Acte V, scène
roux, plus il se cabre dans sa résistance. 11 trouve même, en face de la mort dont il est menacé, d'assez nobles accents :
Hé bien, quand d'y mourir je courrerais hasard,
C'est faire un peu plus tôt ce qu'on ferait plus lard,
Puisque c'est un tribut que la nature impose.
Le trépas en tout temps est toujours même chose;
Ce passage se doit regarder sans effroi,
Il n'offre rien d'affreux à des gens comme moi....
Mais aux cœurs dégagés de la timidité,
La mort n'a rien d'étrange en sa nécessité....
Mille fameux guerriers en exposant leur vie
Craignent-ils au combat de se la voir ravie?
Et si l'on y faisait tant de réflexions,
Verrait-on mettre au jour tant de belles actions?
Non, sans s'inquiéter si notre destinée
Dans les plus grands périls peut être terminée,
Entions dans la carrière, allons jusques au bout,
Et laissant faire au sort, affrontons toujours tout '.
Malheureusement, il gâte ces sentiments par trop d'affectation et par un insupportable bavardage. C'est un raisonneur que rien ne lasse, un pédant de l'immoralité. Ses maximes odieuses, sa philosophie intarissable de libertin controversiste fatiguent à la fin. La juste mesure et le tact lui font décidément trop défaut. A coté de lui son valet Carille rappelle le Briguelle et le Philipin de Dorimon et de Villiers. La sagesse avisée de Sganarelle se transforme chez lui en froids et plats sermons. La lâcheté légendaire du laquais devient un mélange de poltronnerie grotesque et de forfanterie; la gourmandise dégénère en gloutonnerie vorace. Le côté bouffon du personnage est exagéré. Mais sa malice persiste, et parfois ses bon mots. Bien que croyant . il est irrévérencieux envers les choses sacrées. Il invite la statue sur un ton badin :
J'aurai soin qu'on vous fasse une excellente chère, Qu'on tienne le vin frais et qu'il soit du meilleur, Et boirai quatre coups avec vous de bon cœur '.