principes qu'eux. Il professe la philosophie de la Nature. Il a sans cesse son nom à la bouche, et ne connaît d'autre morale que ses prescriptions :
Songez que la Nature est tout ce qui nous mène, Que, malgré la raison, son pouvoir nous entraîne... Que l'on ne doit souffrir rien que ses sens pour guides, Qu'il les faut assouvir jusqu'au moindre désir l.
La nature n'est pour lui que le libre épanchement de la sensualité, le triomphe de l'instinct et la déroute de la raison. Au nom de ces théories, il se livre, avec moins de retenue encore que ses devanciers, à toutes les impulsions d'un cœur corrompu, qui met dans les jouissances de la chair l'unique but de la vie. Il séduit, trompe, viole, sans s'arrêter à l'intention comme le Don Juan de Molière. Ce n'est pas la seule Léonor, c'est Paquette, c'est Thomasse, c'est Amarille qui sont les victimes presque simultanées de ses promesses ou de sa brutalité. Il ne met pas à les conquérir l'art délicat du héros de Molière et il les quitte avec plus de cynisme encore. Pour excuser sa trahison envers Elvire, Don Juan invoquait des scrupules de conscience ; avec Léonor, il ne cherche pas d'excuse : il la quitte parce qu'il a assez d'elle: dès le moment où elle a eu la faiblesse de se donner à lui, il a été las de sa personne :
Le bien dont on jouit ne cause plus d'ardeur 2.